On ne cesse de le demander sur tous les tons depuis des années : quand Maurice pendra-t-elle la mesure des désastres climatiques présents et à venir en initiant de véritables plans d’action ? Les récentes inondations éclairs ayant récemment frappé le sud devraient en tout cas interpeller les autorités. Remettre en état les drains actuels, en construire de nouveaux ou ériger des murs de rétention, entre autres, sont certes parmi les possibles solutions, mais il ne s’agit pour autant que de mesures palliatives. En d’autres termes, c’est prendre le problème à l’envers. Le Panadol ne sert qu’à soulager le mal, pas à en régler la cause. Or, dans le cas présent, l’origine est archiconnue, puisqu’il s’agit du réchauffement climatique induit par notre propension à continuer d’émettre, sans discontinuer, des gaz à effets de serre.

Certes, Maurice n’est qu’un minuscule engrenage de la machine mondiale, tout autant qu’il est vrai que, pour les calamités présentes, il est urgent de remédier à la situation et d’éviter à nos citoyens de continuer de subir les affres du climat. En ce sens, le Panadol est donc bien sûr une obligation. Mais est-ce une raison pour oublier d’investir dans des solutions durables ? Le plus consternant, dans notre cas particulier, c’est que notre pays dispose d’atouts naturels indéniables aptes à nous positionner en première ligne sur la carte du monde d’un point de vue environnemental. Sans compter que cette indépendance énergétique s’avérera salvatrice lorsque les robinets d’or noir cesseront de couler. Ce qu’ils finiront de toute façon par faire un jour ou l’autre.

Parmi ses atouts, outre le soleil et le vent, prodigués généreusement chez nous par Dame Nature tout au long de l’année, Maurice peut ainsi également compter sur son insularité, et donc sur les marées qui, pour peu que l’on s’en serve, peuvent être assez facilement traduites en énergie verte. Et ce, sans temps de repos, puisque celles-ci, contrairement au vent et au soleil, sont présentes à chaque instant, de jour comme de nuit. Bien sûr, mettre en place de tels systèmes réclame de gros capitaux, mais ceux-ci promettent aussi un rapide retour sur investissements. Point qui devrait au moins faire plaisir aux promoteurs.
La première idée qui vient naturellement en tête lorsque l’on évoque l’exploitation d’énergie marémotrice est celle de la centrale, assez facile à mettre en place d’un point de vue technique d’ailleurs. Quant à son fonctionnement, il l’est tout autant, puisqu’il consiste schématiquement à produire de l’électricité en remplissant des réservoirs grâce au dénivelé créé par l’amplitude des marées. Pour autant, ce n’est pas la seule option. Ainsi avons-nous assisté ces dernières années à l’émergence de nouveaux concepts, lancés dans le sillage de la multiplication des avertissements sur les risques exponentiels d’aléas climatiques. À l’instar de l’installation de plateformes marémotrices en haute mer ou de « capteurs » d’énergie placés au large, y compris sous-marins.

Parmi les autres concepts novateurs, relevés récemment dans la presse internationale, l’on trouve également celui de la société française Hace, qui utilise la force des vagues pour produire… de l’hydrogène vert. Selon le promoteur, ce système permettrait ainsi de fournir l’énergie « la moins chère au monde, la plus décarbonée et la plus stable ». Après sept ans de recherche, Hace a d’ailleurs construit un prototype pour des tests grandeur nature au pied du pont de l’île de Ré, en France. Et les promesses ont été tenues. À un point tel que certains pays ont déjà fait part de leur intérêt, à l’instar du Maroc, de l’Afrique du Sud et, même, de… Madagascar.

Chez nous, en revanche, à seulement 1 000 km de la Grande île, il semble que personne n’ait entendu parler de ce projet. Pas plus que des autres d’ailleurs, si ce n’est bien sûr de la traditionnelle usine marémotrice. Sachant la place que la technologie et l’innovation occupent dans les discours de nos maîtres du jour, l’on pourrait bien sûr s’en étonner. Si ce n’est que cette réalité symbolise à elle seule le fait que Maurice est loin d’être l’île hi-tech qu’elle prétend être. Et prouve une fois de plus que les propos des esprits grippés qui nous gouvernent, une fois libérés en public, sont tout aussi vite oubliés. Ne nous reste plus que le Panadol, dont nos politiciens ont pour habitude d’user davantage encore que nos centres de santé. Ce qui est peu dire !