Est-ce que le Speaker doit respecter un minimum d’expulsions de membres de l’opposition à réaliser à chaque séance parlementaire ? Au train où vont les choses, on va finir par le croire. La semaine d’avant, c’était le député travailliste Patrick Assirvaden qui prenait la porte de sortie. Cette semaine, c’était le tour d’Arvin Boolell, un habitué des expulsions.

Le leader parlementaire du PTr a été named puis interdit du Parlement pour neuf séances suite au numéro désormais bien rodé Speaker, PLM-VPM-majorité. Dans un premier temps, sous un prétexte quelconque, le Speaker « named » un député. À la reprise de la séance, le Premier ministre dépose une motion d’urgence réclamant la suspension du député. Le Speaker l’autorise, le DPM seconde la motion et les parlementaires de la majorité exécutent une de leurs rares contributions aux travaux de la chambre : crier aïe ! Le problème0 c’est que la dernière fois que ce numéro avait été utilisé pour interdire du Parlement le trio

Bérenger, Bhagwan et – encore lui ! — Boolell, le gouvernement avait été obligé de faire machine arrière. À la veille de la première audience logée en cour contre lui, le PM avait levé la suspension. Est-ce qu’il va être obligé de refaire la même chose dans le cas Boolell ? On verra bien. En tout cas, il convient de s’arrêter sur les circonstances qui ont mené à l’expulsion-suspension d’Arvin Boolell. Tout avait commencé par une PNQ du leader de l’opposition demandant au ministre des Finances des précisions sur l’identité d’un bénéficiaire des aides de la Mauritius Investment Corporation. Quelques dizaines de milliards de roupies auraient été utilisées.

Le ministre a refusé de répondre au nom de la pratique qui veut que des noms ne soient pas cités au Parlement et le Speaker a renchéri dans le même sens. Il faudrait que le Speaker se mette d’accord avec lui-même. S’il a interdit au leader de l’opposition de dire le nom d’un des bénéficiaires de la MIC, la semaine d’avant, il avait fait le contraire. Il avait autorisé Vikram Hurdoyal, le ministre de la Fonction publique, non seulement de révéler le nom d’une fonctionnaire décédée, mais de lire des extraits de son personal file concernant son état de santé.

Il faudrait que le Speaker explique au nom de quel règlement parlementaire il interdit qu’on prononce le nom d’un bénéficiaire des fonds de la MIC une semaine après avoir autorisé un ministre de jeter en pâture le nom et la fiche de santé d’une fonctionnaire décédée. Ajoutons que c’est pour avoir protesté contre cette autorisation de rendre public le dossier de la fonctionnaire décédée que le député Assirvaden avait été expulsé du Parlement par le Speaker !

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Dimanche dernier, j’avais exposé le cas de Mme Ruhomally convoquée par la Cybercrime Unit pour signer une lettre selon laquelle elle s’engageait à ne plus critiquer sur les réseaux la parlementaire qui avait réalisé, des mois après, qu’elle avait été traitée d’opportuniste et du coup s’était sentie rétroactivement « annoyed ». Elle avait porté plainte et la police avait tout de suite arrêté et poursuivi l’internaute. La semaine dernière, l’internaute a donc été convoquée à la Cybercrime pour, selon l’officier de police qui l’a reçue, prendre l’engagement non seulement de ne plus critiquer la parlementaire « annoyed », mais aussi de lui présenter des excuses. Et tout ça à la demande du DPP. Suite au refus de l’internaute de signer le papier du DPP, l’officier avait a changé le wording de la lettre. J’avais alors posé la question de savoir depuis quand le Cybercrime Unit avait intégré le bureau du DPP, faisait ses commissions et livrait son courrier.

Mardi dernier, le DPP m’a donné un coup de fil pour apporter la précision suivante : son bureau n’a jamais envoyé une lettre à la Cybercrime Unit pour demander à Mme Ruhomally de prendre l’engagement de ne pas critiquer la politicienne qui avait été traitée d’opportuniste et de lui présenter des excuses. Mais si le DPP n’a pas envoyé cette lettre, dont l’officier de police a modifié le wording, d’où sort-elle ? Est-ce que l’officier a pris sur lui pour utiliser le nom du DPP dans ce qui ressemble à une tentative d’intimidation de l’internaute ? Ou alors est-ce qu’il a reçu des instructions de sa hiérarchie pour faire ce qu’il a fait ? J’allais conclure en écrivant que l’ouverture d’une enquête s’imposait. Mais qui va la mener, cette enquête, le CCID — qui a un service d’arrestation nocturne à la demande — dont dépend la Cybercrime Unit ?