La République de Maurice a eu droit cette semaine à deux événements d’envergure qui se présentent comme des “game changers” pour le pays. Nous ne parlons pas du film documentaire Game Changers, produit par James Cameron, Arnold Schwarzenegger, Jackie Chan, Lewis Hamilton entre autres, mais du lancement du programme de vaccination au début de la semaine et du jugement du Tribunal International sous la Convention des Droits de la mer (ITLOS).

Le lancement de la campagne de vaccination au début de la semaine, grâce à un don de 100 000 doses de Covishield (le vaccin AstraZeneca manufacturé par le Serum Institute of India), a bénéficié d’une couverture médiatique sur le plan international. Il est présenté par MCB Focus comme un « key enabler for ensuring a sustained economic recovery » alors que dans le secteur privé on parle allègrement de « Game changer ». Le plan national de vaccination – pour lequel le ministre de Finances, M. Padayachy, a prévu un budget de Rs 1 milliard alors qu’un fonds présidé par le secrétaire financier M. Manraj a été institué – vise une immunité collective avec la vaccination de 60% de la population. C’est à cette condition et à la lumière de la situation internationale qu’on pourrait envisager une réouverture complète des frontières maritime et aérienne.

Face à cet objectif majeur pour l’avenir du pays, les débats autour de celui qui doit être vacciné en premier relève de la politicaille, d’autant plus que les Mauriciens sont suffisamment matures pour comprendre l’importance de se faire vacciner sans qu’ils aient besoin d’imiter les autres, fut-il Premier ministre. Il est dommage que le représentant de l’OMS, qui a beaucoup contribué à la lutte contre la COVID-19 dans le pays, se soit laissé pris au piège politique. Heureusement qu’il s’est ressaisi. Le seul problème est qu’au plus haut niveau du secteur privé, on regrette que le gouvernement ait choisi de faire cavalier seul dans cette campagne alors qu’une coopération gouvernement-secteur privé lui aurait donné une plus grande envergure. D’autre part, on s’attend, le moment venu, à ce que les autorités communiquent plus efficacement concernant la vaccination du grand public. Il existe actuellement une confusion concernant la vaccination de ceux âgés de plus de 65 ans, qui sont pourtant les plus vulnérables. Il faudra également éviter les mêmes erreurs commises pour la campagne de vaccination antigrippe l’année dernière où seul un groupe de personnes était au courant où se trouvait la caravane chargée de la vaccination de personnes âgées. Ce qui avait semé une grande confusion. De plus, l’acquisition de vaccins et d’équipements nécessaires pour cet exercice doit se faire dans la plus grande transparence en vue d’éviter les erreurs commises au plus fort de la pandémie de COVID où on a vu des quincailleries devenir des importateurs d’équipements médicaux. L’Inde, par l’entremise de sa nouvelle représentante, Nandini Singla, a annoncé qu’elle sera aux côtés de Maurice pour la relance de l’économie du pays. Le PNUD a aussi apporté une aide significative. Souhaitons que d’autres partenaires économiques suivent le pas.

Dans un autre registre, le jugement de l’ITLOS quant au contentieux entre Maurice et les Maldives concernant la délimitation de la frontière maritime dans l’océan Indien a été l’occasion de remettre le Big Ben (l’horloge le plus célèbre à Londres) à l’heure. Le juge Jin-Hyun Paik, qui présidait les travaux, a eu ceci à dire s’agissant de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice prononcé le 25 février 2019 : «… L’avis consultatif sur les Chagos quant aux questions relatives à la décolonisation de Maurice a un effet juridique et des implications claires sur le statut juridique de l’archipel des Chagos… En continuant de revendiquer la souveraineté sur l’archipel, le Royaume-Uni va à l’encontre desdites conclusions. » On ne peut être plus clair quant à la souveraineté de Maurice sur les Chagos. On comprend pourquoi le Premier ministre jubile alors que l’opposition salue le “ruling” quasi unanime du tribunal.

Ce jugement représente une étape importante pour mettre un terme au processus de décolonisation de Maurice, souligne le Premier ministre Pravind Jugnauth. Comme l’indique la BBC, il y a désormais un consensus grandissant que la Grande-Bretagne doit compléter le processus de décolonisation immédiatement. Espérons que le Royaume-Uni cesse de faire la sourde oreille !