Ainsi donc, le Premier ministre, si précautionneux en ce qu’il s’agit de la publication des rapports et du respect des règles de confidentialité, a rendu public le rapport de la commission d’enquête sur l’affaire Britam. Cette commission avait été instituée il y a quatre ans pour faire la lumière sur les conditions de vente des avoirs de la défunte BAI à un groupe kenyan. Estimés à plus de Rs 4 milliards, ces avoirs avaient été vendus — soldés ? — pour la moitié de cette somme. Non seulement le Premier ministre a rendu public ce rapport, mais il a souligné qu’il contenait des éléments troublants — le terme « faux et usage de faux » a été utilisé — et qu’il allait demander au ministre de la Justice et à la police d’étudier les possibilités de poursuites. Après ce qui précède, on pourrait se dire que le gouvernement est — enfin ! — en train de s’engager dans la voie de la bonne gouvernance. Un sujet dont ses ministres et ses institutions ont beaucoup parlé, mais qui n’a pas été appliqué. Au point de nous valoir des notes foncées de certaines institutions internationales. Mais attention, il ne faut pas sauter sur des conclusions hâtives, car il y a dans la publication — d’autres diraient l’exploitation — de ce rapport des éléments troublants, pour dire le moins. À commencer par la commission elle-même. Présidé par un ex-juge dont certains ont dit qu’il aimait tellement les gâteaux piment qu’il lui arrivait d’en distribuer, il avait surtout dans ses rangs un expert-comptable proche de l’actuel Premier ministre. Tellement proche que lors d’une conversation téléphonique enregistrée, il l’appelait boss. Et, qui plus est, cette conversation avait eu lieu alors que l’expert-comptable était en train de négocier avec Dawood Rawat, l’ex-CEO de feue la BAI, des conditions de vente de son entreprise. Il paraît qu’il avait été alors question d’une vente des avoirs de la BAI, qui venait d’être fermée par le gouvernement pour la somme symbolique… d’une roupie.

À l’époque, l’expert-comptable conduisait les négociations avec la BAI pour le compte de celui qu’il appelait son boss, mais de concert avec le ministre de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain. Mais plus tard, les relations entre les deux négociateurs se sont détériorées sur une question d’argent. Selon Bhadain, il avait refusé de payer à l’expert-comptable la somme de Rs 26 millions que ce dernier réclamait comme administrateur de la défunte BAI. Mais, selon certaines sources, après que Bhadain a quitté le gouvernement, le boss de l’expert-comptable aurait fait régler la note réclamée des caisses du gouvernement. Quand le gouvernement décide de nommer une commission d’enquête sur les conditions de vente des actions de la BAI à Britam et que l’expert-comptable est nommé comme assesseur, l’ex-ministre de la Bonne gouvernance proteste, une fois encore. En posant une bonne question : comment un expert-comptable, qui avait été à un moment administrateur d’une société mise en faillite par le gouvernement et négociateur pour son rachat, pouvait enquêter sur les conditions de cette vente ? Il semblerait que l’objection de l’ex-ministre de la Bonne gouvernance ait compté pour des prunes puisque la nomination de l’expert-comptable fut maintenue. Le rapport, qui vient d’être publié et son marketing après-vente assurée samedi par pas moins de deux ministres, contient trente et une recommandations, dont certaines visent l’ancien ministre de la Bonne gouvernance et son équipe de l’époque. C’est la partie qui parle de « faux et d’usage de faux » déjà lourdement soulignée par le Premier ministre en visant visiblement l’actuel leader du Reform Party. Car depuis, l’ex-blue-eyed boy du MSM — qui faisait le baise-main à Pravind Jugnauth — a démissionné du gouvernement et du parti, et il est devenu un des ses plus virulents dénonciateurs et plus particulièrement de sa kwizinn. Comme le prouve d’ailleurs son commentaire sur le rapport Britam qui l’incrimine : « Un contenu fabriqué et mensonger pour « zet labou ». Un chiffon de 352 pages « pou Lakwizinn souy so karay sal. »

Est-ce que l’ex-ministre de la Bonne gouvernance sera poursuivi pour ne pas avoir pratiqué la politique qu’il était censé défendre, ce qui rendrait « so karay so » ? Attendons voir, en posant une question qui semble logique dans la perspective de la bonne gouvernance : est-ce que le fait que l’expert-comptable ait été administrateur de la BAI et négociateur du rachat de l’entreprise faisait de lui le meilleur assesseur pour siéger sur la commission d’enquête ? Est-ce qu’en ce faisant, et pour reprendre une phase célèbre de feu le Cardinal Margéot, ce n’était pas une manière de « met lisien vey sosis ? »