Encore une fois, les spin doctors du Premier ministre ont sévi. Ils lui ont concocté une opération de com qui, comme presque toutes les précédentes, est en train de se retourner contre lui. Apres tous ces retours de boomerang, depuis le « kot mon foté »
pour le Wakashio à « mo fi’nn fer mo prop lanket » sur l’affaire Telfair, Pravind Jugnauth ne semble toujours pas avoir compris qu’il vaut mieux éviter de suivre les avis de certains de ses conseillers. Peut-être qu’ils ne lui lisent jamais les critiques de la presse – et des réseaux sociaux – sur les opérations de com qu’ils lui font faire. Passons à la dernière opération. Pour administrer Air Mauritius après son crash quelques jours après la fermeture des frontières, au lieu de lancer un appel d’offres aux spécialistes mauriciens des mise en receivership, le gouvernement avait choisi SON administrateur. Ou, plus exactement, le choix avait été fait par le PM, sans doute sur les conseils des membres de sa kwizinn, que fréquente assidûment le comptable. Pour vous donner une idée du degré d’intimité qui règne entre les deux hommes, sachez que le comptable surnomme le Premier ministre « boss ».

Une expression qui semble tirée d’un feuilleton télévisé sur la mafia ! Le PM avait déjà utilisé le comptable pour « administrer »
d’autres affaires délicates, dont celle de la BAI, et l’avait nommé comme assesseur sur la commission Britam. Une commission dont le rapport est contesté par pratiquement tous ceux dont les noms y ont été cités et qui tous remettent en cause l’assesseur /administrateur du gouvernement. Pour administrer Air Mauritius, le comptable a pris une série de décisions qui sont diversement commentées, critiquées et dénoncées. Notamment qu’en dépit du fait que la compagnie n’a pas d’argent pour faire face à ses obligations vis-à-vis de ses employés, les administrateurs se soient payés un salaire de plusieurs millions de roupies. Attitude qui pourrait faire penser à un des plus célèbres personnages de Shakespeare : le juif Shylock réclamant, envers et malgré tout, son « pound of flesh. »

Une des recommandations de l’administrateur choisi directement par le PM est de mettre les pilotes mauriciens de la compagnie aérienne en leave without pay. Ces derniers avaient protesté, la presse s’en est fait l’écho, en soulignant que parmi les mis au chômage technique figuraient des lauréats. Quelques jours après, la MBC a mis en scène et diffusé dans son JT une séquence montrant Pravind le généreux recevant des représentants des pilotes pour leur annoncer qu’il avait décidé de lever le leave without pay pour qu’Air Mauritius – dont les caisses sont, on le sait, vides – leur paye un salaire dès le mois de novembre.

A la fin de la séquence, les représentants des pilotes ont évidemment remercié le PM et… Ken Arian, le nouveau CEO de la toute nouvelle Airports Holding, qui continue toujours à agir comme conseiller du PM, semble-t-il. Cette séquence télévisée révèle que c’est le Premier ministre qui dirige et décide pour Air Mauritius. Enfin, il décide pour les choses qui l’arrangent, qui peuvent augmenter son capital politique, même s’il doit, pour ce faire, annuler une décision prise par son administrateur.

Ce n’est pas ce dernier qui ira se plaindre de son « boss ». Mais en régissant aux doléances des pilotes dans le cadre de cette opération com, Pravind Jugnauth a montré qu’il pratique une politique de deux poids, deux mesures. Quand, il y a quelques semaines, les étudiants en Senior, qui n’avaient pas obtenu les five credits obligatoires pour poursuivre leurs études en HSC, ont crié leur détresse, ni lui ni son ministre de l’Education n’a levé le petit doigt pour les entendre et les recevoir.

Faut-il être lauréat ou pilote dans ce pays pour être considéré par le Premier ministre ? Ce sont des choses qui ne s’oublient pas. Si les parents des pilotes pourraient, en signe de reconnaissance, voter pour le PM aux prochaines élections, il n’est pas certain que ceux des élèves sans credits et tous ceux qui ont perdu leur emploi en fassent autant.
Comme dans la majeure partie des opérations de com de ses spin doctors, Pravind Jugnauth vient, une fois encore, de se tirer une balle dans le pied. Ces opérations se multiplient si souvent qu’on finira par croire que le PM aime le retour du boomerang.