Arvin  Boolell ne bluffait pas quand il écrivait que Nando Bodha, de plus en plus mal à l’aise, envisageait de quitter le gouvernement. Dans un premier temps, on a cru que c’était une manœuvre du leader de l’opposition pour essayer de déstabiliser le gouvernement déjà mis à mal avec les différentes affaires qui occupent la Une depuis des semaines. Mais curieusement, le principal concerné n’a pas, selon la tradition MSM, démenti le post et juré que sa fidélité à son parti et à son leader était sans faille. C’était un signe qu’il y avait de l’eau dans le gaz ou, comme aurait dit SAJ, “énan difé dans lanka” du côté des orange. Il ne faut pas oublier que Nando Bodha est non seulement un ancien du MSM mais qu’il a été le porte-parole de SAJ, avant de devenir un de ses ministres, puis une des chevilles ouvrières du MSM, dans les bons comme dans les mauvais jours, et surtout un homme de confiance du bonhomme. On disait même, avant que Pravind ne s’intéresse à la politique et bien avant les prétentions de Badhain, qu’il était l’héritier politique de SAJ. Mais au moment de quitter le pouvoir et poussé par sa famille, SAJ fut obligé de préférer son fils à son disciple. Au fur et à mesure que Pravind montait dans la hiérarchie gouvernementale, le rôle de Nando était minimisé car il est un des rares au MSM à posséder les “qualités” indispensables pour devenir Premier ministre, selon les réalités électorales chères à Pravind Jugnauth. Ces “qualités” ont desservi Bodha puisqu’il n’était pas question pour la fameuse kwizinn de laisser se développer au sein du MSM un rival potentiel au leader. C’est ainsi que Bodha fut rétrogradé lors des remaniements ministériels, passant des grands ministères à celui des Affaires étrangères où les grandes déclarations et actions sont faites par… le Premier ministre !

Même si pour la kwizinn, Bodha ne représentait pas grand’ chose, tout a été fait pour qu’il ne claque pas la porte du MSM, comme l’avait annoncé Arvin Boolell. On a même profité du passage à Maurice de Showkutally Soodhun, un autre ancien du MSM et fidèle de SAJ, pour essayer de faire le démissionnaire annoncé rentrer dans les rangs. D’autres émissaires l’ont rencontré au cours des derniers jours pour essayer de le faire rester dans “lakaz mama” orange, sans succès. En politique averti, Nando Bodha s’est payé le luxe de voler la vedette au leader du MSM pour annoncer sa démission. Au moment même où Pravind Jugnauth commençait une réunion très, très élargie du Comité central du MSM au Sun Trust pour faire une démonstration de force après le meeting des Avengers, Nando Bodha faisait publier un communiqué, dont voici un extrait très explicite. “La culture du pouvoir et le fonctionnement du MSM ne correspondent plus aux valeurs et principes qui ont toujours marqué mon parcours politique. Les idéaux et principes fondamentaux qui m’ont guidé depuis mon engagement avec Sir Anerood Jugnauth ne sont plus là. À ma grande déception. Aujourd’hui, je souhaite que mon combat politique prenne une nouvelle orientation. Il s’agira d’un nouveau projet de société qui correspondrait aux aspirations des Mauriciens.”

Mauvais perdant, Pravind Jugnauth a tenté de minimiser la démission de son ministre, qui était, par ailleurs, secrétaire général de son parti. Lors de sa conférence de presse suivant la réunion très, très élargie du CC orange, il a fustigé l’opposition en long et en large et s’est livré à un bilan extrêmement flatteur de son gouvernement sous les applaudissements et les vivats de ses partisans. Il a essayé de minimiser la démission de Bodha en la réduisant à une manœuvre politique de Paul Bérenger qui aurait promis au démissionnaire de le présenter comme futur Premier ministre aux prochaines élections. Puis, entre deux autres compliments à l’action de son gouvernement, Pravind Jugnauth a reproché à Bodha de ne pas avoir eu le courage de lui annoncer en face sa décision de quitter et le gouvernement et le parti. Après d’autres compliments sur son gouvernement, Pravind Jugnauth est, une fois encore, revenu sur la démission de Nando Bodha pour, cette fois-ci, lui demander de rendre à l’Alliance Mauricienne le ticket électoral qui lui avait été accordé aux élections de 2019. Ces commentaires sur une démission que le MSM affirme être sans importance, la campagne de dénigrement qui a déjà commencé et l’appel de Pravind Jugnauth contre le transfugisme prouvent que Nando Bodha a réussi son coup politique: provoquer un séisme au sein du MSM déjà divisé par la montée du mécontentement populaire suite aux traitements des affaires. En dépit des affirmations de Pravind Jugnauth, la démission de Nando Bodha aura un impact certain sur l’évolution de la situation politique.

Jean-Claude Antoine