— Alors, comment c’était ton séjour ?

— Hum… comment ? je vais te dire. C’était bien, mais pas aussi bien qu’on s’attendait.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? C’était bien ou c’était pas bien ?

— C’était… les deux… voilà, c’était bien et pas bien en même temps.

— Ayo, franchement te dire, je ne comprends pas quand tu causes en parabole comme ça. Tu as aimé ou tu n’as pas aimé ton séjour ?

— Hum… comment je vais te dire ça ? J’ai aimé et pas aimé à la fois.

— Ça qui s’appelle que tu es une lipou poule, ça. Foutour va : tu ne peux pas répondre par oui pou par non ?

— Manman, pourquoi tu cries comme ça avec moi ? Attends un coup, donc. Je veux dire qu’un hôtel sans touristes, c’est pas pareil.

— C’est pas pareil que quoi ?

— C’est pas pareil qu’un hôtel rempli de touristes.

— Tu veux que vous étiez seuls à l’hôtel ? Je croyais que c’était rempli avec la promotion.

— C’était presque full, mais qu’avec des Mauriciens, pas avec des touristes.

— C’était des touristes mauriciens !

— Ça même que je suis en train de te dire : il y avait seulement des touristes mauriciens. Avant, pour entrer dans un hôtel, le Mauricien devait montrer patte blanche.

— Comme tu dis. Depuis le gate de l’hôtel même on te faisait sentir que tu étais de trop.

— C’était avant lA Covid. Les hôtels avaient plein de touristes étrangers, ils se fichaient des Mauriciens. Aujourd’hui, avec la fermeture des frontières, la boule a viré, les hôtels ont besoin des Mauriciens et ils ont fait des promotions et baissé les prix pour les faire venir chez eux.

— Et alors ? Tu en as profité, non ?

— Et alors ? Il n’y avait pas de touristes étrangers. C’est pas pareil.

— Qu’est-ce qui n’est pas pareil ?

— L’ambiance tout ça. Pourquoi tu vas dans un hôtel ? Pour oublier un peu la vie de tous les jours, te faire servir, te reposer et pour rencontrer de nouvelles personnes. Là, tu retrouves plein de gens que tu connais. C’est comme si tu étais resté chez toi-même !

— Tu ne peux pas profiter des promotions pour les Mauriciens dans un hôtel et t’attendre à ce qu’il n’y ait pas de Mauriciens, tout de même !

— Oui, tu as raison. Mais… comment te dire ?

— Ayo ! Ne me dis pas que tu vas encore recommencer à parler en parabole !

— Ayo, arrête un coup donc. C’était top, mais il y avait trop de Mauriciens se comportant comme des Mauriciens.

— Comment font les Mauriciens qui se comportent comme des Mauriciens ?

— Certains ont des comportements terribles, je te dis.

— Qu’est-ce qu’ils font comme ça ?

— Certains, pas tout, je le précise bien, certains causent fort, crient fort, disent qu’ils sont mal servis, qu’il n’y a pas assez à manger dans le buffet, qu’ils n’ont pas value for money. Leurs enfants font du désordre dans la piscine, jettent de l’eau partout et ils jouent la musique fort dans leurs chambres, tard le soir. Tu vois ce que je veux dire ?

— Ils font comme les gens qui sont en vacances dans un hôtel !

— Ils sont tout le temps à se plaindre, à dire que le service n’est pas au top, toi. Ils sont tout le temps en train de tirer l’ail.

— Mais ils font exactement comme beaucoup des touristes étrangers.

— Tu crois ?

— Tu n’as qu’à demander aux gens qui travaillent dans les hôtels. Il y a des touristes étrangers qui sont plus l’hernie que les touristes mauriciens. Ils sont même pires que des l’hernie cordé. Demande aux employés de te raconter comment certains clients peuvent être chiants.

— A ce point-là ? Et puis, certains Mauriciens ils parlent presque tout le temps créole fort, fort, toi.

— Dis aux employés d’hôtels de te raconter comment à quel point des groupes d’Italiens, de Français, de Réunionnais, d’Africains ou d’Indiens parlent fort. Et puis dans quelle langue tu voudrais que les touristes mauriciens parlent : le latin ?

— J’ai pas dit ça…

— Le touriste parle sa langue. Comme c’étaient des touristes mauriciens, donc ils parlaient la langue qu’ils parlent chez eux.

— Enfin, je trouve qu’ils parlaient un peu trop fort.

— Demande à ceux qui travaillent dans les hôtels si le touriste mauricien ne se comporte pas pareil que les touristes étrangers et tu verras par toi-même.

— Franchement te dire : je n’arrive pas à croire que les touristes étrangers sont comme ça.

— Il ne faut pas croire que les étrangers sont plus meilleurs que les Mauriciens, comme on disait pendant la colonisation. Tu sais que ça fait plus de cinquante ans que Maurice est indépendante ?

— Qu’est-ce que mon séjour à l’hôtel a à voir avec l’indépendance de Maurice ?

— Tu penses toujours que comme on était colonisés : que les étrangers sont meilleurs que les Mauriciens dans tous les domaines.

— Mais…

— Il est grand temps de changer de mentalité, toi !