Lorsque la pandémie nous est tombée dessus l’année dernière, la réflexion sur notre devenir collectif et une sorte de remise en question générale s’étaient imposées comme une évidence.

Comment mieux disposer de nos ressources limitées, comment mieux intégrer l’environnement dans le développement, Comment sortir les plus vulnérables de la pauvreté et comment améliorer la qualité de vie des citoyens mauriciens pour faire que ce pays redevienne celui où il fait bon vivre et pourquoi il est urgent d’introduire un type de gouvernance moderne, participative, juste et fondée sur la méritocratie?

Ce sont là les questions qui avaient occupé les esprits pendant le premier confinement de l’histoire d’après-guerre face à une maladie que l’on ne maîtrisait pas encore et qui nous avait poussés à nous accrocher à l’essentiel.

Une année après, c’est, hélas, business as usual et, à bien des égards, on est encore plus mal lotis. Depuis 2017, depuis son occupation inopinée du poste de Premier ministre, Pravind Jugnauth a agi comme si l’on avait découvert du pétrole à Agalega et que toutes les extravagances, les unes plus inutiles et plus coûteuses que les autres, étaient permises.

On n’a plus compté les milliards jetés ici et là dans des amas de béton sans fin, alors qu’il reste encore à faire la démonstration qu’ils sont utiles à la société et au développement humain. C’est comme si ceux qui décident avaient complètement perdu le sens des priorités et que ce qui leur importait était d’avoir leurs noms gravés un peu partout et même sur des éléphants blancs.

C’est ainsi que le métro est favorisé pendant que les drains sont laissés à l’abandon, un complexe de prestige est érigé dans la circonscription du chef du gouvernement pendant que des familles, démunies végètent dans des lieux dangereux et qu’il y a encore certains de nos compatriotes, en 2021, qui vivent toujours dans des maisons EDC bourrées d’amiante avec ce que cela implique comme menaces pour leur santé.

Des milliards, en veux-tu, en voilà. Il n’y a qu’à considérer ces Rs 21,5 milliards, soit le coût du métro, jetées dans la folle expédition contre l’ex-BAI. Qu’il était devenu nécessaire de mettre de l’ordre dans ce conglomérat était indiscutable, mais pas de cette manière-là.

Ils ont tout pris pour les écouler à vils prix tout en piquant, au passage, quelques voitures pour eux-mêmes ou pour leurs agents. Aucun centime de l’argent public ne devait aller au renflouage de ce conglomérat, mais la note pour le contribuable est finalement colossale: Rs 21,5 milliards. Et ce n’est peut-être pas fini!

Le plus grave est qu’en sus de cette drôle de hiérarchie dans les priorités, il y a l’incurie, le copinage, le népotisme et le clientélisme qui sont en train de tuer ce pays à petit feu. Il n’est pas étonnant d’entendre de nombreux jeunes dire, ces jours-ci, qu’ils ont envie de se barrer à la première occasion qui se présente.

Et aller là où peut-être l’herbe n’est pas nécessairement plus verte, mais là où, au moins, les institutions indépendantes le sont vraiment et qu’elles marchent, comme en Grande-Bretagne, où une commission électorale peut enquêter sur la manière dont Boris Johnson a financé la rénovation des appartements premierministériels au 10, Downing Street.

Si le budget public alloué était de £ 30,000, les travaux ont en réalité coûté huit fois plus, £ 230,000, et ces fonds supplémentaires ne sont pas venus des poches du Bojo, mais de dons privés, d’où l’enquête de la commission électorale.

Ici, après les dialysés mystérieusement emportés en série à Souillac, une cruelle ironie veut que le pays soit en déconfinement partiel depuis hier, mais que Tyack, Rivière-des-Anguilles, Saint-Aubin, Batimarais et Bénarès, cinq localités qui se trouvent encore et toujours dans la circonscription du ministre de la Santé soient décrétées zones rouges.

Là, cinq cas suffisent pour que cinq villages soient confinés, tandis que Quatre-Bornes, avec 21 cas, était resté zone verte juste pour ne pas gêner le business des proches du gouvernement et ne pas retarder les travaux du metro express. Ce sont autant de scandales et de passe-droits qui révulsent le citoyen honnête qui paie ses impôts et la TVA.

On ne sait plus où commence l’incompétence et où s’arrêtent l’incohérence et la provocation. Prenons l’exemple de ce communiqué du ministère du Transport émis vendredi et décrétant que la distanciation physique n’est pas obligatoire à l’intérieur d’un transport en commun pendant qu’il le demeure à l’arrêt d’autobus. Où est la logique? Faut-il aller à Chemin-Grenier pour obtenir une réponse et des jurons avec?

Il a plu un peu plus que d’habitude cette semaine. Le bilan est de deux morts. Les leçons de 2008 et de 2013 n’ont absolument pas été apprises. L’impréparation et l’approximation sont toujours là. On fêtait les travailleurs hier et les messages rivalisaient de solidarité et de compassion. Mais lorsqu’il s’agit de prendre une décision de sécurité nationale, les fonctionnaires sont invités à rester tranquillement chez eux pendant que les salariés du privé sont laissés à la merci de leurs patrons. Après la CSG, il ne faut peut-être pas s’étonner.

Oh! quelle surprise, des maisons ont été inondées. Pourquoi? C’était écrit que ce genre de situation se produirait. La NDU a confisqué les pouvoirs des collectivités locales devenues une honte en matière d’administration et de personnel politique.

Ils délivrent des permis à tour de bras, et rapidement s’il s’agit de leurs activistes, ils n’inspectent jamais les chantiers avec pour résultat que chacun construit là où il veut, comme il veut. Sur le domaine public, tout près des ponts et des rivières. Là aussi, le tout-béton a obstrué le cours naturel et l’évacuation des eaux.

Bien qu’elles aient le pouvoir de demander et d’obtenir la démolition de constructions illégales, combien de municipalités et de conseils de district s’en sont prévalus et ont procédé à la destruction de structures non autorisées ? Et ils continueront à promettre monts et merveilles… jusqu’aux prochaines inondations.