On dirait qu’il est revenu le temps des matamores. D’autres, machistes, diraient plus crûment que c’est la séquence des «maris». Oui, c’est l’effet qu’ont fait sur un bon nombre de Mauriciens le ton et le langage utilisés par Navin Ramgoolam pour signifier une fin de non-recevoir à ses collègues de l’opposition qui constituent la plate-forme de l’espoir et qui souhaitent l’élargir. Le message, clair, était «nou ki mari!». Le MSM aurait pu rajouter «dan karo kann».

Une déclaration qui est de la même nature triomphante que celle du député Juman qui avait décrété que le PTr pouvait se présenter seul aux élections municipales pendant que son parti partageait encore la plate-forme élargie de l’opposition.

C’est cette même mentalité d’accaparement qui, sans doute, explique que le Young Labour se soit approprié le seul mérite du World Clean-up Day de 2020, bien que ce fût un travail collectif entrepris avec la participation active du MMM et du PMSD. On découvre tout juste que le virus du pouvoirisme peut avoir un variant également présent dans l’opposition.

Si le propos de Navin Ramgoolam est celui du va-t-en-guerre vis-à-vis de l’opposition, imaginons ce que cela pourrait être si demain le leader du PTr revenait aux affaires! Ça craint. Qu’il ait été très contrarié par la maladresse des autres partis de l’opposition qui avaient, en début d’année, tenté de le pousser au retrait, alors même qu’il était l’instigateur du regroupement, cela peut se comprendre. Qu’il se retrouve, une grande première politique, dans l’inédite position d’un ancien Premier ministre qui a été, à deux fois consécutives, personnellement battu aux élections générales dans deux circonscriptions différentes ne doit pas être très confortable. Même si tout n’a pas encore été dit sur les conditions dans lesquelles le dernier scrutin s’est déroulé.

Ne pas être au Parlement depuis sept ans bientôt et voir la lumière se projeter sur ses seconds au parti doit être une source de grande frustration. Et c’est cette absence qui est aussi celle de tous les maux de l’opposition, parce que, en dépit de ses travers et ses dossiers judiciaires, dont tous ne sont pas encore complètement clos, si Navin Ramgoolam avait été élu en 2019, il aurait naturellement été le chef de l’opposition et le challenger indiscutable de Pravind Jugnauth.

On peut penser que c’est cette éventualité qui a traversé l’esprit de certains travaillistes lorsqu’il fut un temps, juste après les dernières élections, question de faire démissionner Ranjiv Woochit pour faire de la place au No 5 au leader et lui donner la possibilité de revenir à l’ Assemblée nationale. Le risque avait été considéré trop grand et la réaction de rejet de l’électorat trop prévisible pour que le coup soit tenté. Il avait été vite abandonné.

Il a depuis dû composer avec un Arvin Boolell qui a su très vite fédérer l’opposition au Parlement. Jusqu’au couac de février dernier lorsqu’il a dû, faute de majorité, rendre son tablier de leader de l’opposition. Poste qui reste à sa disposition pour le moins qu’il veuille s’affranchir et peut-être prendre enfin rendez-vous avec son destin.

Mais Arvin Boolell ne sait plus sur quel pied danser. Sa poussée d’adrénaline de mardi dernier au Parlement, pour justifiée qu’elle ait pu paraître, est apparu comme une posture contrastée par rapport à la situation de la veille, lorsqu’il paraissait, tout démuni,  assis aux côtés de Navin Ramgoolam après le Bureau politique du PTr.

Le conciliant dirigeant rouge avait renoué avec ses amis de l’opposition parlementaire et devait même participer à la réunion de mardi matin sur la contribution sociale généralisée, mais comme Navin Ramgoolam a horreur que l’on décide dans son dos, il a dit non à cette rencontre. D’où la mise au point ferme de lundi dernier.

Le coup de gueule d’Arvin Boolell a connu une issue dramatique, le Premier ministre et le Speaker le renvoyant au même statut que son leader, celui de l’absence du Parlement, quand bien même temporaire. Et lui qui est toujours prêt à aller s’excuser, ce qu’il a fait au cours d’une seule et même séance lorsqu’il était le leader de l’opposition, a, cette fois, été privé de ce recours puisque la motion, contrairement à celle qui l’avait récemment visé, lui et les députés du MMM Paul Bérenger et Rajesh Bhagwan, n’est assortie d’aucune possibilité d’excuses. Il sera donc probablement absent de l’Assemblée nationale jusqu’à la fin de l’année.

Il y a une situation qui est certainement pénible pour le leader rouge, mais cela justifie-t-il qu’il se montre aussi brutal face aux autres partis de l’opposition ? Ce type de langage passe mal auprès de la population déjà lassée des jeux politiciens et la poursuite d’agendas perçus comme personnels au lieu de favoriser le bien commun.

Ce que Navin Ramgolam ne sait peut-être pas, c’est que lorsqu’il s’exprime sur ce ton-là, cela ramène invariablement le pays à 2005/2014, à une période qui, avec quelques nuances près, n’est pas sans rappeler ce que les Mauriciens vivent en ce moment, en termes de ras-le-bol de l’arrogance du pouvoir, des petites combines et des grands dérapages.

Et l’actualité semble se charger de remettre cette réalité au coeur du débat. Il n’y a qu’à regarder ce qu’en a dit le comité des Droits de l’homme des Nations unies de la carte biométrique imposée en 2013 par le gouvernement d’alors.

Un projet au coût de Rs 1,5 milliard que pilotait un certain Rama Rao qui a rejoint les Rakesh Gooljaury dans la catégorie des porteurs de vestes aux couleurs interchangeables et qui est aujourd’hui le nominé politique d’Alan Ganoo à la direction de la CNT.

C’est d’ailleurs cette semaine qu’on a pu voir Rama Rao pour une sortie qui a été présentée comme un grand événement: la mise en circulation de minibus sur certaines routes du Sud. Tant mieux pour les habitants dont l’attente, longue, aura été enfin satisfaite, mais franchement pas de quoi en faire tout un plat, ni jouer les matamores, là aussi.