C’est cabossés, mal en point, déboussolés et inquiets pour l’avenir, que personne ne peut se risquer à prédire, que nous arrivons à la fin de 2020. Année qui nous a fait découvrir que, malgré tous les progrès scientifiques dont nous félicitons, un virus, dont l’origine n’est pas encore clairement établie, pouvait faire trembler le monde entier. Il a mis à genoux les superpuissances et démontré qu’il suffit d’un virus pour faire dysfonctionner le monde que l’on croyait pourtant très bien organisé. Il l’a fait en mettant dans le même panier les nations surindustrialisées et les pays en voie de développement, ceux qui exploitent et ceux qui sont exploités en rétablissant, quelque part, la règle de l’égalité face à la maladie. Pas pour longtemps, car bien vite les pays riches ont repris le dessus dans la course au vaccin pour tenter de mettre fin à la pandémie sanitaire, d’autant plus qu’elle s’était rapidement transformée en crise économique mondiale, situation inacceptable pour les puissants qui, jusqu’à maintenant, géraient le monde. Afin de mettre fin à la menace sanitaire, ils ont fait voler en éclats les règles et autres protocoles régissant la fabrication des médicaments. Jusqu’au milieu de 2020, il fallait des années pour mettre au point, tester et retester un vaccin avant de l’utiliser à grande échelle. Avec la panique mondiale, l’industrie pharmaceutique a brûlé les étapes et n’a pris que quelques mois pour proposer plusieurs types de vaccins, rapidement homologués par les institutions sanitaires des pays paniqués. Mais le problème est que l’éventuelle efficacité des vaccins disponibles provoque, avant même leur mise en vente, des vagues de questionnements et de réticences alimentées par des réseaux sociaux, devenus spécialistes du complotisme et de la désinformation. D’autant plus que l’on a appris que le virus avait muté pour produire une nouvelle espèce!

Le virus, le premier, et ses conséquences économiques ont aussi démontré que même dans les situations de pandémie mondiale, les règles du business, dont la finalité est le profit, n’ont pas été abandonnées. On l’a vu à Maurice, avec l’achat en urgence de médicaments et de matériel médical. L’urgence sanitaire n’a pas empêché les petits copains de bénéficier de contrats d’achats pour des millions, dont certains n’ont toujours pas été livrés des mois après la commande! Au train où vont les choses, il faut redouter ce qui va se passer quand le vaccin sera choisi à Maurice et qu’il faudra le commander. Est-ce que le ministère de la Santé va confier l’achat du vaccin aux vrais spécialistes de la Santé ou, comme cela a été le cas il n’y a pas si longtemps, à des petits copains quincaillier, poissonnier, bijoutier, directeur d’hôtel ou publicitaire? Est-ce que le vaccin va représenter une autre loterie pour ceux qui avaient déjà touché les gros lots pendant la pandémie?

Comme quoi, l’année allé, l’année vini les mêmes causes continuent à produire les mêmes effets et à profiter à ceux qui sont politiquement bien connectés. Et pendant qu’ils se remplissent les poches sur le dos des contribuables et avec des produits sanitaires, les conséquences économiques de la pandémie continuent à se manifester. Statistics Mauritius révèle dans sa dernière étude des chiffres plus qu’inquiétants. Une partie des résultats d’une enquête menée en septembre démontre la situation des ménages mauriciens qui sont un des marqueurs de notre économie. «L’une des principales conclusions est que quatre ménages sur cinq ris diab par lake à chaque fin de mois pour faire face aux échéances financières.» Si déjà, en septembre, quatre ménages mauriciens «ti ris diab par laké», que va-t-il se passer au début de l’année prochaine quand cette tendance va s’accentuer?

Je sais, certains vont dire que je suis en train de répandre une vague de sinistrose dans cette chronique de l’année qui se termine. Mais est-il possible de faire autrement, de refuser de voir ce qui profile à l’horizon? Sans vouloir jouer à l’oiseau de mauvais augure, il faut conclure, comme l’avait dit Gilbert-Espitalier Noël au mois de septembre dans nos colonnes, «les jours difficiles sont devant nous, pas derrière». Ce qui lui avait valu pas mal de remarques négatives de la part de ceux qui nous gouvernent. De la manière dont se présentent les choses, on peut avancer que 2020 n’était que la réclame du film à venir en 2021.