Lorsque Soodesh Callychurn répondait à la Private Notice Question du leader de l’opposition, le 17 juin dernier, sur les suites du jugement du Conseil privé dans l’affaire Betamax, il laissait clairement comprendre que le gouvernement n’était pas réfractaire à la commission d’enquête sur toute cette affaire formulée par Xavier Duval.

Il y aura une enquête et elle sera présidée par un juge qui se penchera sur les conditions dans lesquelles Betamax a obtenu son contrat en 2009 et les circonstances qui ont éventuellement conduit à sa résiliation en 2015.

Décortiquer ce dossier de manière que nous espérons indépendante est une très bonne chose. Mais encore faut-il que l’enquête se déroule en public, que tous les témoins potentiels soient entendus et que les conclusions de la commission ne soient pas gardées secrètes, parce que le bilan de Pravind Jugnauth n’est guère rassurant lorsqu’il s’agit d’enquêtes.

Celui de Lam Shang Leen sur la drogue a été peu appliqué dans les faits, tandis que ceux institués depuis bientôt trois ans sur Britam et sur l’ancienne présidente de la République n’ont pas été rendus publics. Et l’on ne parle même pas des Fact Finding Committees, le dernier sur le décès des dialysés qui n’a pas encore véritablement démarré.

Le bilan parlementaire du Premier ministre n’est pas non plus probant. Il y a des entorses flagrantes et répétées aux règles élémentaires de la démocratie. Il n’y a plus de respect des convenances. La majorité bricole, semaine après semaine, l’agencement du calendrier dans un sens qui l’arrange et qui l’avantage et qui bride au maximum l’opposition.

Malgré cela, monsieur Obeegadoo ose donner des leçons de courtoisie, d’ouverture d’esprit et de patriotisme à la ronde. Le ridicule ne tue pas. A-t-il regardé autour de lui ? Et lui-même ? N’est-ce pas lui qui, enthousiaste comme tous les tristes convertis prompts à jouer les cireurs de pompes, avait secondé la motion de suspension des députés Bérenger, Boolell et Bhagwan pour toute une session ?

Avant qu’un recours à la Cour suprême ne le force, lui et ses acolytes, à battre en retraite et proposer une motion pour leur réintégration. Petitesse d’esprit ? Expliquant la démarche de la réintégration, le Premier ministre, voulant se badigeonner d’une couche de magnanimité, avait invoqué l’imminence de la présentation du budget pour apparemment donner aux élus suspendus la possibilité de participer aux débats.

Et quels débats ! L’alternance, en termes d’interventions, avec un orateur de chaque côté de la Chambre, a été plus ou bien observée jusqu’à la dernière ligne droite, là où ce sont les joutes verbales des cadors qui sont attendues. Qu’avons-nous vu ? Une petitesse d’esprit, une lâcheté et une mesquinerie inqualifiables.

D’abord la décision de tenir une séance du Parlement un samedi, le 19 juin, comme s’il y avait un retard sur le calendrier, alors que ce n’était absolument pas le cas. Au lieu de permettre au dernier intervenant de l’opposition, Paul Bérenger en l’occurrence, de proposer l’ajournement des débats pour être le premier orateur le lundi suivant, ils lui ont imposé une intervention à
00 h 05 le dimanche 20 juin.

Le caractère méchant et petit de la démarche a une explication. En sus de la tendance anti démocratique qui consiste à empêcher des voix contraires de s’exprimer, il y a aussi le souci d’entendre les critiques pour avoir deux ou trois jours pour préparer la riposte parce que ceux qui nous gouvernent aujourd’hui sont incapables apparemment de réfuter sur-le-champ un argument. C’est dire à quel point ils maîtrisent leur dossier !

C’est ainsi que la séance de lundi a vu les interventions successives de Leela Devi-Dookun, de Steven Obeegadoo, de Pravind Jugnauth et de Renganaden Padayachy, alors qu’il aurait été plus conforme aux us et coutumes démocratiques que le dernier orateur du camp adverse intervienne juste avant le Premier ministre.

Mais comment aurait fait celui-ci si la pléthore des conseillers grassement payés des fonds publics n’avait pas eu tout un week-end pour plancher sur son allocution ? Ce débat tard dans la nuit d’un samedi est d’autant plus déplorable que l’exercice budgétaire a été bouclé le mercredi suivant, 23 juin, avec une pause jusqu’à mardi prochain. C’est dire qu’il n’y avait aucune urgence pour une séance de samedi.

Mais elle a quand même eu ceci de salutaire qu’elle a permis de découvrir une autre facette de la girouette du siècle qu’est Alan Ganoo. S’il c’est vrai que les politiques ont l’habitude de faire et de défaire leurs petits arrangements, celui qui a changé d’allégeance en quatre heures, avec, le matin, l’affirmation publique d’un attachement au PTr pour ensuite annoncer une alliance avec le MSM, constitue un vrai record.

Après avoir, avec des trémolos dans la voix, décrit Renganaden Padayachy comme « Spiderman » et Bobby Hurreeram comme « Batman » et invité l’Assemblée nationale à les applaudir lors de cette fameuse soirée du samedi, il a fini par traiter son ancien leader de « colon », une expression raciste.

C’est Alan Ganoo lui-même qui est à l’origine de cet incident. Alors qu’il avait été, lui, suivi sans interruption, il s’est permis de lancer « travailliste » pendant que le leader du MMM évoquait ce ministre des Finances qui, dans le passé, avait menacé un directeur de l’audit.

Réagissant, Paul Bérenger a parlé de « caméléon », un qualificatif qui désigne une personne qui change de conduite, d’opinion au gré de son intérêt. Presque un compliment, diraient les plus persifleurs. Et lui n’a rien trouvé de plus inspiré que de lancer « colon ».

Vu ses nouvelles accointances, les années « enn sel lepep enn sel nasyon », chantées et célébrées en toutes circonstances, semblent désormais bien lointaines pour Alan Ganoo. Ainsi évoluent opportunistes, arrivistes et pouvoiristes. C’est d’ailleurs comme ça qu’on finit par avoir comme « chauffeur privé » un livreur de cannabis à domicile du côté de Tamarin !