Maurice n’est pas encore sortie de l’impasse économique créée par la pandémie de Covid-19. Les constats et les statistiques publiés aussi bien à Maurice que dans le monde restent alarmants. Le gouverneur de la Banque de Maurice, Harvesh Seegoolam, a donné un bon aperçu de la situation tant mondiale que locale mercredi dernier dans son analyse économique faite à l’issue de la réunion du Monetary Policy Committee, qui a maintenu le taux directeur à 1,85%. Pour décrire la situation, il avait à cette occasion cité la déclaration du directeur du FMI, qui a affirmé que « this crisis is more severe, more complex, and more global than anything we have seen in living memory ». L’économie mondiale est en récession et devrait connaître une contraction de l’ordre de -4,9% cette année, alors que la Banque mondiale évoque une contraction de l’ordre de -5,2%.

Toutes les économies sont en difficultés. Les Etats-Unis, l’Amérique du Sud, l’Amérique Latine et l’Inde n’ont pas encore réussi à maîtriser la crise sanitaire. L’Europe, elle, se relève péniblement. C’est également le cas pour la Chine. Devant la dégradation de la situation économique mondiale, la Conférence des Nations Unies pour le développement prévoit, dans son dernier rapport, une baisse de 40% des investissements directs étrangers, et parle de « dramatic fall in FDI ».

À Maurice, nous subissons de plein fouet les effets de la pandémie. L’industrie touristique est à l’arrêt, les exportations sont encore affectées. La banque centrale prévoit une contraction économique de l’ordre de 12,5% cette année. Les arrivées touristiques devraient chuter d’environ 70% en 2020, par rapport à 2019. Ce qui représente un manque à gagner de l’ordre de Rs 18 milliards pour le premier semestre de 2020. Le déficit du compte courant s’est aggravé au premier trimestre pour atteindre 4,2% du PIB par rapport à la même période de l’année dernière. Le déficit global de la balance des paiements était de Rs 5,9 milliards au premier trimestre de cette année, contre un excédent de Rs 7,4 milliards au premier trimestre 2019.

Dans le monde du travail, la situation reste inquiétante. Pas moins de 5 000 licenciements ont été enregistrés durant les trois derniers mois, lesquels viennent s’ajouter aux 41 900 enregistrés durant le premier trimestre. Dans les secteurs touristiques, manufacturiers et des services financiers, les employés vivent dans l’angoisse chaque mois. Dans d’autres secteurs, les travailleurs ont consenti à une réduction salariale dans le but de maintenir leur entreprise à flot. Une simple visite dans les régions touristiques, où d’habitude les restaurants, les magasins et autres activités nautiques bouillonnent d’activités, permettra de constater la désolation et les drames dans lesquelles vivent les familles qui dépendent de l’industrie touristique. Elles sont en effet impuissantes face à l’incertitude concernant l’avenir. Voilà ce qui constitue les vraies préoccupations de la population, qui voit son pouvoir d’achat s’éroder et la pauvreté s’installer à vue d’œil. Il est heureux que le ministre des Finances ait revu plusieurs des mesures annoncées dans son discours du budget.

Dans cet environnement économique difficile, on s’attend que la discipline et la bonne gouvernance soient à l’ordre du jour. Or, les cas d’abus de pouvoir et les scandales concernant l’utilisation des fonds publics durant l’état d’urgence sanitaire, et qui émergent chaque semaine, provoquent un sentiment de révolte et de dégoût au sein de la population. La manifestation prévue ce matin à Port Louis devrait être une occasion pour beaucoup d’exprimer pacifiquement leur colère.

Quand au Saint-Louis Gate, il est plus que jamais temps que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, rende public le document qu’il détient de manière à cesser de traîner la Banque africaine de développement dans la politique locale, mais surtout pour laisser à chacun – que ce soit Ivan Collendavelloo, Paul Bérenger ou tous ceux dont les noms sont cités –, à la lumière du contenu du document, prendre ses responsabilités dans le cadre de l’état de droit qui prévaut dans une République souveraine. La population mauricienne est assez intelligente pour se faire une opinion éclairée sur la question, à condition qu’elle soit en présence de tous les faits. À moins qu’une commission d’enquête soit instituée sur ce problème au plus vite.