Atroce ! C’est le sentiment que l’on ressent en découvrant les images de l’arrestation et en écoutant les dernières paroles de George Floyd, alors que le genou du policier l’empêche de respirer. Les soulèvements populaires qui ont lieu aux États-Unis, et le mouvement émergent, dans le sillage de la mort du citoyen Floyd, font évidemment réfléchir.

Les actes de violence et les brutalités, qu’elles soient physiques ou psychologiques, de surcroît quand ils sont perpétrés par des officiers censés représenter l’ordre et la sécurité, provoquent des répercussions souvent irréversibles. Nul n’oubliera, d’ailleurs, les émeutes de février 1999 qui embrasèrent le pays quand le cadavre du père du seggae, Joseph Réginald Topize, dit Kaya, fut découvert dans sa cellule de détention, à la prison d’Alcatraz, aux Casernes Centrales… À ce jour, même si Véronique Topize, la veuve de l’artiste, réclame, régulièrement, une commission d’enquête sur la mort de son mari et du père de ses enfants, rien n’a, hélas ! été entrepris.

Depuis plusieurs semaines, chez nous, le dossier brûlant des morts consécutifs en détention continue à soulever des questions. Et surtout, en l’absence d’une prise de position claire de l’Etat sur le sujet, se dédouaner avec « des enquêtes sont en cours » ne simplifie aucunement les choses. Bien au contraire !

On ne cessera d’ailleurs de le répéter : le manque de transparence sur de tels sujets où sont impliqués des agents de l’Etat ne fait que susciter l’ire et l’incompréhension. Des sentiments partagés par une foule de Mauriciens cette semaine, suivant la destruction de ce que l’Etat appelle des « structures » des squatters et qui, en fait, leur servent de… maisons !

Comment rester insensible au drame des squatters, à chaque fois que ce problème épineux défraie la chronique ? Cette décision étatique nous laisse, de plus, perplexes. Oui, ces Mauriciens sont dans l’illégalité : ils occupent des terres appartenant à l’Etat. Oui, certains ont profité de situations extrêmes — le confinement et le couvre-feu sanitaire en raison de la Covid-19 — pour ériger leurs « structures » sur certains terrains. Et oui, aussi, il y a parmi ces groupes d’hommes et de femmes qui se sont retrouvés à squatter des terres de l’Etat des cas “genuine” mais aussi hélas ! des cas frauduleux. L’État doit-il pour autant mettre tout le monde dans le même panier ou pratiquer une politique de « guet figir » ? Pour quelle raison cette décision d’éviction a-t-elle aussi soudainement été prise ? Quels projets urgents a l’Etat sur ces terrains ?

Jusqu’ici, la seule piste de réponse avancée est qu’il y avait trop de personnes qui accaparaient les terres de l’Etat… Soit. Il nous semble, cependant, qu’il y avait d’autres moyens de riposter. Comme pourquoi ne pas avoir prévenu ceux qui érigeaient leurs « structures » qu’ils agissaient dans l’illégalité et qu’ils auraient à prendre leurs responsabilités, donc, que leurs maisons allaient être détruites, s’ils persistaient à les mettre debout ? Même si cela consiste à envoyer des représentants du ministère régulièrement parler à ces hommes et femmes, leur seriner la même chanson, jour après jour, il nous semble que cette approche aurait été un tantinet plus… humaine que de brutalement détruire leurs « structures » à coups de bulldozers, non ?

Le ministre Steven Obeegadoo s’est, à maintes reprises, targué d’une approche « humanitaire ». Dans ce mot, il y a « humain ». On peine néanmoins à trouver l’aspect humain dans la manière de faire du gouvernement sur ce dossier. Certes, la fermeté et la rigueur sont de mise pour un tel problème. Mais en même temps, il y a le capital humain qu’il ne faut pas oublier.

Cet élément, d’ailleurs, semble faire fortement défaut aux régimes successifs des Jugnauth depuis la vague déferlante de Lalyans Lepep, en décembre 2014. Sur plusieurs (trop ?) dossiers jusqu’ici, diverses politiques, décisions et mesures adoptées font remonter une attitude dénuée de sentiment et d’égard à l’être humain. Le premier budget de Renganaden Padayachy comblera-t-il ces lacunes ?