Nombreux étaient-ils à prendre pour un joke les murmures de la prochaine nomination de Ken Arian à la tête d’un pot-pourri d’entités aéroportuaires, du régulateur à l’opérateur et de l’avionneur au hors-taxes, le tout brassant un total de Rs 20 milliards annuelles au sein de ce qui est décliné comme la Airports Holdings. Il y a déjà la démarche de rassembler sous un seul parapluie des organismes qui sont censés se surveiller qui a fait tiquer ceux qui s’intéressent à la bonne gouvernance et au contrôle, mais ce qui a le plus rebuté, c’est le choix du conseiller de Pravind Jugnauth pour prendre la direction de ce conglomérat public.
Les capacités gestionnaires de ce mignon du Sun Trust sont ni reconnues ni connues sur la place. Sa seule connexion avec le milieu, c’est qu’il a travaillé comme un simple employé d’Air Mauritius il y a quelques années avant qu’il ne connaisse une soudaine notoriété du fait de son accession à une confrérie dont la principale vocation semble la protection fraternelle. Du “mutual assistance” d’un nouveau genre extrêmement perfectionné !
Et pendant que ce cas flagrant de népotisme soulève un haut-le-cœur généralisé et que les administrateurs de MK ont empoché près de Rs 50 millions d’honoraires pour une année et demie de réflexion et de gestion à la petite semaine, les employés, eux, à part quelques protégés, ont pratiquement tout perdu. De vrais drames familiaux que chacun d’entre nous a pu croiser ces dix-huit derniers mois. Comme un symbolisme qui nous rappelle qu’en 2021, la méritocratie ne reste un vain mot. Et qu’il suffit d’être un valet de politicien pour accéder au sommet, tandis que ceux qui ont fait de brillantes études et qui occupent des fonctions à Air Mauritius sur la base de leurs compétences doivent poireauter dans l’antichambre en attendant des jours meilleurs et de pouvoir retravailler.
Le népotisme endémique du MSM est sans borne. Il touche même les organismes qui sont censés conduire les élections. Les récentes propositions de nominations à l’Electoral Supervisory Commission et l’Electoral Supervisory Commission constituent un puissant et dangereux symbole de cette entreprise de noyautage des institutions. Aucun respect ni même un chouia de décence avec un président de la République qui, avec la complicité du Premier ministre, choisit un membre de sa propre famille, Yashvirsingh Roopun, et Shadmeenee Mootien, la fille du haut commissaire mauricien à Londres et cousin de la mère du Premier ministre, pour remplacer deux membres éjectés de l’ESC, Dev Cowreea et Narghis Bundhun. Et tout cela en bafouant la lettre et l’esprit de la Constitution. Bienvenu en république bananière !
Le plus paradoxal, c’est que d’autres membres de cette même commission qui pensent jouir un tant soit peu de respect dans la profession légale acceptent de s’asseoir tranquillement en compagnie de cet aréopage à forte coloration politicienne. Après les précédentes nominations de proches du MSM comme Vedita Devi Peerun, fille de Narain Krishna Peerun, ancien directeur du service de renseignements et actuel commissaire de l’ICAC, et sœur du candidat battu du MSM à Belle-Rose/Quatre-Bornes, Vikash Peerun, nommé président de la National Insurance Company, et Ammanah Saya Ragavoodoo et celles qui se dessinent, en dépit des objections de l’opposition, ces autres membres de l’ESC restent là à ne rien faire.
Ailleurs, ils auraient déjà claqué la porte depuis belle lurette. Mais à Maurice, même ceux qui se revendiquent “professionnels” sont aussi capables de toutes les contorsions et de tout avaler comme couleuvres. On dirait que le credo est everything for a quiet life. C’est ainsi que les institutions les plus fondamentales deviennent suspectes aux yeux de la population. Lorsqu’il s’agit d’organismes qui ont pour vocation d’organiser les élections et donc de déterminer la qualité de la démocratie du pays et qui ont aussi pour responsabilité la délicate mission de procéder à la délimitation des circonscriptions, il faut être inattaquables. Au-dessus de tout soupçon. On a, d’ailleurs, vu sur quel drame parfois sanglant pouvait, dans certains pays, déboucher la colère populaire face au soupçon de collusion entre les partis au pouvoir et la commission électorale et du doute entretenu sur l’issue d’un scrutin et sur la sincérité du processus.
Il y a les grandes causes nationales, la vitalité des institutions et il y a aussi les petites misères du quotidien. Qui a eu l’idée saugrenue de punir les vieux et de leur payer leur pension de retraite le 4 du mois à compter de février 2022, alors que le 1er était lui-même tardif comparé aux fonctionnaires qui, eux, sont payés le 26 du mois et qui peuvent faire leurs courses mensuelles, comme vérifié, hier même, bien avant les autres salariés du pays ? Un sadique ? Pour expliquer cette décision, des paiements aux personnes décédées. Franchement, quelle incongruité. À l’heure de l’informatique, au moment où l’on peut immédiatement accéder aux archives de l’État civil et vérifier qui sont ceux qui sont décédés, est-ce si compliqué de stopper immédiatement le paiement d e la pension ?
Pourquoi martyriser ainsi des milliers de pauvres pensionnés qui, comme on le sait, doivent eux aussi manger, acheter leurs médicaments, payer leurs factures et, plus souvent que l’on ne le pense, participer aux frais éducatifs d’un petit enfant et qui ont été d’une aide précieuse pour leurs propres enfants durant ces longs mois de confinement et de chômage partiel ? Après avoir berné les vieux à la veille des élections leur promettant monts et merveilles et, surtout, une augmentation graduée de leur prestation jusqu’à atteindre Rs 13 500 en 2024, c’est à des reculades incessantes que l’on assiste. Il faudra attendre 2024, à une nouvelle veille de scrutin et avoir 65 ans révolus pour obtenir les Rs 13 500.
Comme si la supercherie n’était pas assez révoltante, voilà qu’un nouveau coup de poignard est asséné aux personnes âgées. Un de trop qui pourrait refroidir ceux qui s’étaient un peu trop vite emballés en 2014 et 2019.

Josie Lebrasse