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Noël en octobre

Maurice est sans doute un des rares pays au monde capable de modifier le calendrier mondial des fêtes en faisant le Père Noël opérer des mois avant ou bien après le 25 décembre. Pour séduire la frange de l’électorat dont il a besoin pour remporter la victoire électorale, le gouvernement en place offre aux électeurs un cadeau de Noël en dehors de la période où le Père Noël est censé assurer son job. C’est ainsi qu’on a vu, à la veille des dernières élections villageoises, une multiplication des travaux d’infrastructures dans les régions rurales. Des rues qui avaient besoin d’être construites ou réparées, des drains, des jardins d’enfants, des systèmes d’éclairage que les villageois réclamaient depuis des années ont été construits et installés du jour au lendemain. Avec une telle précipitation que l’on raconta qu’il arriva parfois des chiens, qui avaient eu le malheur de s’endormir sur les sites de ces nouveaux chantiers routiers, eurent leurs queues asphaltées ! Bien sûr, les partis d’opposition hurlèrent au scandale, à la corruption et au bribe électoral. En oubliant, fort opportunément, qu’ils utilisent exactement les mêmes méthodes pour “séduire” les électeurs quand ils sont au pouvoir pour faire asphalter, cimenter, offrir des permis ou des tempos pour “convaincre” les électeurs. Le dernier grand cadeau offert aux électeurs aura été la promesse d’augmenter le montant de la pension de vieillesse à la veille des dernières élections générales. Cette “proposition” fut sans doute un argument de poids dans la décision des électeurs du troisième âge — qui constituent avec leurs parents un électorat non négligeable — dans la victoire du MSM et de ses alliés.

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Deux ans plus tard, le gouvernement vient de faire le Père Noël reprendre du service en octobre en publiant et en mettant en pratique les recommandations du Pay Research Bureau. Cet exercice qui devait être fait en 2020 avait été renvoyé en raison du mauvais état de l’économie mauricienne affectée par la crise mondiale et les conséquences de la pandémie. En dépit du fait que cette situation a empiré avec la fermeture des frontières qui a obligé pratiquement tous les secteurs à fonctionner au ralenti — ou carrément à l’arrêt, comme le tourisme —, le gouvernement a décidé de publier et de mettre en pratique le rapport du PRB dès novembre. Pour les plus de 85 000 fonctionnaires et employés des corps paraétatiques, c’est un cadeau de Noël avec un mois d’avance. Pour le gouvernement, ce cadeau devrait inciter les 85 000 fonctionnaires et leurs familles à lui montrer leur reconnaissance en votant “bien” aux prochaines municipales, en suivant l’exemple de leurs aînés aux élections générales de 2019. Ce cadeau de Noël coûtera au pays Rs 6,5 milliards, ce qui équivaut, disent les économistes, à 1% du PRB. D’un côté, le gouvernement demande que les ceintures soient serrées, affirme que la crise l’a obligé à puiser dans nos richesses. De l’autre, il fait publier et s’engage à faire payer les recommandations du PRB. Qui plus est, le Premier ministre a déclaré qu’il n’était pas question de contracter un emprunt pour payer les 6,5 milliards et qu’il n’est pas partisan de faire le gouvernement s’endetter pour payer ses dépenses courantes. Mais d’où sera puisée cette somme représentant 1% du PRB ? Est-ce qu’une fois encore le gouvernement va puiser dans les réserves de la Banque de Maurice, comme il l’a fait pour le fonds spécial pour venir en aide aux entreprises dans une complète opacité ?

Si en publiant et en appliquant les recommandations du PRB, le gouvernement  — si l’on se fie aux premières réactions — satisfait les fonctionnaires et devrait pouvoir compter sur leurs voix aux municipales, il semble avoir oublié un fait. En ce faisant, il a mis en colère les employés du secteur public et les self-employed qui n’ont pas eu droit au cadeau de Noël en novembre. Les employés du secteur privé et les self-employed représentent plus de 100 000 Mauriciens qui sont, avec leurs familles, des électeurs capables d’exprimer leur mécontentement aux municipales, les prochaines consultations inscrites au calendrier. Est-ce que le gouvernement peut prendre le risque de couper électoralement le pays en deux ? Les cyniques répondront que c’est exactement le but de la politique menée par le gouvernement depuis les dernières élections.

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