Noemi Alphonse disputera les Jeux paralympiques en août-septembre à Tokyo au Japon. Historique pour la République de Maurice en tenant compte que c’est la première fois qu’un athlète décroche sa qualification à ces Jeux. Maurice ne se contentera donc pas, cette année, d’une invitation comme cela a toujours été le cas. Un exploit qui mérite d’être salué à sa juste valeur pour la portée et l’ampleur qu’il représente. Non seulement pour le handisport, mais aussi pour le sport mauricien dans sa globalité.

Du haut de ses 25 ans donc, Noemi Alphonse, handisportive souffrant d’une déficience physique, peut être très fière de ce qu’elle a accompli en sept ans de pratique seulement. Idem pour tous ceux qui ont toujours cru en elle, à commencer par Jean-Marie Bhugeerathee, son entraîneur personnel, dans un premier temps, et son club, Magic Parasport club de Quatre-Bornes. Ensemble, ils ont bâti, jour après jour, des performances significatives au point de valider une qualification au 100m et non sur 1500m directement, son épreuve de prédilection.

Pour cela, il aura fallu de l’audace et une bonne dose de détermination, afin d’effectuer une transition peu évidente. Un pari toutefois gagnant au premier quart de tour. Noemi Alphonse parvenant à arrêter le chrono à 17:00, en mai 2019 en Suisse, en l’espace de deux ans et grâce surtout à un changement dans la méthodologie de préparation.
Ce chrono fera d’ailleurs date comme celui qui a permis à Noemi Alphonse d’entrer par la grande porte aux Jeux paralympiques. Cela, après une décision de l’International Paralympics Committee qui la considérait comme faisant partie de son cercle très fermé du High Performance Standard. Au même titre que Brandy Perrine et Anaïs Angéline qui gardent, elles, toujours bon espoir d’être retenues à ces Jeux.

Ainsi donc, Noemi Alphonse n’a pas volé sa qualification, qu’importe ce qu’en pensent certains actuellement. En effet, alors que la communauté handisportive devrait se réjouir en ce moment historique, il y a tout de même certains à qui cet exploit fait très mal et qui arrivent difficilement à accepter les choses telles qu’elles sont. Et ça, c’est vraiment dommage quand on considère que Noemi Alphonse a battu, par deux fois, le record national et d’Afrique au 100m (16:68, puis 16:57). Chapeau mademoiselle !

Chapeau aussi à Jean-Marie Bhugeerathee, à Magic Parasports Club et à Jean-Marie Malépa, président de la Mauritius Paralympics Committee depuis août 2020. Sans qui le premier nommé n’aurait pu continuer à entraîner d’autres athlètes de différents handicaps, alors qu’il l’avait nommé entraîneur national au sein de la fédération responsable des athlètes souffrants d’une déficience intellectuelle. Jean-Marie Malépa n’a finalement pas eu tort et c’est tout à son honneur.

Au-delà de ce qu’elle représente sur les pistes d’athlétisme, Noemi Alphonse a prouvé qu’elle incarnait bien plus qu’une athlète de haut niveau. Elle est devenue un symbole, non seulement pour ses performances, mais aussi pour la personne qu’elle est. Elle qui avait du reste été choisie pour être le porte-drapeau du Club Maurice aux Jeux des Iles de 2019, à Maurice. Une responsabilité tenue à la hauteur de ses qualités avec, en prime, la médaille d’or au 1500m, remportée avec un tour d’avance et une image très forte qui marquera à jamais l’histoire de ces Jeux. Celle de Noemi Alphonse encourageant, sur quelques mètres, son adversaire, la Réunionnaise Darlène Cassim, avant que cette dernière n’entame son dernier tour.

C’est justement dans ces moments qu’on reconnaît les vrais champions, ceux qui symbolisent réellement les valeurs et principes qui font vivre le sport dans sa dimension noble. On saluera aussi sa force mentale qui fait d’elle une athlète d’exception. Une dure-à-cuire, serait-on tenté de dire, mais dans le bon sens du terme.

Car, tout n’a pas été rose pour Noemi Alphonse. Elle qui, au début même de sa carrière, a raté les Jeux des Iles de 2015, à La Réunion, en raison d’une suspension infligée par ceux qui dirigeaient la fédération physique à l’époque. On lui reprochait de s’en être publiquement pris au ministre des Sports d’alors, Yogida Sawmynaden. Elle déplorait l’attitude de ce dernier qui, selon elle, lui faisant la sourde oreille face à ses tentatives de défendre…une autre athlète, nommément Anaïs Angéline, qu’elle considérait avoir été injustement écartée pour un déplacement à l’étranger.

Noemi Alphonse a ensuite failli rater les Jeux du Commonwealth de 2018, en Australie, après qu’il a été constaté, au moment de l’inscription, que sa licence internationale n’avait pas été renouvelée par la faute à certains qui sauront se reconnaître. À ceux-là, nous leur dirons tout simplement que l’heure est venue de prendre leurs distances de la scène, afin de laisser la place à ceux qui aiment réellement le sport.

Au terme donc d’une carrière qui commence à atteindre sa vitesse de croisière, Noemi Alphonse veut désormais voir les choses en grand, notamment grâce au soutien financier de son sponsor, ABC groupe, du ministère des Sports et des fonds colossaux promis par Horizon Paris 2024 entre autres. C’est du reste dans la capitale française qu’elle espère pouvoir offrir une médaille à tous ceux qui ne l’ont jamais lâché. Bien évidemment, si d’ici-là, Tokyo ne se révèle pas déjà comme sa rampe de lancement.