Après les turbulences qui ont secoué l’opposition parlementaire et extraparlementaire ces derniers jours, le calme est revenu avec la nomination de Xavier-Luc Duval comme leader de l’opposition. Il succédera ainsi à Arvin Boolell, qui a soumis sa démission lundi. Xavier-Luc Duval ayant déjà fait ses preuves comme leader de l’opposition, il aura l’avantage d’être le leader de son parti, contrairement à Arvin Boolell, bien que ce dernier ait fait son travail consciencieusement.

Ce chamboulement politique dans l’opposition, qui a dominé l’actualité politique ces derniers jours, aura en fin de compte fait deux victimes : Arvin Boolell et Shakeel Mohamed, qui perdent leurs postes constitutionnels. Comme quoi, “one week is a long time in politics”. Ainsi, l’entente PTr, MMM, PMSD, RP, qui semblait avoir pris son élan après la marche du 13 février, a finalement fait naufrage le 25 février avec la conférence de presse donnée par le trio MMM-PMSD-RP, sans le PTr donc. Le but était d’annoncer que les trois partis n’étaient pas d’accord avec la désignation de Navin Ramgoolam comme leader d’une éventuelle alliance en vue des élections générales. Ils ont rappelé par la même occasion que le tandem MMM-PMSD disposait de 15 parlementaires dans l’opposition, contre 12 pour le PTr. Malgré cette majorité, Arvin Boolell serait maintenu au poste de leader de l’opposition. À tort ou à raison, Paul Bérenger avait ajouté que dans l’éventualité où le PTr se séparerait totalement des deux autres partis, le leadership de l’opposition pourrait être revu.

Navin Ramgoolam devait donner la réplique dimanche en affirmant que le leadership d’une alliance de l’opposition lui revenait de droit en sa capacité de leader des Rouges, qui concerne uniquement le PTr et personne d’autre. La situation devait s’aggraver avec la démission lundi d’Arvin Boolell, qui considérait que sa dignité personnelle lui interdisait de rester à son poste après les remarques faites par les trois autres partenaires de l’entente de l’opposition. Il s’en remettait à son parti. La réunion du comité élargi du PTr mardi s’est avérée être une démonstration de force, durant laquelle Navin Ramgoolam a affirmé que PTr se rendrait seul non seulement aux municipales, mais également aux élections générales… lorsqu’elles arriveront. « On ne choisit pas un Premier ministre lors d’élections municipales », devait-il lancer.

Le ton et le langage adoptés par le leader des Rouges ce jour-là contre le leader du MMM étaient révélateurs de l’esprit qui l’animait au sein de l’entente de l’opposition. Il avalisait, par la même occasion, la déclaration d’Eshan Juman à la radio et la prise de position d’une aile de l’exécutif rouge menée, entre autres, par Patrick Assirvaden. Ce dernier a en effet toujours insisté que le PTr dispose d’une majorité, que ce soit aux municipales ou aux élections générales.

S’il est légitime pour Navin Ramgoolam, en tant que leader, de projeter une image forte de son parti, considéré comme une locomotive, dans le but de mobiliser les activistes de son parti, il est évident que cette attitude allait irriter, voire révolter ses autres partenaires. Le virus de la division était implanté dans l’entente de l’opposition.

Les principaux intéressés, Paul Bérenger, Xavier-Luc Duval et Roshi Bhadain, ont-ils eu raison de crever l’abcès concernant le leadership d’une éventuelle alliance électorale ? L’avenir nous le dira. Cependant, le déchaînement de réactions sectaires à l’encontre de Paul Bérenger n’est pas surprenant. Ces réactions révoltantes sont le résultat direct de la diabolisation de Bérenger par ses principaux adversaires pendant des années. Il est malheureux qu’en 2021, une telle mentalité subsiste encore. Alors que certains qualifient de dinosaures les politiciens qui ont une carrière politique et une expérience des affaires du pays, on se demande si le vrai danger ne vient pas de ceux, y compris des jeunes politiciens de tous bords, qui font la démonstration d’une mentalité de dinosaures sectaires.

Pour le moment, Pravind Jugnauth semble profiter de la situation. Il a le champ libre et joue sa carte habilement, s’attaquant à Paul Bérenger et à Nando Bodha, tout en ménageant le PTr. Mercredi, à Vacoas, il s’est présenté comme un militant exemplaire auquel se sont joints d’autres militants venus du MMM. La rentrée parlementaire ce mois-ci s’annonce palpitante.