Et si, huit mois seulement après les élections générales, il y a déjà comme un état de panique qui s’installe. Panik lor baz, comme dirait l’expression populaire. En tout cas, il y a de nombreux signes qui ne trompent pas et qui indiquent que le gouvernement est en train de perdre pied et qu’il se fait, chaque jour, un peu plus intolérant et menaçant face à la révolte qui gronde. Sur tous les fronts.

A l’Assemblée nationale, il y a une voix puissante, une opposition forte qui travaille, pour la première fois depuis bien longtemps, dans un consensus et qui donne du fil à retordre à un gouvernement doté de quelques individualités aguerries et d’expérience certes, mais truffé aussi de néophytes pour qui des nominés politiques écrivent des discours creux et qui les lisent comme des perroquets déréglés.

On en a eu une parfaite illustration, mardi dernier à l’Assemblée nationale lors des débats sur la motion de blâme d’Arvin Boolell contre le Speaker Sooroojdev Phokeer. Entre les députés qui se sont évertués à évoquer les dates, les pages et les paragraphes du Hansard et ceux qui se sont attardés sur quelques piques lancées de part et d’autre, un interminable florilège de platitudes indigestes.

Ceux qui croyaient que l’on avait terminé avec Maya Hanoomanjee, avec les Kalyan Tarolah et les Ravi Rutnah, sont en train de découvrir, avec effroi, que l’on a hérité peut-être de bien pires. De petits agents politiques, des totems identitaires, des individus formés à la glorification du leader, devenus députés par accident et qui sont incapables de s’élever au niveau de ce qui est requis de quelqu’un qui a l’honneur de représenter la population.
Les symptômes de la panique ont aussi été vus ce mardi avec la décision du Premier ministre et Leader of the House d’ajourner les débats sur les deux gros morceaux qui étaient à l’agenda, le Finance Bill et la motion de censure contre le Speaker. Certains diraient qu’il aurait été tellement plus simple de boucler le Finance Bill mardi et tenir une séance vendredi qui soit exclusivement consacrée à la motion d’Arvin Boolell. Logique, non ?

Non, il y a une raison à cette posture plutôt incongrue. Ils ont, en fait, besoin de temps. Ils donnent l’impression d’être à court d’arguments qu’ils ont visiblement besoin d’une longue semaine pour pouvoir préparer la riposte, laisser le temps aux conseillers politiques de préparer la réplique aux fortes têtes de l’opposition. Et ainsi tenir leurs meetings.
Il y a aussi de la panique dans les arguments mis en avant pour contrer le catalogue étoffé des récriminations déposées au pied du Loud Speaker. Vikash Nuckcheddy, celui qui a fait le tour de tous les partis à la recherche d’un ticket et qui a fini par atterrir au Sun Trust après que toutes les portes ont été verrouillées, n’a rien trouvé de mieux que de jouer sur le registre sectaire.

Après une référence aux « colons », il n’a rien trouvé de plus inspiré que de soutenir que c’est parce qu’il « vient d’une région rurale » que Rajesh Bhagwan l’a traité de « chokra ». Heureusement que Patrick Assirvaden l’a stoppé tout net dans son dérapage, parce que ce que ce député ignore c’est que, dans la circonscription du premier député de Beau-Bassin/Petite-Rivière, il y a des villages, Gros-Cailloux, Canot et Albion.

S’il était un brin perspicace ou juste un peu informé, ce novice aurait su que c’est un des collaborateurs du député du MMM, Khemraz Ortoo, conseiller du village de Gros-Cailloux vient d’être élu vice-président du conseil des districts de Rivière-Noire avec comme présidente la conseillère du PMSD Véronique Le-Govind, malgré le monopole des villages que croit pouvoir revendiquer Vikash Nuchklcheddy. Mais tout cela dit beaucoup de l’épaisseur des effectifs qu’a alignés le MSM aux dernières élections générales.

Il y a l’Assemblée nationale et il y a aussi et surtout la rue. Il y a une forme de panique aussi dans la réaction face au succès de la mobilisation citoyenne du samedi 11 juillet. La preuve la plus éclatante étant la couverture de cet événement par la MBC, où siègent des conseillers politiques de Pravind Jugnauth et où lui-même a installé un improbable directeur général par intérim, promu grand mandarin malgré son parcours cahoteux.

A la « aime baisser » ils ont dû se dire que si, avec la bénédiction du Prime Minister’s Office, ils ont pu faire fi de la demande du diocèse pour un droit de réponse après avoir violé le sanctuaire du Père Laval, ils pouvaient tout se permettre et travestir les faits, quand bien même ils sont contredits de manière éclatante par les images qui se juxtaposent à celles de la manipulation éhontée. Et le pire c’est que ces dangereux désinformateurs de la MBC et leurs sponsors du PMO n’ont pas la moindre once de honte.

Il faut aussi mettre cette propension à interpeller tous ceux qui critiquent ou tournent en dérision le Premier ministre sur la toile sur le compte de la même panique. Dans un pays où une enquête sur une tractopelle bourrée de 92,5 kilos de cocaïne n’avance pas depuis un an, la police trouve le temps d’aller arrêter des internautes et convoquer un ancien ministre travailliste qui avait participé à une manifestation il y a trois ans.

Et pendant que le pays exprime ses inquiétudes et que le peuple s’émeut des difficultés du moment et du peu de lisibilité qui existe quant à la situation qui va prévaloir à moyen terme, le gouvernement a une tout autre priorité, consacrer les réunions du Conseil des ministres à désigner chaque semaine un agent politique dans un organisme parapublic.

Après la nomination de Somduth Dulthumun à la présidence du Museum Council la semaine dernière, c’est maintenant l’installation aux forceps de Sandhya Boygah comme directrice générale du Mauritius Standards Bureau après des tentatives avortées et après le forcing d’un nominé politique du president, Sanjiv Mulloo. Celle qui officiait comme directrice de cet organisme, Rachida Nunhuck, a démissionné du MSM. Un sursaut de dignité tellement rare ces jours-ci qu’il mérite d’être salué bien bas.