Qu’il est loin le temps où la présentation du budget national était un événement auquel petits et grands, salariés et patrons, étaient suspendus, qu’ils arrêtaient tout pour rester scotchés devant leur téléviseur poursuivre la présentation du projet économique du ministre des Finances pour l’année.

Les personnes, nombreuses, rencontrées dans le commerce vendredi, étaient plus affairées à constituer leurs petits stocks de spiritueux en prévision d’un budget qui les imposerait davantage et à se préparer pour leurs longues nuits de l’Euro du football ou des finales de Roland Garros.

Les discussions portaient, en effet, plus sur ces rendez-vous sportifs internationaux, dont les deux demi-finales masculines de ce même vendredi 11 juin et la première rencontre Italie/Turquie et le nombre grandissant des cas de Covid, plutôt que du deuxième budget de Renganaden Padayachy.

C’est dire à quel point il y a une perte d’intérêt grandissante pour un exercice qui jadis revêtait une importance considérable pour toute la nation. Le désintérêt est aussi symptomatique de la méfiance de plus en plus perceptible des Mauriciens vis-à-vis de la parole publique.

A part les petites mesures cajolant ici et là des catégories professionnelles, le peuple voit bien que les milliards que l’on balance à tout bout de champ ne vont pas tomber dans leurs poches et qu’ils serviront peut-être plus à enrichir une classe dirigeante dévoyée qu’à améliorer la vie des plus démunis avec les prix des commodités devenues astronomiques en raison de la dépréciation accélérée de la roupie.

On dirait que la pandémie n’a servi à rien. Aucune remise en question du modèle économique dans lequel nous sommes enfermés depuis déjà trop longtemps. Pire, pas de réforme ni de rationalisation des institutions coûteuses pour les contribuables.

Il y a, au contraire, un renforcement des pouvoirs des organismes publics, alors même que l’on aurait pu s’attendre à ce que le train de vie de l’Etat soit ramené à de justes proportions. L’Economic Development Board, par exemple, est devenu un mammouth qui va même jusqu’à s’occuper du WAP et du vaccin.

Alors qu’il a dilapidé un milliard de roupies dans des contrats douteux octroyés à des compagnies créées en temps record en plein confinement l’année dernière, lors des achats Covid, et que, bijoutier, quincailliers et amie d’enfance se sont attribué des pactoles, le gouvernement va venir ponctionner Rs 2 sur l’essence de la moto du petit malheureux autant que la Porsche du parvenu pour acheter des vaccins. Encore une incongruité !

Que penser de l’annonce dans le budget de l’entrée en opération de la ligne du métro entre Quatre-Bornes et Rose-Hill, une nouvelle cent fois ressassée par les anciens détracteurs du projet, Alan Ganoo, Tania Diolle et Kavi Ramano, et les interminables énumérations de projets infrastructurels ? L’explication devrait se trouver dans le désir d’étoffer un discours dépourvu de contenu fort et mobilisateur.

Sinon toujours des milliards et des milliards pour nous transformer encore plus en Béton Island que nous sommes malheureusement devenus. De quoi repousser ces touristes qui privilégient de plus en plus des destinations authentiques, celles qui ont une âme. Et ce que nous sommes en train de perdre. Dangereusement, lorsque les autorités n’entretiennent pas les lieux anciens, chargés de mémoire et qu’elles les laissent impunément détruire.

Alors que la réouverture des frontières est annoncée pour le 15 juillet, il est permis de se poser la question de savoir ce qui a été entrepris en ces seize mois de désert touristique pour rehausser le produit Maurice et lui donner un coup de beau.

Le pays est affreusement sale, pas seulement à cause des détritus jetés un peu partout dans la nature, mais en termes d’intégrité et d’attrait physique, les bâtiments publics, les parcs et jardins ayant été laissés dans un état d’abandon affligeant.

Et cette réouverture qui est comme une côte mal taillée. Les touristes, qui se sont vus inoculer les meilleurs vaccins et aussi les plus efficaces au monde, se verront imposer un genre de quatorzaine dans un pays qui ne dispose que de doses au compte-gouttes qui ne sont, en plus, pas reconnues en Europe. Il y a un paradoxe, là.

Nos concurrents dans la région ont eu une stratégie bien plus pragmatique. Qu’est-ce que Maurice offre de plus pour qu’un séjour prolongé soit agréable, attractif et non celui des mouvements restreints et encadrés ? Vivement octobre !

Entre les redites et les projets mentionnés pour la énième fois, il y a, certes, quelques engagements sur l’énergie verte, mais le pli de l’écologie qui aurait dû être le pivot du projet économique pour les prochains 15 ans reste très timide. Si on arrive à faire ce qui est annoncé, ce ne serait pas mal, mais il est permis d’être prudent.

Utile sans doute la promotion d’une industrie pharmaceutique et, ambitieuse aussi, la perspective de production de notre propre vaccin anti-covid, mais quel sera l’apport des intrants locaux et renouvelables.

Le cannabis médical et thérapeutique est très demandé à l’international pour traiter plusieurs pathologies. Avons-nous étudié la qualité et les propriétés de notre cannabis local ? Pourquoi en faire un sujet tabou ? Aucune piste permettant au pays de développer des produits niches ne doit être négligée.

Bidze Mac Alpine pour les uns, les plus âgés qui ont connu la firme anglaise de construction des années 1960, en raison de la longue litanie des drains et des routes à aménager ou serviettes hygiéniques pour les jeunes prêts à tout tourner en dérision.

Ce sont des raccourcis pas toujours appropriés ni justifiés, l’enjeu de l’accès à la protection pendant la menstruation n’étant pas une blague, au contraire, un vrai sujet, mais ils disent beaucoup de l’humeur d’une nation qui présente tous les symptômes du virus du grand désenchantement.