Chaque Mauricien est convié ce samedi à la manifestation pacifique initiée par le Kolektif Konversasyon Solider dans les rues de Port-Louis, à 13h. C’est dans un élan massif et unanime pour dire « stop » aux abus et dérives en tous genres, qui pourrissent nos vies, que cette marche a été organisée.

Durant la semaine écoulée, plusieurs animateurs de la plateforme collective Konversayon Solider sont montés au créneau à travers divers médias pour expliquer le but de l’activité du jour et les raisons, s’il en faut, d’être présent. Les Mauriciens, qui sont à l’origine de cet espace de dialogue et d’action, ont compris que « trop de dysfonctions dans la gestion des affaires nationales, comme celles de ces derniers temps, finiront par avoir raison de notre avenir ». D’où leur décision d’organiser la manifestation.

Il est vrai que le Mauricien type n’est pas trop du genre à descendre dans la rue. Étant plutôt de nature soumise et docile, et surtout craintive des représailles (l’épisode des policiers chez les employés d’Air Mauritius récemment résonne encore dans nos têtes), comme nous sommes dans un petit pays où tout le monde connaît tout le monde, et où tout se sait, nombre d’entre nous appréhendent qu’une fois de plus cette attitude pénalise l’initiative pertinente du collectif citoyen. Prions que ce ne soit pas le cas !

Certes, le Kolektif Konversasyon Solider a mis l’accent sur la politique gouvernementale dans le sillage de la crise de la Covid-19 sur plusieurs aspects, dont certains sont relatifs aux lois qui ont été passées au Parlement dans le sillage du confinement. Néanmoins, avec l’ouverture d’esprit prônée par ces militants de souche, d’autres thématiques qui posent problème peuvent, on l’imagine, venir se greffer sur les principaux axes, comme le sort de ces enfants victimes de maltraitances multiples et le fait que la réaction de l’État soit timide, voire inexistante. Parce que placer des enfants issus de foyers difficiles dans un “shelter” n’est pas ni solution finale ni la clé au problème ! La psychosociologue Mélanie Vigier de Latour Bérenger le rappelle à chaque fois qu’elle en a l’occasion.

Silence et inaction, encore et toujours, sur la question des morts en cellule. On ne cessera de rappeler que cette année 2020, avec sa période de confinement, a peut-être été la plus meurtrière pour ceux se trouvant derrière les barreaux. Pourtant, à ce jour, malgré cinq décès en prison et d’autres en cellules policières, l’enquête semble à peine évoluer… Plusieurs hommes de loi, surtout Mes Rama Valayden et Erickson Mooneeapillay, relancent pourtant dès qu’ils le peuvent ce débat pour que le mutisme ne l’emporte pas dans ces affaires. Doit-on en conclure que certaines vies ont moins de valeur que d’autres ?

Souhaitons que l’on se trompe !

Autre problématique laissée indécemment en suspense : celle des squatteurs. Qui sont des “genuine cases” et qui sont des “roder bout” ? Le nouveau No 2 du Front Bench s’enlise dans un débat dont on n’est pas près de voir la fin. Et pendant ce temps-là, des enfants, innocents, dorment dans le froid, le ventre le plus souvent vide… Est-ce juste ?
Et quid des méga scandales Saint-Louis et Hyperpharm, qui font déjà beaucoup de mal, tant chez nous que sur le plan mondial ! Combien de temps nos politiques nous prendront-ils pour des imbéciles heureux et continueront de nous berner au grand jour, à nous déplumer tout en nous serinant qu’ils veillent sur nous et ne veulent que notre bien ? Combien de temps les laisserons-nous faire ? Va-t-on encore les laisser sévir ?

Ne pas participer à la manif du Kolektif Konversayon Solider, aujourd’hui, équivaut à cautionner ces abus, manquements, fausses notes et dérives qui rendent la pilule encore plus amère. Espérons que la période de confinement aura servi à réveiller le plus grand nombre d’entre nous d’une légendaire léthargie quand il s’agit de nous battre pour nos droits et que nous serons unis, en masse, dans un même élan solidaire, dans les rues de la capitale… Pour envoyer un signal fort et reprendre nos vies en main.