Inattendue, spontanée, franche et sans clivage : telle a été la réponse populaire – attention, pas nationale – à la catastrophe écologique causée par le MV Wakashio, qui a sérieusement et, pour très longtemps, hélas, salement (c’est bien le cas de le dire) pourri une large partie de nos eaux turquoise !

Réponse populaire parce que c’est le peuple, de chaque coin de l’île, sans attendre quelque directive, qui est descendu sur le terrain dès que le fioul a commencé à fuiter du navire. Immense géant de fer qui s’est affalé on ne sait toujours pas ni pourquoi, ni comment d’ailleurs, dans notre lagon. L’arc-en-ciel local a répondu instantanément à l’appel de la nature qui se faisait cruellement massacrer. Dans un même élan, rappelant celui en mars 2013, après que les inondations meurtrières ont dévasté tout un quartier de Canal-Dayot !

Pendant que ceux responsables de la réponse nationale, eux, élus et payés des deniers publics, soit le gouvernement de Pravind Jugnauth, regardaient et attendaient… Godot ou la fissure du MV Wakashio se referme ? Allez savoir ! Cet élan citoyen instantané n’est pas anodin, évidemment. Le mouvement de foule du 11 juillet dernier, initié par le Kolektif Konversasyon Solider dans nos rues pour dire assez à toutes les formes d’injustices qui prévalent actuellement dans notre pays, qui fait perdre des emplois surtout, a donné le la ! Et ce n’est qu’une question de temps avant que le peuple mauricien, enfin réveillé de sa torpeur légendaire et qui commence enfin à prendre en mains sa destinée, ne fasse comprendre de quel bois il se chauffe quand on pousse le bouchon un peu trop loin…

Dans cette conjoncture, certains verront l’opportunité pour l’opposition, actuellement réunie, de faire table rase d’une population qui crie sa détresse et exprime sa colère. Mais il ne faudrait pas que la situation se réduise à cela. Au-delà de nos appartenances politiques et couleurs partisanes, un soulèvement populaire doit donner naissance à de nouveaux leaders. Des chefs de file, qui viennent avec des visions, des projets, des discours et, surtout, des valeurs et des principes qui seront partagés et qui seront des éléments fédérateurs d’une nouvelle génération, d’un souffle nouveau pour un pays en sérieux manque de renouvellement !

La génération de politiques, que nous avons actuellement, comporte certainement quelques bons éléments. Mais pas assez. Les dynasties et faiblesses diverses ont eu raison des idéologies, développements réfléchis et modèles de société convenable, pouvant à la fois, répondre aux besoins d’un peuple pluriel et dense, et moderne, tout en restant ancré dans ce qu’il y a d’essentiel à son existence. Comme un emploi et une rémunération qui correspondent aux qualifications et à la méritocratie de chacun, la protection de nos lagons et de tout notre écosystème, l’épanouissement humain de nos enfants évoluant dans une société protégée, le droit à un logement décent pour chaque habitant, un développement infrastructurel du pays qui marche de pair avec le respect de l’environnement… pour ne citer que quelques thématiques qui nous sont très chères.

Et ce ne sont surtout pas ces prises de position unilatérales comme pendant la crise sanitaire de la COVID-19 ou la gestion désastreuse du MV Wakashio chez nous, ces méthodes de répressions diverses, ou, pire, le langage teinté de suffisance que nous sert actuellement le gouvernement de Pravind Jugnauth, qui représentent notre avenir. Les Mauriciens se réveillent, et c’est tant mieux. Comme cela, on ne nous y reprendra, espérons-le, pas à confier le pouvoir à des politiques qu’on aura à traiter par la suite d’incompétents ou de dictateurs !

« First, we take Manhattan; Then we take Berlin… » chante Leonard Cohen, dans un morceau hautement philosophique. À nous de nous approprier notre hymne, de proposer le changement, de définir nos nouveaux paramètres de développement, en aspirant à une île nouvelle. Et ce, en mettant à profit notre plus grande richesse : notre unité.

Husna RAMJANALLY