Qu’est-ce que c’est que cette curieuse histoire de commission d’enquête sur l’affaire Betamax ? Il a suffi d’une simple demande du leader de l’Opposition pour que le gouvernement accepte de nommer une commission d’enquête sur les conditions d’attribution et de résiliation du contrat Betamax. Surprise depuis le début de la nouvelle législature, c’est la première fois que le gouvernement accepte une demande venant de l’opposition.

Toutes celles que les députés de l’opposition ont pu faire à chaque séance parlementaire ont été systématiquement rejetées, avec le « aye have hit » et le tapp la table qui sont les plus fréquentes manifestations des députés de la majorité. Ils disent tellement aye à la demande que parfois, ils se couvrent de ridicule. C’est ainsi qu’ils ont voté comme un seul homme la motion de suspension des trois députés de l’opposition que Pravind Jugnauth a été contraint d’annuler à la onzième heure, avant que la plainte des suspendus ne soit entendue en Cour.

Quelle est la logique de faire la lumière sur un dossier pour lequel Maurice a été déjà condamnée et contrainte de payer Rs 5.7 milliards en dollars, puisés de la poche des contribuables ? Est-ce que ce n’est pas avant de résilier unilatéralement le contrat, en 2015, que le gouvernement aurait dû mener l’enquête, pas aujourd’hui ? On a l’impression qu’il y a dans tout ça comme une illustration du dicton créole « après la mort la tisane ».
Cette initiative de Xavier Luc Duval, chaudement applaudie par Pravind Jugnauth, est aussi étonnante dans la mesure où lors de ses nombreux séjours dans les différents gouvernements, XLD a été partie prenante de la décision d’octroyer mais aussi de résilier le contrat de Betamax dans le cadre de la responsabilité collective des membres du gouvernement. Est-ce qu’il est en train de nous préparer une nouvelle version de « pas moi ça, li ça ? » Est-ce son image de marque, bien abîmée après ses récentes décisions contradictoires, qu’il essaye de sauver, ou est-ce un gage donné pour un retour éventuel à l’Hôtel du gouvernement pour prendre la place de Padayachy et défendre la CSG et toutes les mesures gouvernementales qu’il a dénoncées jusqu’ici ? Non, je n’exagère pas.

La politique mauricienne étant ce que les politiciens – soutenus par leurs électeurs – ont fait d’elle, qui s’étonnera si demain un parti d’opposition se retrouve au gouvernement en jurant qu’il le fait uniquement pour défendre le pays ? Encore une alliance contre nature, allez-vous dire ? Mais enfin, quelles autres sortes d’alliances avons-nous eues depuis 1969, depuis que Duval, le père, avait fait voter non à une alliance avec le PTr à ses partisans juste avant d’aller la conclure avec Sir Seewoosagur Ramgoolam. Déjà à l’époque, c’était pour sauver le pays du péril mauve que cette alliance entre la carpe et le lapin fut conclue pour suspendre la Constitution et décréter l’État d’urgence. Depuis, tous les partis politiques ont suivi – en l’améliorant, si on peut dire – le modèle et sont passés d’un camp à l’autre, toujours pour sauver le pays, même et surtout quand il allait bien. Franchement, est-ce que ça vous étonnerait de voir un des leaders – ou plusieurs ? – des partis de l’opposition se retrouver à l’Hôtel du gouvernement pour sauver le pays ? En prenant la place des avant-derniers transfuges ? À quoi sert une commission d’enquête sur Betamax, demande, plus loin, Me Hervé Duval, par ailleurs cousin du leader du PMSD ? Peut-être pour lui permettre de retourner dans ce gouvernement qu’il avait quitté parce qu’il était une menace pour la démocratie ?

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Au début des années ’80 du siècle dernier, il fallait, selon un ministre des Finances, savoir faire des « coustics » pour équilibrer le budget national. 40 ans plus tard, il semblerait qu’il suffit de demander aux statistiques nationales de refaire leur calcul. C’est ainsi qu’en une seule journée, Maurice a gagné un point de croissance et que le nombre de touristes a plus que doublé. Dans la version du calcul publiée lundi, on parlait de 4.4% du GDP et de 150 à 160,000 touristes. Le lendemain, les pronostics étaient passés à 5.4% et à 325,000 touristes pour 2021. Je savais que certains historiens, très engagés – et peut-être rétribués – dans un camp politique écrivaient l’Histoire avec une gomme élastique. Je ne savais pas que les statisticiens utilisaient de la levure pour gonfler leurs chiffres. C’est ça les nouvelles mathématiques ?

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Logiquement, on déconfine quand la situation sanitaire améliore, que la progression du virus est, sinon stoppée, du moins sérieusement ralentie. Mais comment croire à cette amélioration quand on multiplie quotidiennement, non seulement le nombre de nouveaux cas, mais aussi les zones rouges ? Comment peut-on exiger le port du masque et le respect des gestes sanitaires, alors que les autobus et les rames de métro sont bondés ? Comme disait l’autre, est-ce que les bus stop et les stations de métro sont des barrières naturelles que le virus ne peut franchir ?

Jean-Claude Antoine