Comme un fourbe. C’est en toute fin de séance que le Premier ministre a, dans la soirée de mardi dernier, proposé que la suspension frappant les députés Paul Bérenger, Arvin Boolell et Rajesh Bhagwan soit levée à partir de la séance du 25 mai.

Comme ça tombe bien, la contestation de cette mesure inédite de priver des parlementaires dûment élus de toute participation aux délibérations de la représentation nationale jusqu’aux prochaines élections devant la Cour suprême devait être entendue dès demain, le 24 mai. Il était justement prévu que le Speaker et le Premier ministre présentent leurs arguments pour justifier cette décision arbitraire.
Il faut croire que Sooroojdev Phokeer et Pravind Jugnauth n’avaient pas de justificatifs légaux solides pour réfuter ceux des plaignants pour que le Premier ministre vienne finalement procéder à une grande reculade et mettre un terme à une situation qui choquait bien au-delà de nos frontières, même bien fermées.

Dans l’hémicycle, les sanctions sont très sélectives et seuls les membres de la majorité peuvent se permettre des écarts de conduite en toute impunité. Aussi est-il indispensable de remettre cet étrange état de choses dans leur juste perspective.
Paul Bérenger a dit au Speaker: «You are a contempt», après que ce dernier a décidé de biffer des procès-verbaux du Parlement une question supplémentaire de Patrick Assirvaden sur les turpitudes diplomatiques de Showkutally Soodhun et qu’il a menacé de «contempt» l’élu travailliste et des sanctions qui vont avec.
Arvin Boolell a été suspendu pour avoir dit que le Speaker est «biased» pendant le même incident, et Rajesh Bhagwan a, lui, très justement, rappelé à Sooroorjdev Phokeer «qu’il n’est pas le propriétaire du Parlement».

Ce sont ces expressions qui ont valu à ces élus, largement plébiscités aux dernières élections générales, d’être exclus jusqu’au prochain scrutin législatif. Pas une séance de suspension, pas deux, pas trois, pas quatre comme ce fut le cas de Shakeel Mohamed. Non, horizon 2024! La suspension du trio de l’opposition ne devait être levée qu’à la présentation d’excuses sans réserve de la part des députés sanctionnés.
Pendant que des députés de l’opposition sont renvoyés chez eux pour des années, il se trouve que de grossiers personnages sur les bancs de la majorité peuvent, eux, lancer en direction d’une députée de l’opposition «bouss… to… l… p…». L’auteure de ces propos infâmes, parce que c’est clairement une voix bien féminine, plaque, elle, toujours son popotin dans l’hémicycle.

Lorsque c’est Franco Quirin qui dit «bouffon», c’est un crime de lèse-majesté, mais lorsque c’est le Premier ministre qui utilise ce terme, c’est parfaitement toléré. Lorsque des membres de l’opposition adressent quelques piques politiciennes aux membres de la majorité, le Speaker les invite de manière péremptoire à aller le faire dans des meetings ou des conférences de presse.

Par contre, lorsque des ministres ou autres vociférateurs creux tiennent vraiment meeting dans l’hémicycle, c’est la carence auditive subite pour le Speaker. Des exemples comme ceux-là on pourrait en donner des tonnes pour illustrer à quel point l’Assemblée nationale est devenue, depuis 2014, un joujou partisan et malsain aux mains du MSM.
La petitesse et la mesquinerie du duo Jugnauth/Phokeer, avec la complicité des «grands démocrates» que sont Steven Obeegadoo, Alan Ganoo et Ivan Collendavelloo sont sans limites. Elles se manifestent à tous les coups.

Il n’y a qu’à voir cette manoeuvre qui consiste toujours à classer les derniers intervenants, tous du gouvernement, bien entendu, soit trois à la suite à une prochaine séance, lorsqu’il s’agit de l’examen de projets de loi. Pour qu’ils aient le temps d’aller préparer leurs arguments et réfuter ceux de l’opposition.

Pravind Jugnauth et son Speaker croyaient-ils vraiment que Paul Bérenger et Rajesh Bhagwan allaient présenter des excuses? Non, ils auraient, comme un temps envisagé avant de recourir à la Cour suprême, démissionné plutôt. Et imaginons des partielles à Beau-Bassin/Petite-Rivière et à Rose-Hill/Stanley sur un tel enjeu qui touche aux fondements mêmes de la démocratie! Les municipales, on peut les renvoyer, mais les partielles, c’est une autre paire de manches.

On n’en était pas là. Il y a eu l’étape de la Cour suprême. Un jugement forçant Pravind Jugnauth et son agent politique au perchoir à réintégrer immédiatement et sans condition les trois députés et les rétablir dans leurs droits constitutionnels aurait été plus qu’un camouflet pour eux.

On voit d’ici l’inconfort qui aurait été le leur si l’opposition se mettait chaque semaine à réclamer leur démission après la censure de la plus haute juridiction du pays. Ils n’ont pas voulu prendre ce risque et ont dû probablement aussi réaliser à quel point leur décision était déraisonnable et dictatoriale. Et que cela s’ajouterait aux listes grises ou noires dans lesquelles le pays s’illustre.
Ce qu’a voulu faire comprendre Pravind Jugnauth avec la complicité de son «Loudspeaker», c’est que ce sont eux qui décident qui peut siéger au Parlement, quand et pour combien de temps. Comme si c’était le Comité central du MSM. Quel judiciaire respectable aurait cautionné une telle entorse à la démocratie?

Mais c’est la saison des reculades en série pour ceux qui jouent aux matamores. On se souvient du gimmick qui consistait à priver des députés de l’opposition de Work Access Permit pendant que des conseillers de district et des villes se baladaient sans contrainte et que des marchands de toutes sortes commerçaient librement. Il a fallu que Richard Duval saisisse la Cour suprême pour que le Premier ministre décide finalement d’octroyer des WAP à l’opposition.

On dirait que ce n’est qu’à coups de bâton qu’ils arrêtent leur marche liberticide et leur obsession à tout contrôler. Après le WAP et la suspension des députés, l’ICTA vient annoncer qu’elle va retirer son projet de policer la toile si elle conclut un arrangement avec Facebook. Mais c’est peut-être par là qu’il fallait commencer, non?