On a pleuré les dix morts de la Covid-19 de l’année dernière. Malgré le nouveau confinement strict et une anxiété croissante devant la multiplication des cas de cette deuxième vague dont on n’en sait toujours pas d’où il est parti depuis fin janvier/début février, ni quel est le variant qui circule, il n’y a heureusement pas de décès à déplorer, ce qui laisse supposer que le nouveau variant, si c’est de cela qu’il s’agit, est sans doute plus contagieux, mais moins mortel.

On a néanmoins envie de pleurer quand même après avoir appris le décès aussi tragique que soudain d’Isabelle L’Olive-Hofman le mercredi 17 mars dernier. La Mauricienne, dont l’époux a été interdit du territoire par Pravind Jugnauth en vertu de l’Immigration Act de 2019 qu’il a fait passer en quatrième vitesse, avait dû s’exiler en Belgique dans le pays de son époux, parce que le sien avait refusé à son conjoint.

Pour comprendre la situation horrible et inhumaine à laquelle a été confronté le couple Hofman, il est peut-être nécessaire de revenir sur ce qui l’a poussé à s’éloigner de la République de Maurice. Patrick Hofman, ressortissant belge, est pilote d’Air Mauritius depuis 2003. C’est au sein de la compagnie qu’il fait la  connaissance d’Isabelle l’Olive, un temps hôtesse de l’air, avant de se consacrer à son activité de fleuriste.

Ils décident de se mettre en couple ici en attendant que les procédures de divorce du pilote aboutissent en Belgique. En 2017, quelque temps après le débarquement express de Megh Pillay, un problème surgit à Air Mauritius, le commandant Patrick Hofman fait valoir son droit de retrait pour cause de maladie appuyée par la présentation d’un certificat médical. D’autres pilotes vont également déclarer forfait. Ce qui causera quelques perturbations sur le trafic.

Les réactions, elles, ne se font pas attendre. Les relais de Lakwizinn en interne qui avaient fait sauter Megh Pillay laissent filer la thèse que ce mouvement des pilotes est une action concertée initiée par le commandant Hofman.

Et, qu’en sus de reposer sur des griefs d’ordre industriel, elle était aussi une manière de se solidariser avec l’ancien directeur dont ils fêtaient en quelque sorte le premier anniversaire du limogeage.

Il n’en fallait pas plus pour que le Premier ministre ne prenne des décisions radicales et qu’il fasse annuler son permis de travail le 7 octobre 2017, ce qui entraîne automatiquement une illégalité d’être sur le sol mauricien. Son permis de résidence avait pourtant été renouvelé pour dix ans en 2016.

Un ordre de déportation est émis par le Passport and Immigration Office à l’encontre du pilote, sa résidence à Rivière-Noire est encerclée par la police venue l’embarquer pour le placer sur le premier avion, mais son homme de loi Gavin Glover intervient et lui obtient un sursis.

Pas pour longtemps, puisque les services de l’immigration ne lui laissent aucun répit et le font partir bien qu’il ait entrepris une série de démarches légales. Lorsque le pilote obtient le divorce en 2018, il va assez rapidement projeter un mariage avec sa copine de longue date.

Ce sera, là aussi, un parcours du combattant, avec des refus du Bureau du Premier ministre qui invoquent des épousailles qui sont un subterfuge pour pouvoir accéder au statut de résident et rester au pays.

Ce n’est que le 26 avril 2019 que le PMO donnera son feu vert à ce mariage. Pas un cadeau et encore moins un petit geste d’humanité, puisque la loi, qui donne le pouvoir au Premier ministre d’interdire le territoire à quelqu’un, quand bien même il est le conjoint d’un Mauricien, avait déjà été voté par la majorité le 16 avril 2019.

L’époux de la Mauricienne reste toutefois un « prohibited immigrant ». C’est le 2 mai 2019, à dix jours de l’expiration du visa du pilote belge qui était revenu au pays, que le couple se marie. Et malgré leur détermination à faire reconnaître leurs droits, le couple finira par jeter l’éponge et se résoudre à aller s’installer en Belgique. Au grand dam de la famille de la Mauricienne Isabelle L’Olive et des nombreux amis du couple ici.

Et, même pas deux ans après cet éloignement contraint, notre compatriote est décédée. La rupture d’anévrisme n’a pas de symptômes précis. Elle est parfois d’ordre génétique, mais on en saura jamais la part de souffrance due à l’arrachement forcé qui a contribué à la dégradation de son état de santé. Mais elle aura été généreuse jusqu’à la fin, puisqu’elle a décidé de faire don de ses organes.

Drôle de pays où une fille du sol est punie parce qu’elle aime un homme que le gouvernement de son pays n’aime pas au point de lui interdire le territoire, même si elle l’a épousé. Que le Premier ministre ait pensé judicieux de le sanctionner après l’épisode de la prétendue grève, à la limite cela peut se comprendre, mais le séparer de sa compagne mauricienne est un acte méprisable.

Pendant ce temps, des Bangladais de passage chez nous peuvent, eux, voter. Et pas que! Ils peuvent aussi « vanvané » dans les rues de la zone rouge, faire toutes sortes de boulot et même officier  comme gardiens illégaux de certaines propriétés.

Ainsi va la vie dans ce pays où un homme, lui aussi temporaire, au cas où il l’aurait publié, peut se permettre de décider de la vie et de la mort comme si nous étions dans une monarchie du Moyen Age.

S’il n’a eu aucune empathie, aucune compassion, aucune reconnaissance pour son propre activiste décédé dans des circonstances plus que suspectes, il n’y a vraiment rien à attendre de ce sans-coeur avéré.

Un sans-coeur qui a d’ailleurs disparu de la circulation depuis qu’il est venu, le 9 mars à 21h15, nous annoncer que vous serons tous mis sous cloche dès le lendemain à 6 heures.

C’est, depuis, des décisions prises au jour le jour avec quelques privilégiés pouvant vendre leurs produits sur internet, une facilité qui est en même refusée aux restaurants qui ne peuvent procéder à la vente de repas par livraison à domicile.

Et bien sûr, c’est une mesure qui est plus dangereuse que de se rendre au supermarché deux fois par semaine. On n’est pas à un paradoxe près!