L’IBA, l’Indecent Broadcasting Authority, dont le président a été vu à Laventure à un meeting du regroupement pro-MSM au sein duquel évoluait son fils aux dernières villageoises, avait décidé, le mercredi 16 décembre, d’interdire toute diffusion de Top FM durant trois jours.

C’était la troisième sanction prise par cet organisme, que plus personne ne devrait désormais continuer à appeler «independent». Oui, c’est une Indecent Broadcasting Authority!

Cette décision a, le lendemain même, été suspendue par la Cour suprême en attendant que les deux parties présentent leurs arguments la semaine prochaine. La sanction a, selon le récit officiel, été prise, parce que Jack Bizlall avait, en février de cette année, formulé des critiques contre le Premier ministre indien et sa politique nationaliste.

Qui peut croire que ce sont les propos de Jack Bizlall qui constituent le motif réel de la décision de l’IBA presque une année après? La ficelle est trop grosse pour être gobée. C’est plutôt le passage à l’antenne de Top FM des avocats qui animent les auditions de l’enquête judiciaire sur la mort de Soopramanien Kistnen qui a contrarié les cuisiniers et qui ont influencé l’IBA.

Est-ce qu’une critique émise contre Aung Sang Sui Ki, Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan, Imran Khan, Boris Johnson ou Emmanuel Macron aurait entraîné une interdiction de diffuser pendant trois jours pour une radio? Voilà une question à laquelle devrait répondre l’IBA.

Et des questions, il y en a des tonnes qui se posent en ce moment. En marge de l’enquête judiciaire de Moka, d’abord. Qu’est-ce qui peut bien expliquer la présence du conseiller de Pravind Jugnauth, Vinod Appadoo, aux auditions des différents témoins dans l’affaire Kistnen? Simple curiosité? Missionné comme «watching brief? Rôle de sherpa?
Ces questions sont d’autant plus légitimes que l’ancien commissaire des prisons, dont le bilan est ce qu’il est, est parti pour laisser la place à Mario Nobin et qu’il a vite rejoint l’armée des conseillers du Premier ministre. Ils semblent jouir d’une sorte d’indispensabilité qui suscite interrogations et suspicions.

Et pendant que l’exercice de «bye looké» battait son plein à Moka, le remplaçant de Vinod Appadoo, Mario Nobin, retrouvait, lui, son jardin, pas celui des litchis de Moka, mais la pelouse des Casernes centrales. Non pour récupérer des affaires oubliées, mais pour être entendu dans le cadre de l’affaire Mike Brasse et son passeport obtenu en service express.
Dans un autre pays démocratique, une commission parlementaire aurait auditionné un aspirant commissaire des prisons pour décider s’il est apte à occuper ce poste et si les accusations pesant sur lui ne constituaient pas un frein à sa nomination. Imaginons que Mike Brasse demande à être incarcéré ici plutôt qu’à La Réunion et qu’il obtient un transfert, que fait le commissaire des prisons Mario Nobin?

Gageons que, comme c’est parti, le successeur éventuel de Mario Nobin à la tête des prisons sera l’actuel commissaire de police, Khemraj Servansingh, qui vient de se rendre risible avec sa rencontre «qui vidé» — décidément —avec la presse pour dénoncer une psychose. Thème repris dès le lendemain par les politiques du MSM qui ont dû lui souffler sa partition. Pas de questions admises ni sur les failles de la police ni sur la tentative d’intimidation d’un imprimeur.

Les questions, c’est ce qui est la raison d’être de la presse. Aller les poser, insister, confronter les réponses aux faits et aux documents. On a pu lire, hier, que l’entourage du ministre Yogida Sawmynaden éprouvait une sorte de soulagement, parce qu’il a été établi qu’il reste loin de l’allocation des contrats. Comme propagande, on peut essayer de faire un peu mieux.
Lorsqu’on exerce le métier d’informer, on peut choisir d’être la MBC, dont le format semble enthousiasmer ses concurrents dans la course à la déclaration ministérielle, la Pravda ou KCNA, le média officiel de la Corée du Nord, ou plutôt, Mediapart, le Monde, Le Canard Enchaîné, le Guardian ou le Times of India.

Les passerelles entre attachés de presse et ex-collègues expliquent qu’il n’est pas rare que l’on voit défiler sur des colonnes entières et sur des ondes très privées des litanies ministérielles où le scoop s’arrête à l’annonce “qu’il y aura un comité”.

Pour les contrats dont reste très loin Yogida Sawmynaden, il y a au moins une lettre où le ministre écrit personnellement à son agent Soopramanien Kistnen pour lui demander de faire une offre pour le matériel à tester dans le cadre des achats d’équipements pour faire face à la pandémie. Si ce n’est pas une participation active à l’attribution d’un marché public, c’est quoi?
Terminons sur une note légère pour être dans l’air du temps, celle des fêtes de fin d’année, quand bien même elles sont particulières en cette période de pandémie. Après le Sus-Island, voici Mauritus. Non, mais ils font exprès ou quoi?

Ces campagnes qui ne réussissent qu’à faire sombrer le pays un peu plus dans le ridicule sur la scène internationale coûtent en plus très cher. Pour le Mauritus, une petite inscription au stade d’Anfield lors des rencontres de Liverpool, que l’on a pu voir mercredi dernier, c’est près de Rs 400 millions. Rien que ça.

Et le ministre des Sports répond à Franco Quirin que pas un iota ne va changer dans cet accord conclu avec Liverpool, resté secret, parce qu’il y aurait des choses et des clauses à cacher. Il reste en l’état avec son gros budget en dépit de la pandémie et de la désertion des stades qui ne peuvent plus honorer leur capacité d’accueil habituelle. Pendant ce temps, il est demandé à ceux qui se rendent à Agalega de fournir une garantie bancaire de Rs 403 000.

Et, bien sûr, ceux qui sont capables de telles politiques incohérentes, pour ne pas dire délirantes, sont les seuls “patriotes” de ce pays! Sus à Mauritus alors…