Un Champ de Mars qui retrouve ses couleurs avec le retour du public est de bon augure pour le reste de la saison et redonne du baume au coeur des organisateurs et des professionnels des courses qui, pendant trois longues journées, dans une ambiance de confinement, ont dû faire contre mauvaise fortune bon coeur. Mais attention, il ne faudrait pas que le public, dans son engouement, oublie ses responsabilités et répète ses égarements contre le physical distancing et les autres gestes barrières, car il faut se le dire sans ambages, la lutte contre la Covid-19 est un combat de tous les instants tant qu’on n’aura pas trouvé le vaccin qui va la contrôler. Le virus est toujours susceptible de refaire surface et d’être plus dévastateur et plus mortel encore. À cet effet, il convient de saluer les excuses publiques de Ramapatee Gujadhur, qui avait oublié de porter son masque lorsqu’il est allé accueillir son vainqueur de la première course sur la piste. Son mea culpa a servi de piqûre de rappel aux turfistes sur l’importance et l’obligation du port du masque sur l’hippodrome. Pour les sceptiques, nous recommandons d’aller voir comment le jockey club hongkongais a géré la problématique de la Covid-19 avec doigté et intelligence au point qu’à aucun moment il n’a jamais été question de renvoi d’une journée de courses, même en pleine période de pandémie.

À Hong Kong, c’était mercredi la dernière journée hippique d’une saison qui s’est avérée exceptionnelle pour notre compatriote, le jockey Karis Teetan. Il a été, en 2020, de loin le Mauricien qui a le plus fait honneur au quadricolore. Il a bouclé la saison 19/20 avec deux victoires dans les deux dernières courses, où son sens tactique et sa volonté de vaincre étaient au summum de l’art du jockeyship. Avec 93 victoires au total, il termine sur le podium aux côtés de deux grands jockeys du monde Zac Purton et Joao Moreira. Bravo et quel exemple !

Le contraste avec ce qui se passe au Champ de Mars est saisissant. Sans vouloir diminuer les mérites des jockeys et apprentis mauriciens exerçant uniquement au Champ de Mars, il y a actuellement trop d’incidents en course et il ne faut pas s’y méprendre, les sanctions sont tout à fait justifiées. Avoir la rage de vaincre est tout à fait louable, mais le plus important c’est de respecter les règles de base de la monte en course et se dire qu’un cheval n’est pas une voiture mais un être vivant qu’il faut savoir contrôler pour éviter des accidents paralysant à vie ou mortels. Plus de prudence serait définitivement plus sage et permettrait à chacun de tenter sa chance de vaincre sans mettre sa vie et celle des chevaux en danger.

Malheureusement, le comportement dangereux de certains jockeys est parfois étroitement lié au monde du betting qui, délibérément, leur confie des missions pour garantir leurs gains en faisant, entre autres, perdre des favoris par tous les moyens. Il ne faut jamais oublier ce fondamental des paris de fixed-on betting en course, c’est faire perdre des favoris qui font gagner les bookmakers et pas nécessairement la victoire d’un gros outsider. La puissance de certaines de ces compagnies de jeu est telle que la corruption des jockeys, surtout les plus vulnérables financièrement, est un jeu d’enfant.

« Dans des démocraties dignes de ce nom, cet échange de bons procédés a un qualificatif normalement condamné par la morale, mais pas que. Les lois aussi…. »

À cette fin, prendre le contrôle sur la chambre des Racing Stewards par les acteurs majeurs du betting est fondamental. Ainsi, les prémisses de cet assaut sur cette institution, qui a besoin de fonctionner sans interférences, se sont dessinées dès la première journée cette année. Tout le monde se souviendra de l’intervention du président Taposeea après ses échanges de mots doux avec le mentor de la GRA, Dev Bheekarry, pour une enquête suite à la victoire d’Al Mariachi dans la septième course. L’enjeu du contrôle de la Chambre des Racing Stewards est aujourd’hui devenu capital dans une conjoncture où administrativement, l’organisateur des courses, le MTC, est, avec l’assentiment du board du MTC mené par Kamal Taposeea, sous la tutelle de la Gambling Regulatory Authority.

En retirant le procès intenté à la GRA, en fin de saison dernière pour contester la mainmise de celle-ci sur l’organisation des courses à travers des directives scandaleuses pour certaines clauses, le MTC de Taposeea et consorts s’était livré mains et poings liés à la merci de la GRA et de l’incontournable magnat du jeu Jean Michel Lee Shim, désormais reçu sur tapis rouge dans les salons du MTC, après avoir longtemps été un indésirable. Les koz-kozé de ce trio sont à la base de cette volte-face de l’abandon de l’action judiciaire du MTC à la Cour suprême, où la GRA avait pourtant subi des revers claquants et cinglants de la part des bookmakers et de Stevenhills notamment.

Dans cette conjoncture favorable, le gouvernement se propose d’amender des articles de la GRA Act — dans le cadre du Finance Bill 2020/21 — scandaleusement en faveur de SMSPariaz de JMLS et surtout ses machines à sous LPM où l’on parie pour des gains hypothétiques qui ont doublé d’une année à l’autre, passant de Rs 5000 à Rs 10 000. Tout à fait a contrario du concept gouvernemental de mettre un frein à la nation zougader, comme l’a décrit avec tant de vérité le député MMM Franco Qurin, mardi soir à l’Assemblée nationale, qui a bien expliqué tous les privilèges conférés à JMLS, un pourvoyeur de fonds aux partis au pouvoir et un investisseur dans le giron très élargi de la presse pro-pouvoir, a-t-il ajouté. Dans des démocraties dignes de ce nom, cet échange de bons procédés a un qualificatif normalement condamné par la morale, mais pas que. Les lois aussi…. Mais qui s’en soucie ?!

Mais le pire est à venir et ce sera sans doute ce qui sonnera le glas des courses indépendantes puisque le Finance Bill 2020, en toute discrétion, donnera, mardi prochain, le pouvoir absolu au board de la GRA sur le MTC, en lui conférant cette fois le droit d’ériger un comité d’appel. Celui-ci agira hors du cadre de l’organisateur des courses et est susceptible désormais d’influencer sa décision dépendant si les professionnels soumis aux enquêtes sont des protégés ou des mal-aimés du pouvoir. L’approbation de cette clause dans la GRA Act signera la dernière étape d’une véritable étatisation des courses contre laquelle aujourd’hui le MTC est consentant de par son manque de réaction et de contestation. Faut-il vraiment s’en étonner ? Plus on est de fous, plus on rit…

Quand on sait comment la mainmise de l’État sur le sport mauricien a tué le sport d’élite et en particulier le football mauricien en phagocytant la défunte MSA, on a de quoi s’inquiéter sur l’avenir des courses qui sont condamnées à terme à connaître le même sort qu’à La Réunion et Madagascar : la disparition pure et simple.

This additional power entrusted to the GRA will be the last nail into the coffin of the independence of Mauritian races !