C’est probablement parce que les travaillistes et une partie de la presse en ont trop fait autour de l’infection à la Covid de Navin Ramgoolam que la population a fini par dire: «Assez, ça suffit, il y a d’autres Mauriciens qui sont malades, laissés à eux-mêmes, qui meurent tous les jours de la pandémie et qui succombent même du vaccin.»

Et les Mauriciens ont parfaitement raison. Ils étaient au préalable très intéressés de savoir comment se porte l’ancien Premier ministre, mais au bout de quelques jours, avec la saga de l’avion qui décollait mais n’arrivait pas, du pavillon de haute sécurité sanitaire de Wellkin transformé en quartier général des rouges, ils se sont dit que l’overdose devenait lassante et qu’il fallait aussi et surtout rendre compte de ce qui arrive aux autres malades.
Est-ce, par exemple, d’intérêt public que de savoir que l’on a parlé en une ou dix occasions à Navin Ramgoolam durant une même journée? C’est connu, couru même: il n’y a pas comme les excès pour retourner une situation et faire l’indifférence et le rejet supplanter la compassion et la solidarité. Et provoquer aussi la colère populaire.

Que l’ancien chef de gouvernement, devenu de surcroît un simple citoyen depuis sept ans, choisisse de se faire soigner à l’étranger n’a absolument rien de discutable. Il est libre de ses choix et de la manière dont il dispose de son argent. Mais c’est la théâtralité que ses soutiens et même certains au gouvernement ont donné à l’événement, frisant parfois le ridicule, qui a hérissé plus d’un.

Une comparaison a, à ce titre, été dressée avec Paul Bérenger qui avait opté pour le traitement de son cancer en France en 2013. Il était alors leader de l’opposition et avait annoncé lui-même la maladie dont il était atteint lors d’une conférence de presse et il avait aussi annoncé qu’il cédait sa place à Alan Ganoo.

Comme facilité mise à sa disposition, suggérée par le Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam, un véhicule de l’ambassade de Maurice en France pour le trajet entre l’apart-hôtel où il logeait et l’Institut Gustave Roussy de Villejuif où il suivait son traitement.  Rien de plus! Zouberr Joomaye, qui l’avait accompagné en sa qualité de médecin personnel, peut certainement en témoigner.

Le hasard a voulu que pendant que l’on en rajoutait un peu trop sur la maladie d’un homme public, un parallèle douloureux a été établi entre la mobilisation générale autour de Navin Ramgoolam et la disparition tragique d’un bébé de 15 mois.
Comme un rappel que, s’il vrai que nous sommes tous égaux face à la maladie, nous ne le sommes brutalement plus selon que notre compte en banque est très bien fourni ou chichement alimenté.

Ce contraste nous rappelle aussi que les gouvernements passent, 14 ans pour les travaillistes, 7 pour le MSM, et que le service hospitalier reste encore dépourvu et insatisfaisant sous bien des rapports.
Le cas du bébé de 15 mois est particulièrement éloquent. Mise avec sa maman positive à la Covid, la petite fille a fini par contracter elle aussi la maladie. Jusqu’à mourir. Il y a quelque temps, on nous sortait le «protocole» pour un oui et pour un non et, aujourd’hui, il semble qu’il n’y ait plus de protocole du tout.

Comme si la douleur n’était pas suffisante pour ses parents, voilà qu’on bricole deux certificats de décès pour la petite, un Covid et un non-Covid, comme s’il fallait, comme décidé en haut lieu, de ne pas rendre compte du nombre exact de décès de la pandémie.
Tout cela est inacceptable! Comme l’est aussi la politique extravagante qui ne tient pas compte des vraies priorités du pays. A quoi ça sert de faire un grand tapage autour de la pose de la première pierre d’un hôpital à Flacq au coût de Rs 2,6 milliards, de procéder à de grandes prières et de mettre Rs 4,5 milliards dans une  extension de 4 kilomètres entre Rose-Hill et Réduit si, ailleurs, les établissements hospitaliers publics manquent de tout et que, bébés, nouveau-nés et dialysés meurent, faute de soins adéquats?

La gestion de la Covid elle-même est devenue problématique. Qu’il faille de nouveau ouvrir les frontières, cela se comprend, les impératifs économiques l’exigeant, mais faut-il donner en même temps l’impression que l’on se lave les mains de la pandémie et que chacun doit désormais s’organiser comme il peut?

L’épisode du cimetière de Bois Marchand est particulièrement parlant à ce sujet. On décide d’un emplacement et, après quelques jets de pierre des habitants du coin, on déplace le quartier réservé aux victimes de la Covid quelques mètres plus loin. Ne fallait-il pas faire un état des lieux préalable? Au lieu d’aller provoquer des gens connus pour être difficiles à maîtriser, si ce n’est convaincre.

Sur toute cette gestion du Covid, sur les décès inexpliqués, la mise en terre indigne des victimes de la pandémie, sur les achats scandaleux de l’année dernière, on n’en saura rien. Pas de commission parlementaire, pas d’enquête.
On n’est visiblement pas en France où Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé, a inauguré une série de mises en examen pour mise en danger de la vie d’autrui qui pourraient aussi s’étendre à son successeur Olivier Véran et l’ancien Premier ministre Edouard Philippe.

On n’est pas, non plus, en Grande Bretagne où Matt Hancock, le ministre de la Santé, a dû démissionner le 26 juin dernier. Non pas parce qu’il aurait volé ou commis un autre délit mais parce qu’une photo de lui, prise dans son bureau en train d’embrasser sa collaboratrice, avait été portée sur la place publique.

Après avoir reconnu avoir enfreint les mesures sanitaires, il a tout simplement adressé sa lettre de démission au Premier ministre Boris Johnson. Ici, rien de tout ça, et voilà comment le pays est de plus en plus mal noté sur le plan international au chapitre de la bonne gouvernance, de la transparence, de la conduite et de l’exemplarité des hommes publics.
Josie Lebrasse