L’année 2020, qui tire à sa fin cette semaine, restera à jamais gravée dans les annales de l’histoire du pays et du monde comme une année inoubliable : la pandémie de COVID-19 est venue tout bouleverser. Elle a affecté notre vie personnelle, la vie du pays à tous les niveaux, dont l’éducation et le travail. António Guterres, secrétaire général des Nations Unies, affirmait déjà en mars dernier que « nous sommes confrontés à une crise sanitaire planétaire comme l’Organisation des Nations Unies n’en a jamais connue en 75 ans d’histoire – une crise qui propage la souffrance dans toute l’humanité, met en péril l’économie mondiale et bouleverse la vie de tout un chacun ». Il prévoyait d’ailleurs déjà une récession mondiale d’une ampleur record.
À Maurice, nous gardons encore le traumatisme de ces mesures auxquelles nous n’avions jamais été confrontés dans le passé, comme la fermeture des frontières, la brusque et douloureuse séparation avec nos proches, qui se trouvaient à ce moment précis à l’étranger. Déjà l’annonce des premiers cas positifs nous faisait craindre le pire comme éventuelle expansion vertigineuse du virus et avait provoqué un “rush” sans précédent dans les supermarchés avec les files d’attente. On découvrait, pour la première fois, le terme distanciation sociale et la nécessité du port du masque. La fermeture de tous les commerces dans l’île qui est venue s’ajouter à cet étrange sentiment de peur et même l’argent ne valait plus rien.
On a touché le fond avec le “lockdown”, terme qui a fait irruption dans notre vocabulaire, et l’interdiction de quitter nos résidences. Même les lieux religieux étaient fermés. C’était l’enfer. Pour les personnes les plus vulnérables, les personnes âgées, les handicapés, les plus pauvres, c’était la souffrance et la faim. Les radios privées étaient inondées d’appel de chefs de famille qui n’avaient pas de quoi manger et nourrir leur famille.
Au milieu, cette angoisse et cette souffrance ont émergé un élan de solidarité, d’abord entre voisins pour s’approvisionner en produits alimentaires ou en légumes. Il faut saluer les nombreuses initiatives individuelles ou de la part des groupes organisés dans les villes et les villages pour assurer que les personnes en situation difficile aient le minimum. La réouverture contrôlée des supermarchés et des boutiques a été accueillie comme un soulagement.
Aux crises sanitaires et alimentaires est, très vite, venue s’ajouter la crise économique en raison de la fermeture des entreprises locales pendant près de trois mois. Le secteur d’exportation a été très touché. Le secteur touristique est “knock-out”, avec l’arrêt subit des arrivées touristiques pourvoyeuses de devises étrangères. C’est à ce moment que la compagnie aérienne nationale s’est retrouvée sous administration, avec le drame, que l’on sait, pour les milliers de travailleurs qui se débattent encore aujourd’hui.
Avec du recul, il faut reconnaître que les autorités sont parvenues à contrôler le virus avec l’aide de l’OMS et de tous les “frontliners”. De la même manière, les distributions de vivres aux plus démunis et la décision de préserver l’emploi, le Wage Assistance Scheme et le Self Employed Assistance Scheme, ont permis de réduire l’impact de la COVID-19 sur les personnes les plus vulnérables et mitiger de la crise humanitaire.
Certes la pandémie a mis en lumière nos forces et nos faiblesses. On a beaucoup parlé de l’autosuffisance alimentaire, de la nécessité d’avoir une intelligence collective réunissant les compétences venant des secteurs publics et privés des syndicats, des ONG, des forces vives, etc. Mais là où le bât blesse vraiment, c’est au niveau de la gouvernance. La façon dont les appels d’offres ont été traités pendant le confinement est pour le moins scandaleux et a dominé à juste titre les débats politiques. Il n’est pas possible que le malheur des uns fasse le bonheur des autres. On est en droit de s’interroger aussi sur l’opportunité de l’introduction en pleine crise économique de la CSG, qui est au centre d’une tension entre le gouvernement et le secteur privé. D’autres événements, dont l’affaire Kistnen, créent des doutes au sujet de l’indépendance de nos institutions les plus importantes. L’inquiétude a gagné le barreau au plus haut niveau et fait l’objet d’une réflexion au niveau du Senior Council Caucus. Autant de questions qui devraient susciter des réflexions en cette fin d’année.
Joyeux Noël à tous les Mauriciens !