Aux quatre coins du monde, là où se trouvent les Mauriciens, une vague de protestation est en train de se lever. Comme un tsunami que rien ne pourra endiguer. On l’a sentie à Genève, à Montréal, à Paris et Londres, ces derniers jours. Malgré cette vague que l’on sent monter dans le pays depuis des semaines, des tentatives pour essayer de la casser ont été entreprises par le gouvernement. Après le ministre qui avait essayé d’acheter son silence, trois autres ont tenu une conférence de presse pour essayer de décrédibiliser Bruneau Laurette en le décrivant, au choix, comme un soldat juif ou un pion de l’opposition. Les réseaux sociaux ont été inondés de posts allant dans le même sens avec, en plus, de graves propos pouvant inciter à la haine raciale et qui, curieusement, n’ont pas fait bouger les gendarmes du net, pourtant si prompts à réagir aux propos des internautes se moquant du Premier ministre. Il y a eu aussi une tentative de comparer la marche pacifique de samedi aux défilés martiaux organisés par Benito Mussolini en 1922.

Du coup, les marcheurs mauriciens pacifiques du 29 août 2020 ont été traités de fascistes parce qu’ils devaient s’habiller en noir ! Il y a même eu un faux téléreportage et une déclaration d’une kala diffusée à quelques heures de la marche. Faut-il que le gouvernement ait redouté le succès de cette marche citoyenne pour avoir déployé de tels moyens de « dissuasion » ? Toutes ces grossières tentatives pour faire boycotter la marche auront provoqué l’effet inverse. C’est une immense marée de Mauriciens, enveloppés dans le quadricolore et chantant Motherland, qui s’est abattue pacifiquement sur la capitale pour protester contre la marée noire que le gouvernement n’a pas su empêcher. Leur déplacement malgré les menaces — un peu voilées ou directes — a montré que le peuple admirable en a assez de passer pour un béni-oui-oui qui prend pour argent comptant les déclarations du Premier ministre et des ministres sur tous les sujets et qui sont répercutés, tous les soirs par la MBC et ses chaînes ou colonnes associées.

Le problème de ce gouvernement, et de celui qui le dirige, c’est que depuis sa victoire électorale, il vit dans une bulle, coupée du pays, qu’il agrandit au fur et à mesure en nommant ses proches à des postes de responsabilité au sein de l’appareil d’État. Mais la loyauté familiale et politique n’est pas synonyme de compétence et c’est pour cette raison que les institutions dysfonctionnent et que les dérapages sont de plus en plus nombreux.

Depuis le début de l’année, les scandales impliquant les protégés du pouvoir et leurs proches se multiplient. Après le St-Louis Gate et les démissions obligées qui ont suivi, nous sommes tombés dans les scandales liés à la Covid 19 : fermetures des frontières à la carte ; achats d’équipements médicaux, pour des millions, par des personnes dont la seule qualification médicale est d’être proche du pouvoir ; comportement ultra agressif du loud-speaker et du gouvernement vis-à-vis de l’opposition ; un arsenal de lois répressives groupées par douzaines et votées à la vitesse grand V. Sans oublier l’expulsion manu militari des squatters alors que des arpents de terres de l’État étaient attribués aux petits copains !

Et puis nous avons constaté l’incompétence gouvernementale à son apogée avec l’affaire du Wakashio, dont la marée noire aurait pu avoir été évitée si les décisions avaient été prises à temps. Et le temps, il y en avait, puisqu’il s’est écoulé 12 jours entre le naufrage et le réveil des autorités. À l’incompétence s’est ajoutée l’arrogance d’un Premier ministre à qui tous ses courtisans répètent à longueur de journée « ou mem meyer ! » et qui n’est pas habitué à la contradiction. C’est ainsi qu’au lieu de reconnaître que son gouvernement n’avait pas réagi à temps, et retrouvant l’attitude de son père, il a essayé le fameux « pa mwa sa, li sa », et a tenté de mettre la responsabilité du désastre sur le mauvais temps et Dieu ! C’est ce refus d’admettre la réalité vécue en « direct live » par la population pendant douze jours et la petite phrase « dir mwa kot mo’nn foté », culminant après des semaines de scandales, de nominations et d’affaires louches qui ont provoqué la marée multicolore qui s’est abattue sur la capitale hier. Et il faut le souligner, ce n’était qu’une partie de la vague, car d’autres Mauriciens n’ont pas pu, pour de multiples raisons, — dont la campagne d’intimidation — se joindre à la manifestation pacifique.

Il appartient maintenant à Pravind Jugnauth de reconnaître ses erreurs et de changer de comportement. Déjà, aux dernières élections, il n’était soutenu que par 37% des électeurs. Depuis hier, il sait que même s’il est toujours majoritaire au Parlement, il est dangereusement minoritaire dans le pays. Espérons pour ce pays, qui nous appartient à tous et pas seulement aux partisans du MSM, qu’il aura l’humilité — qui peut être aussi la grandeur du politicien — de reconnaître que dans l’affaire du Wakashio, « li finn foté ! ». Pour ne pas dire « fané » !