Dans pas longtemps, le ministère de l’Autonomisation de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs (MAJSL), lâchera le cordon de la bourse en attribuant, aux fédérations, leurs budgets pour l’année financière 2020/21. Celles qui sont en conformité avec la Sports Act 2016 et dûment enregistrées auprès du Registrar Of Association sauront enfin quelle sera leur marge de manœuvre au cours des prochains mois.

Cette année toutefois, les choses seront quelque peu différentes, apprenons-nous. Déjà, les fédérations ont tous obtenu un formulaire à remplir dans le cadre d’une évaluation des performances enregistrées depuis 2017 et ce, à divers niveaux. Et vendredi dernier, le Conseil des ministres est venu de l’avant avec une catégorisation des disciplines.

Ce que nous savons après avoir pris connaissance de ce “Cabinet decision paper”, c’est que les disciplines seront désormais classifiées par rapport à leurs performances, en quatre catégories, soit, mondiale, intercontinentale, continentale et régionale. Une formule déjà appliquée, précisons-le, dans le cas des sportifs bénéficiaires d’une bourse de haut niveau d’une bonne partie de ces mêmes fédérations.

Pour l’heure, on n’en sait pas plus que cela. Ni sur quelle base de données le ministère déterminera si les fédérations sont aptes à faire partie de telle ou telle catégorie. Et encore moins de la répartition des fonds. Car n’oublions pas que, selon les “Budget Estimates 2020/21”, les fonds destinés au budget des fédérations a chuté de Rs 67M à Rs 50M, soit une baisse de Rs 17M. Forcément donc, il y aura un rééquilibrage financier, justifiant, si besoin est, le réaménagement enclenché.

Dans le fond, le produit présenté n’est pas si différent des précédents. Sauf qu’une évaluation des performances est désormais de rigueur. Ce qui n’est pas une si mauvaise chose, quand on sait que nombreuses sont les fédérations qui pensent que l’argent du contribuable est un acquis. Quitte à ne ensuite pas être à la hauteur des espérances !
Désormais, ce genre d’attitude ne sera plus toléré. Tant mieux si le ministère pense comme nous. Notamment lorsqu’on considère tout le mal que se donnent d’autres fédérations pour faire de la promotion de leur discipline leur cheval de bataille. Ces mêmes fédérations peuvent aujourd’hui se vanter d’avoir de solides assises. Structurellement d’ailleurs, elles sortent du lot. Leurs engagements auprès de leurs licenciés et autres partenaires financiers n’étant plus à refaire, elles peuvent, légitimement, espérer un vrai coup de pouce du ministre Stephan Toussaint.

Par contre, les mauvais élèves de la classe gagneraient déjà à sourciller. Si, bien évidemment, les nouvelles mesures sont appliquées dans toute leur rigueur. Car pour l’heure, elles sont une poignée, ces fédérations qui se sont toujours contentées du strict minimum. Loin de pouvoir répondre aux attentes de leurs licenciés et encore moins être capables de leur offrir, ne serait-ce que ce sentiment d’exister. La Fédération mauricienne de Lutte en sait quelque chose sur ce sujet.

Il y a également ces fédérations dont le fonctionnement et la crédibilité de leurs dirigeants sont à questionner. A commencer par l’Association mauricienne de Volley-Ball qui s’est pris le pied dans le tapis dans l’affaire Kaysee Teeroovengadum. En termes de légitimité aussi, nos fédérations peinent, à l’image de la Fédération mauricienne de Judo qui a ignoré des recommandations pourtant très claires du “Forensic Audit Report “ commandité fin 2017 lors de ses élections de janvier 2019. Et pourtant, ces fédérations ont continué à profiter de l’argent du contribuable avec la bénédiction de Stephan Toussaint !

Y aura-t-il un vrai désir de changement de sa part, cette fois ? C’est là toute la question. Car déjà, une énorme contradiction a été notée, puis dénoncée, dans ces mêmes colonnes à la lecture du “Budget Estimates 2020/21”. Celle d’accorder, à nouveau, un soutien aux clubs de football et aux comités régionaux en vue de la prochaine saison, à la hauteur de Rs 18M cette fois ! Pourtant, on ne sait toujours pas si la Mauritius Football Association (MFA) est désormais en conformité avec la Sports Act 2016 ou pas. Le fameux document du ministre Stephan Toussaint étant toujours introuvable, semble-t-il, depuis… le 18 juin 2019 au Parlement.

Ceci étant dit, on attendra de voir ce qui sera décidé dans les jours à venir. Ou encore, si le MAJSL aura le courage d’aller jusqu’au bout de sa démarche d’envoyer un signal très fort aux dirigeants de fédérations. Des dirigeants qui, très souvent, s’auto-proclament bénévoles — pas tous heureusement — , mais qui, au final, ne sont que des opportunistes patentés.

La décision de réclamer des comptes aux fédérations sonne donc comme une piqûre de rappel. Au MAJSL, maintenant, de trancher de façon rigoureuse, afin d’optimiser d’abord les ressources et ensuite « forcer » tous nos dirigeants à penser autrement.