Cette fois, c’est la bonne. Le confinement, c’est fini. Enfin. Ce n’est pas que le couvre-feu n’était pas nécessaire, mais il était bien trop sévère depuis le début et bien trop long. Il y a eu des voix pas toujours comprises, bien seules parfois, politiques notamment, au Parlement même le 15 mai, qui dénonçaient un confinement rigide, trop restrictif qui posait des problèmes en matière de liberté individuelle, de la santé mentale et de la détresse des personnes en fragilité psychologique qui étaient complètement coupées de leurs familles. 

Si la nouvelle tant attendue est tombée hier, il y avait aussi eu une grande annonce lundi. Confinés que nous sommes depuis si longtemps, on s’était dit que peut-être il y aurait quelque chose pour le quotidien immédiat des Mauriciens. Si ce n’est pas le confinement, ce serait peut-être un de ces sujets qui préoccupent grandement la population. Comme le prochain budget, les milliards de la Banque de Maurice, Air Mauritius et le flicage des employés par des policiers inconnus du commissaire Mario Nobin, le dégraissage qui va provoquer une cure d’amincissement jamais enregistrée tant dans les entreprises publiques que les entreprises privées, le problème des squatters ou même les six décès survenus en détention, soit policière ou pénitentiaire, depuis le début de l’année. 

Non, le chef du gouvernement est apparu sur notre petit écran pour nous annoncer que depuis février, bien avant l’éclatement de la pandémie de la Covid-19 chez nous, l’archipel des Chagos avait été placé comme un territoire mauricien sur la carte du monde de l’Organisation des Nations unies. Les Mauriciens, surpris, se sont vite laissés à la dérision plutôt qu’à la colère en rivalisant de blagues, une des plus partagées étant celle qui disait que tout le monde croyait que Pravind Jugnauth allait aussi présenter la météo juste après. 

Au lieu de reconnaître un gros couac qui a rendu le Premier ministre ridicule, les communicants du Prime Minister’s Office ont osé imputer la faute aux médias les accusant de s’être laissés aller à des spéculations sur la teneur de la déclaration télévisée premier ministérielle. C’est le travail de ces recrues politiques, dont certains à multiples casquettes, payées des fonds publics, que de donner des indications à la presse quant au thème qui serait éventuellement abordé par le Premier ministre. à moins qu’ils n’aient pas, eux aussi, été mis au parfum de cette «bombe» qu’allait annoncer leur patron. 

Le pays a des urgences à traiter sur le front économique et social. On devrait prendre connaissance de la feuille de route de la relance ce jeudi à la présentation du budget 2020/2021. La situation est certes critique à cause des entreprises mises longtemps à l’arrêt et qui n’ont plus de trésorerie, certains estimant même qu’il est plus économique de fermer boutique et de changer de filière. Il y a aussi des mammouths du public qui sont devenus ingérables. Même s’il est vrai que le gouvernement a trouvé sa machine à sous qui lui fournit ses milliards à l’oeil. 

Ce qui nous interpellera le plus dans le programme qui sera annoncé, c’est l’ordre des priorités. Continuer avec le métro léger et fermer les routes dès ce lundi pendant qu’à quelques encablures, des cabanes de fortune érigées en dépit des lois  sont rasées en plein confinement et au début d’un hiver assez rigoureux.

Quelles sont nos priorités en ces temps de crise? Ne faut-il pas, par ailleurs, imposer la solidarité pour que les hauts salaires soient plafonnés et que les coupes dans les salaires ne descendent pas au-dessus du salaire minimum. 

Faut-il continuer à jeter des milliards par les fenêtres avec des projets de prestige que personne n’a demandés, les Rs 20 milliards du Metro Express, les Rs 19 milliards de Safe City, les Rs 8 milliards qu’a coûté le démantèlement du groupe BAI, les Rs 5 milliards du projet à la côte mal taillée de Côte d’Or? Il y a visiblement des choses à remettre à plat et, commencer par là, serait un début de sagesse. 

Avec l’addition de tous ces milliards, on peut imaginer le nombre de logements décents qui auraient pu être construits pour les familles les plus démunies. Les gouvernements se sont assis sur le rapport Justice et Vérité pendant que les procédures pour un Land Restitution Committee, initiées en 2004, ont été jetées par-dessus la fenêtre et, depuis, rien de probant pour régler durablement le problème d’accès aux terres et au logement social. 

Oui, c’est illégal d’occuper des terres qui appartiennent à l’état, mais il faut savoir qu’il y a des candidats qui, durant la dernière campagne électorale, ont promis monts et merveilles à des pauvres gens en leur faisant miroiter l’obtention d’un lopin de terre de l’état. 

à la fin, il y a LA question à poser. à quoi vont désormais servir ces lois d’exception votées il y a à peine quinze jours dans la précipitation et un unilatéralisme inquiétant? à être utilisées comme des armes dissuasives en ces temps de précarité, de chômage, d’insécurité, de revendication et d’exaspération. 

Lorsqu’on gouverne avec un tiers seulement de soutien de la population, on change de paradigme et on travaille dans le consensus, la concertation et l’inclusion. Or, c’est le contraire qui se déroule depuis les dernières élections générales. Et ça, c’est la recette qui peut nous mener à de sérieux soubresauts, pas du genre de Minneapolis, mais une révision de cette politique qui donne l’impression d’exclure une partie de la population doit être au plus haut de la liste des prochaines priorités nationales. 

Et qu’on se le dise, ce ne sont pas les totems adoubés par Jocelyn Grégoire et ses acolytes, qui ont accidentellement réussi à obtenir un strapontin à l’Assemblée nationale, qui suffiront. Il y a des limites au symbole et à des marionnettes sous «remote control».