Covid-19, crise économique, marée noire… Les mauvaises nouvelles pour Maurice s’accumulent. Pourtant, toutes ont un point commun : la mondialisation des échanges. C’est un fait, notre modèle économique, où profits, PIB et spéculations sont les maîtres mots, est au bord du gouffre. On aura beau avoir longtemps chanté les louanges à la croissance, la sérénade risque de très rapidement se terminer en drame shakespearien. Du fait de notre propension à exploiter de manière outrancière nos ressources naturelles, à la déforestation et au bétonnage, Mère Nature nous aura pourtant envoyé un signal des plus tangibles : un coronavirus de la pire espèce.

Un avertissement, somme toute. Qui aura de plus eu pour résultat de plonger le monde dans une crise économique sans précédent. Avec un message : « Amis humains, arrêtez d’exploiter la nature ! L’heure du changement est venue ! ». Largement ignoré, on l’imagine, en attestent ces projections de relance de la croissance, prévues dès l’année prochaine pour les plus optimistes, et dont se gargarisent nos plus grands « experts » en la matière. Pas question en effet pour l’heure d’imaginer un monde régi par un autre ordre que celui du profit. Aussi, tous les regards se braquent sur la crise sanitaire, avec, en ligne de mire, la promesse d’un (ou plusieurs) vaccin(s) mis au point dans des délais jusqu’ici eux aussi inédits.

Ce faisant, notre attention se détourne d’un problème pourtant hautement plus crucial, avec là aussi une promesse : si nous n’agissons pas rapidement, la pandémie de COVID-19 ne nous paraîtra plus qu’une crise des plus banales. L’on parle bien évidemment du réchauffement planétaire, dont les effets, certes moins palpables dans l’instantané que le virus, seront assurément bien plus létaux que ce dernier. Pour s’en convaincre, donnons la parole à la seule chose qui nous parle vraiment : les chiffres ! Depuis son apparition, la COVID-19 est responsable d’un peu moins de 800 000 morts, ce qui, au rythme actuel, devrait nous faire atteindre le million de décès sur une base annuelle. Soit encore 14 morts sur une population de 100 000 personnes.

Maintenant, venons-en au réchauffement climatique. Il est ainsi admis que celui-ci devrait d’ici la fin du siècle, si nous poursuivons sur la même trajectoire (ce qui est d’ailleurs le cas), occasionner 73 décès pour cette même tranche de 100 000 personnes. Soit autant que toutes les maladies infectieuses confondues (tuberculose, sida, paludisme, dengue, fièvre jaune, etc.). Faisant ainsi du réchauffement planétaire un « tueur » cinq fois plus efficace que la COVID.

Attention ! À ceux qui croiraient qu’il s’agit là d’élucubrations de prophètes de malheur, sachez que ces projections sont celles d’éminents climatologues du Climate Impact Lab, et dont les résultats ont d’ailleurs été publiés dans une récente étude. Qui plus est, elle ne prend compte que des estimations de réchauffement les plus optimistes. Autant dire que le pire est devant nous, et que le virus sera, selon toutes vraisemblances, de très loin un épisode certes dramatique, mais sur le plan des conséquences sur la santé humaine finalement purement anecdotique.

Ceux qui chercheraient à évacuer cette question de l’équation pour se concentrer sur le seul volet économique risquent eux aussi de très vite déchanter. Les effets de la hausse des températures ne se feront en effet pas seulement ressentir sur la santé humaine, mais aussi sur celle de notre économie. Ce fait a d’ailleurs été largement souligné par le groupe d’experts des Nations unies sur le climat. Ainsi, selon eux, un réchauffement de 2 °C d’ici les 30 prochaines années « coûtera » à la production économique mondiale de 1% à 2% du PIB mondial annuel.

Le problème, c’est que selon un récent rapport de l’Organisation météorologique mondiale, la Terre devrait déjà connaître, à un taux de probabilité de 70%, une hausse des températures de 1,5 °C au-dessus des valeurs préindustrielles d’ici… cinq ans. Attestant ainsi que les experts de l’Onu sont plus que probablement bien en deçà de la réalité. Pour résumer, la COVID ne devrait pas être un simple catalyseur d’attention sanitaire, mais plutôt être perçue comme un « échantillon » des désastres à venir. Ne la concevoir que comme une simple menace à la santé humaine, et dont on finira un jour prochain par se débarrasser, serait de fait aussi vide de sens que rédhibitoire.