Commençons par la fièvre ou du moins son invariable  poussée annuelle. Elle se produit au moment de la proclamation des résultats de fin d’études secondaires et la désignation de la liste des « lauréats ». Bruits de tambour, belle cuvée, la part du lion: le lexique est lui aussi devenu incontournable.

Sans compter les déclarations des bénéficiaires de la bourse d’Etat, pour la plupart, assez convenues, sans originalité, si ce n’est, cette année, le désir affiché d’un lauréat de combattre la corruption, ce qui est très louable et assez rare chez les jeunes pour être salué mais de se présenter au poste suprême et ainsi devenir le « premier musulman Premier ministre ». Pourquoi pas?

Un tel programme est loin d’être le fruit d’une réflexion qui va dans le sens du rassemblement et du mauricianisme. Il aurait dit qu’il œuvrerait pour que les postes ne soient plus réservés à deux familles, à une communauté et à une caste en particulier, que cela aurait été accueilli comme une entreprise salutaire dans un pays verrouillé depuis l’indépendance.

Mais comme celui qui a des visées sur le poste de chef de gouvernement et des idées bien arrêtées est encore jeune, aller se frotter aux meilleurs ailleurs, dans les grandes écoles, l’aidera certainement à approfondir sa réflexion sur ce qui est porteur d’unité nationale et de progrès inclusif.

Après la fièvre, le virus. Ce foutu virus qui continue d’inquiéter. Parce que depuis l’annonce de la décision de réouvrir les frontières, il y a eu une communication officielle tellement optimiste et complaisante que bon nombre de Mauriciens l’ont prise au mot et ont complètement baissé la garde.

Le résultat aujourd’hui c’est que chacun constate bien qu’autour de lui, il y a des personnes qu’il a pu récemment croiser qui ont été testées positives et qui se trouvent en isolement sans trop savoir si ce régime est scrupuleusement suivi et si le virus n’est pas en train de se répandre de manière exponentielle.

La crainte est d’autant plus réelle que la vaccination avait été présentée comme la panacée absolue pour faire face au virus. Qui ne se souvient de ce Steve Obeegadoo, résolu et triomphant, lançant son slogan « sel solution vaksinasion! »

Or, il y a des milliers de personnes vaccinées qui ont quand même attrapé la Covid, même s’il est un fait que le message véhiculé dans les pays qui ont eu un taux de vaccination plus élevé que le nôtre depuis des mois est que se faire inoculer contre le virus est recommandé pour ne pas avoir une forme grave de la maladie et pour réduire la charge virale, et ainsi ne pas prolonger la chaîne de contamination.

Ce qui entretient la suspicion c’est la dissimulation des statistiques, lesquelles ne sont distillées qu’au compte-gouttes. Comme la révélation bien tardive du nombre de vaccinés qui ont été éventuellement testés positifs. Pour affiner les statistiques, il serait aussi intéressant de savoir avec quel vaccin ont été inoculés les 4500 infectés. Question de comparer l’efficacité des différentes doses administrées depuis le début de l’année.

Losqu’on sait qu’il n’y a plus de tests systématiques dans des foyers où des cas sont découverts, ceux qui pensent avoir rencontré des personnes positives n’ont parfois d’autre choix que de faire un test antigénique personnel que l’on décrit comme étant peu fiable. Même les résultats des tests PCR sont parfois ambigus, sinon contradictoires, avec des faux négatifs ou des positifs incertains.

A quelques jours de l’arrivée programmée de 60 avions hebdomadaires pour débarquer des touristes, il est plus qu’urgent de dire la vérité sur la circulation du virus. C’est la condition première pour que les Mauriciens se préparent, qu’ils reprennent leurs bonnes habitudes du port du masque et du respect continu des gestes barrières.

« Pe al rod lagratel ». Expression populaire qui veut dire que l’on va chercher des désagréments et des problèmes en toute connaissance de cause. Le folklore des départs orchestrés de quelques individus qui se réclamaient du MMM, cette semaine, nous a inspiré cette histoire de gratelle.

Comment un parti, certes, à mille faiblesses, sauf sa sacro-sainte discipline, a-t-il pu accueillir et repêcher  les Vinay Sobrun et Sangeet Fowdar en ignorant que leur nouveau transit ne serait que de courte durée, le temps qu’une carotte se manifeste du côté du Sun Trust? C’est incompréhensible!

Vinay Sobrun avait pris ses distances des mauves en 2018 en critiquant le MMM. Expliquant son retour en juillet 2020, il avait évoqué « la mauvaise gouvernance à la tête du pays, le manque de transparence, l’abus de pouvoir » qui caractérise la gestion de Pravind Jugnauth tout en lançant une pique à ses amis de la plate-forme militante qui avait entrepris de « faire la politique autrement ». Aujourd’hui, il est tout éloge pour le même gouvernement et il salue même le Maharajah de MT.

Sangeet Fondar, qui avait réintégré le MMM, a connu un itinéraire encore plus tortueux. Débuts au MMM, député et ministre entre 2000 et 2005, départ pour l’étranger après la défaite, retour en 2010 pour poser comme candidat mauve au no 15, adhésion au Muvman Liberater en 2014.

Devenu député en 2014, il étalera sa frustration de ne pas avoir été fait ministre, jouera les provocateurs en fricotant avec les travaillistes. Privé d’investiture aux dernières élections de 2019, il retournera au MMM en 2020 pour le quitter de nouveau fin août 2021. Un parcours loin d’être glorieux.

L’opposition a accueilli un ministre du calibre de Nando Bodha. Une grosse prise, quoi qu’on en dise. Pravind Jugnauth, lui, recrute selon ses nouveaux critères « d’excellence » et, après avoir accordé leur « boutt » aux démissionnaires de 2019 comme Sanjeeven Permall et autres, il a dû en garder quelques – uns pour les récents démissionnaires du MMM. C’est sa méthode.

Quant au MMM, comme il a la chance d’avoir des jeunes aussi épatants que Avinaash Munohur, Daniella Bastien, Nabil Moolna et bien d’autres, il devrait se garder de se transformer en usine permanente de recyclage de girouettes! Cela lui fera le plus grand bien.