DR DIPLAL MAROAM

DIPLAL MAROAM

Alors que la pandémie gagne du terrain dans le monde, particulièrement en Europe, notre principal marché touristique, la réouverture de nos frontières et l’assouplissement du protocole sanitaire en vigueur sont ardemment réclamés par les opérateurs touristiques, ce dans l’unique objectif de faire redémarrer leurs activités afin d’engranger des profits. Or, ceux qui conçoivent que les visiteurs se bousculent déjà au portillon pour venir remplir nos hôtels comme tel était le cas avant la COVID-19 se trompent lourdement. Une année après l’apparition du nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2, la psychose sanitaire mondiale ne s’est pas estompée. Loin de là. Les étrangers craignant toujours le risque d’être pris de court par une nouvelle fermeture totale des frontières du jour au lendemain en cas de l’émergence d’une deuxième vague. Bref, nous vivons actuellement un moment de grande incertitude ; même les fêtes de fin d’année et toute la frénésie d’achat et de consommation qui va avec reposent ces jours-ci essentiellement sur la balance des probabilités.

Mais la question fondamentale que l’on se pose : le tourisme, secteur particulièrement sensible aux variations conjoncturelles sur le plan global, liées aux conditions économiques, écologiques, sanitaires, sécuritaires, politiques, etc, est-il vraiment fiable et durable ? Chez nous, l’investissement massif de ces dernières décennies dans ce secteur (principalement dans la construction d’hôtels de luxe, mais pas seulement) si aisément affecté par la moindre récession économique, un acte terroriste ou une épidémie, entre autres, dans les pays de départ ou de l’arrivée des touristes ou dans le monde en général, démontre un manque flagrant de vision et de considérations prioritaires de la part de certains hôteliers. Car sans la prise en compte de l’ensemble de ces impacts, le secteur peut se révéler risquant, en particulier pour les pays les moins avancés, même si ces derniers occupent une position très marginale dans les flux touristiques internationaux.

L’équilibre entre objectifs économiques,

sociaux et environnementaux

Aujourd’hui, l’industrie touristique est à genoux et ce n’est certainement pas demain la veille qu’elle se remettra en selle, ce même si les perspectives de la mise au point d’un vaccin s’annoncent plutôt encourageantes. Cependant, convenablement planifié et maîtrisé, le secteur peut présenter un atout certain par rapport aux autres activités professionnelles en matière de développement économique, social et environnemental. Source privilégiée d’emplois, le tourisme permet, en outre, une diversification nécessaire de l’économie, capable d’atténuer l’instabilité et la volatilité générale des recettes d’exportation. Mais il convient tout de même de constater que des pays les moins avancés exercent parfois une dépendance accrue et démesurée sur ce secteur car très souvent les recettes touristiques constituent leur première source de devises. Cette dépendance, faut-il le souligner, étant plus prononcée dans les petites économies insulaires comme la nôtre. Or, contrairement à Maurice, certaines îles de la région comme les Maldives et, dans une moindre mesure, Les Seychelles ou encore La Réunion, ont opté pour une plus grande ouverture des frontières et un protocole sanitaire de loin bien moins rigoureux que le nôtre. Ce dans le but évident de booster le secteur mais à quel prix ?

En effet, si le nombre d’arrivées dans ces pays n’a point connu de hausse attendue, en revanche, celui de personnes contaminées a augmenté de manière inquiétante. Ce alors que chez nous, la situation sanitaire par rapport à la COVID-19 est comparativement bien maîtrisée. Ce qui permet d’ailleurs la canalisation des fonds qui devraient normalement être alloués aux soins des malades, vers les aides sociales destinées à ceux au bas de l’échelle et qui ont été les plus durement touchés par les effets de la pandémie mais aussi par le naufrage du Wakashio. D’autre part, une activité touristique mal maîtrisée et exploitée par certains opérateurs qui ne jurent que par l’argent, excluant toutes les autres considérations sociales et environnementales, est responsable de la dégradation des milieux naturels, l’aggravation de la pollution de l’eau, des dommages causés aux récifs coralliens, la détérioration des lagons et des plages et du bétonnage excessif des côtes.

Ainsi, la stratégie de développement du secteur touristique doit impérativement s’appuyer sur l’équilibre entre objectifs économiques, sociaux et environnementaux et impliquer davantage la participation active de tous les acteurs concernés – publics, privés, ONG, riverains, communautés, etc –, conditions sine qua non pour l’assurance de la durabilité d’un secteur professionnel réputé fragile et vulnérable.