– Ces Lazaristes étaient si doués que leurs projets avant-gardistes interpellèrent les décideurs de l’époque, à l’instar de Mahé de Labourdonnais, qui « s’intéressa personnellement aux plantations (cressonnières pilotes) du Frère Leonard aux Pamplemousses »

ALAIN JEANNOT

En 2014, nous avons importé 77% de notre nourriture à la hauteur de Rs 38 milliards. La tendance n’a pas beaucoup évolué depuis et nous sommes toujours un pays importateur net de produits alimentaires. Considérant les défis socio-économiques qui nous guettent, cette situation nous appelle à revisiter nos perceptions, nos projections d’avenir et nos actions immédiates par rapport à l’agriculture et l’élevage.

Guidée par la lumière du Christ, l’Église a toujours été pionnière et garante des activités qui correspondent à la dignité et au développement humain. La production de nourriture en est une. Sinon, comment expliquer que le pain et le vin ont été choisis comme symboles du corps et du sang du Christ ? Ces deux nourritures hautement symboliques, respectivement « fruit de la terre et du travail des hommes » et « fruit de la vigne et du travail des hommes », soulignent l’importance de l’agriculture dans notre religion. Car, si le pain est symbole de nourriture, le vin, lui, pourrait représenter la joie et le surplus. La production des aliments est, donc, salutaire à toutes nos dimensions, qu’elles soient spirituelles, physiologiques ou psychologiques.

Les Lazaristes

Aussi, à partir de 1722, à la genèse du peuplement de l’Isle de France d’alors, les premiers religieux Lazaristes ne se contentèrent pas de labourer les âmes, mais ils s’attelèrent aussi à mettre en valeur les terres qui leur avaient été confiées. Sous la houlette des frères Lazaristes, « Élevage, culture maraichère et autres plantations » (1) étaient devenus des activités à la fois didactiques, économiques et sociales de « l’habitation curiale » (1). Les esclaves des paroisses, au « nombre de 148 en 1756 », étaient confiés à l’un des frères sur chaque paroisse, dotée, par ailleurs, de grands lopins de terre. Ces derniers devenaient, tour à tour, leur moniteur agricole, leur précepteur au profane et leur éducateur religieux (1).

Ces Lazaristes étaient si doués que leurs projets avant-gardistes interpellèrent les décideurs de l’époque, à l’instar de Mahé de Labourdonnais, qui « s’intéressa personnellement aux plantations du Frère Leonard aux Pamplemousses ».  Ce dernier y avait développé, avec le concours de ses esclaves, des cressonnières pilotes. Riche en vitamine C, le cresson était non seulement en grande demande pour sa valeur nutritive, mais aussi pour ses vertus thérapeutiques et préventives contre le scorbut, qui menaçait les voyageurs de l’époque.

Si avec un nombre restreint de missionnaires Lazaristes, 4 au départ, 3 paroisses en 1764 et quelques milliers d’habitants, les missionnaires Lazaristes ont pu jeter de telles bases, imaginons ce que nous pouvons accomplir avec plus de 300 000 fidèles, 89 prêtres et religieux, 40 paroisses et 75 institutions scolaires ! L’autosuffisance alimentaire pourrait bien connaître de nouveaux horizons autour de notre religion et ses institutions. L’histoire nous en donne déjà raison !

1. Nagapen, Amédée. Histoire de l’Église Isle de France–Ile Maurice 1721-1968. 1996.

2. Dinan, Monique. Deux grands bâtisseurs de notre chrétienté Les Lazaristes et Pierre Poivre. Pierre et Monique Dinan. [Online] 2018.