KRISH PONNUSAMY ANCIEN SENIOR CHIEF EXECUTIVE

Dans toutes les démocraties à travers le monde, l’administration publique joue un rôle fondamental dans la vie quotidienne des citoyens. Elle est chargée de mettre en œuvre toutes les décisions du gouvernement. Tel est aussi le cas à Maurice. La population a pu constater combien le gouvernement s’est appuyé sur les fonctionnaires, les fameux “frontliners” pour implémenter les mesures prises dans le combat contre la Covid-19, assurer les services essentiels, accorder un soutien financier aux travailleurs, faciliter le départ des touristes et le retour partiel de nos compatriotes.

Ces milliers d’hommes et de femmes répondent à l’appel, car ils sont attachés aux valeurs de la Fonction publique et de la République. Dans son sillage, la Covid-19 a engendré une cascade de crises dans plusieurs secteurs d’activité économique et sociale. La pandémie a aussi provoqué une crise de conscience nationale touchant de près notre fibre patriotique. Nous nous posons beaucoup de questions sur notre mode de vie, notre famille, notre travail, notre environnement, nos institutions, notre gouvernement, notre planète et même sur Dieu.

Dans toutes nos réflexions, nous voulons des changements pour le meilleur et chacun y va de son petit calendrier de réformes. La Fonction publique, qui emploie quelque 85 000 personnes, doit aussi se mettre en mode réflexion sur son avenir pendant et après la pandémie. Une réflexion profonde et sincère pour en extraire un programme salutaire de réformes. Par où commencer ?

Nos citoyens se plaignent souvent de la lenteur de la bureaucratie et la lourdeur de la machinerie gouvernementale et ce, tout en constatant que l’administration publique continue à grossir avec des dépenses plus conséquentes. Les citoyens ont-ils “value for money” ? Faut-il un dégraissage ? Faut-il privatiser certaines activités et favoriser une administration publique dynamique ? Comment fait-on pour diminuer le gaspillage des fonds publics tant décrié par le directeur de l’Audit ? Par où commencer pour revoir les structures quelques fois archaïques de l’administration publique ?

Il y a deux façons de procéder à mon avis : soit effectuer une étude à court terme pour parer aux problèmes urgents ou une étude à moyen et long termes. On doit envisager les deux études par des équipes différentes. Les mesures à court terme sont déjà en gestation et seront connues dans le prochain budget. On a récemment annoncé que les postes vacants ne seront pas remplis. Les budgets des ministères et départements seront sévèrement contrôlés. Pas de largesse touchant les allocations, l’overtime et les missions à l’étranger. On fera certes des économies, mais les problèmes structurels sont toujours là.

Propositions

Pour s’attaquer aux problèmes des moyen et long termes, il est souhaitable de nommer une commission comprenant des experts locaux et internationaux en administration publique. Elle devra se pencher sur des sujets tels que :

(a) Le “right sizing” – identifier le surplus de fonctionnaires et la teneur des emplois à travers une Needs Analysis sans complaisance.

(b) Établir un système d’accountability pour traquer ceux qui gaspillent les fonds publics et ceux coupables de “dereliction of duty”.

(c) Éliminer la corruption et proposer des amendements aux lois existantes, y compris celles régissant l’ICAC.

(d) Investir massivement dans la technologie pour encourager le “work at home” et rendre l’administration publique plus performante.

(e) Revoir le fonctionnement des institutions telles que la PSC, DFSC, LGSC et le PRB.

(f) Établir un système d’évaluation de performance des organisations par des professionnels indépendants.

(g) Revaloriser la formation en dotant le Civil Service College de structures et d’un bâtiment modernes.

(h) Établir un “Institute for Government” sur le modèle britannique. Cette plateforme numérique permettra aux anciens et actuels ministres et hauts fonctionnaires chevronnés de partager leurs expériences sur les défis majeurs de l’administration publique. Elle constituera un excellent “training ground” pour les politiciens et administrateurs en herbe.

Cette liste n’est pas exhaustive, car le programme de réformes doit être régulièrement réactualisé. On a raison de dire que « Reform is a never ending process