Dr Diplal MAROAM

« Merci Anerood, zoli travay. » Non, ce n’est pas le message inscrit sur l’une des banderoles placées à travers l’île lors des funérailles de SAJ mais bien le slogan choisi par le gouvernement MSM/MMM issu des urnes en septembre 2000 pour marquer le retrait, trois années plus tard, du PM d’alors de l’arène politique – du moins pour la première fois car SAJ y était revenu en mai 2012 – pour passer le relais premier ministériel à Paul Bérenger selon l’accord à l’israélienne signé à la clinique MedPoint quelques semaines avant les législatives.

SAJ s’installa alors au Réduit en tant que président de la République après avoir accompli son « zoli travay » qu’est effectivement la création de la cybercité. En effet, le triangle d’Ébène est devenu une zone professionnelle intense, sortie des terres d’Illovo au début des années 2000 et grouillant aujourd’hui d’employés des secteurs divers et variés mais principalement de la technologie de l’information et de la communication. Un projet magistralement traduit en pratique et qui ne fait que consolider la perception de SAJ comme père du miracle économique mauricien. À l’opposé du père de l’indépendance incarné, lui, par SSR qui se retrouve désormais en « bonne » compagnie de son adversaire politique attitré au Jardin de Pamplemousses qui risque, par conséquent, de connaître un second baptême, comme ce fut le cas pour le stade de Belle-Vue à Rivière-du-Rempart après le changement de régime en décembre 1995.

Beaucoup d’observateurs sont d’avis que si le parcours politique de SAJ a été jalonné de réalisations importantes, c’est parce qu’il a été « the right Prime Minister at the right time. » En effet, du point de vue du développement économique, il n’est un secret pour personne qu’en 1982, le pays était arrivé à bout de souffle après les 14 années de règne de SSR qui, bien que battu à plate couture lors des législatives par le premier 60-0 de l’histoire politique de notre pays, décida, malgré un état de santé défaillant, de s’accrocher au pouvoir en tant que gouverneur-général. Au début des années 80 donc, le pays disposant d’une main-d’œuvre abondante et donc à bon marché – résultat d’un chômage chronique estimé alors à plus de 20% de la population active – misait sur un créneau porteur que constituait la Zone franche.

La machinerie du développement économique commençait alors à tourner pour atteindre son apogée à la fin des années 80. Le plein emploi s’installait et la qualité de vie des Mauriciens croissait de manière remarquable. Bien que le rôle joué par SGD à ce moment précis du développement de notre pays ne peut être occulté, c’est bien le chef du gouvernement qui néanmoins décide de la pertinence et prééminence des dossiers. Les bonnes initiatives, les décisions novatrices ont pu être prises au moment opportun. Le courage de sortir des sentiers battus, comportant toujours des risques, mérite d’être salué. Car un des plus grands manquements qui sclérose considérablement toute administration, c’est bien la frayeur de commettre des erreurs. Ce qui suscite, in fine, le statu quo, situation qui, dans une certaine mesure, caractérise l’administration actuelle du pays.

Que Pravind Jugnauth justement ait hérité de son père le sens de la responsabilité et du sérieux ne fait point de doute, mais qu’en est-il du sens de l’engagement ? La volonté de changer, de restructurer de fond en comble les institutions qui ont déraillé au fil des années et qui sont devenues aujourd’hui des canards boiteux n’est pas tout à fait palpable. Si, du point de vue infrastructurel, le pays s’est transformé ces dernières années en un énorme chantier de construction de toute sorte, sur le plan institutionnel toutefois, la stagnation paralyse pas mal de secteurs et non des moindres. À l’instar de celui de l’ordre et la paix publics. Or, le développement intégral et harmonieux d’un pays ne se mesure pas seulement par la hauteur de ses bâtiments – qu’ils soient de 50 étages ou plus – ou la modernité de ses infrastructures, mais aussi et surtout par la qualité de ses services, la sécurité de ses citoyens et le bien-être de sa population dans son ensemble.