ANOUCHKA SOORIAMOORTHY

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[Elle a quitté l’Ile Maurice pour l’Ile-de-France, avant de poser ses valises en 2007 dans un îlot de modernité en plein désert : Dubaï. Anouchka Sooriamoorthy partagera ses expériences et ses pensées. Cette semaine : à la découverte de l’exposition universelle de Dubaï et du pavillon mauricien.]

Il faut emprunter une autoroute à six voies dans un paysage désertique pour atteindre le site de l’exposition universelle. Ce lieu de plus de 4 km2 a surgi du sable en moins de sept ans. On se gare dans ce qui semble être une ville habitée par des êtres à quatre roues : à perte de vue, parfaitement alignées, des centaines de voitures sont paisiblement endormies alors que le thermomètre indique 38 degrés. Il faut prendre une navette pour atteindre l’une des trois entrées principales. Des agents aux gilets phosphorescents brandissent leurs bâtons de sécurité lumineux et, tels des chefs d’orchestre expérimentés, ils coordonnent ce flot impressionnant de véhicules.

Le pavillon mauricien se trouve dans la zone nommée « opportunité » (les deux autres quartiers ont comme thématique la mobilité et le développement durable), zone dans laquelle on pénètre après être passé sous une structure métallisée gigantesque de vingt-et-un mètres de haut. Conçue par l’architecte anglais Asif Khan, cette porte est faite d’entrelacements de fils d’acier qui rappellent l’esthétique du moucharabieh. L’organisation est d’une efficacité redoutable : billetterie électronique, tapis mécanique et inspection des sacs. Une fois cette barrière sécuritaire franchie, la visite tant attendue peut débuter. Les longues allées ombragées sont bordées des palmiers caractéristiques du paysage émirien. C’est l’imposant pavillon norvégien, dont la façade gris métallique reflète la lumière vive du soleil moyen-oriental, qui accueille le visiteur. Les pavillons sont de véritables prouesses architecturales : le chinois imposant dont les briques rouges parfaitement alignées rappellent la rigueur, le colossal bloc suisse à l’esthétique épurée, l’égyptien semblable à une pyramide revisitée, le saoudien dont la silhouette futuriste nous embarquerait presque dans un voyage spatial. À côté de ces mastodontes, l’entrée du pavillon mauricien passerait presque inaperçue si un détail n’attirait pas le regard : quatre portraits grands formats habillent la façade. Ces visages de Mauriciens souriants qui contrastent avec cet environnement de béton donnent le ton : à défaut d’une démonstration de puissance financière, c’est notre sens de l’hospitalité qui sera mis à l’honneur.

Dès la porte franchie, on effectue une plongée sensorielle immédiate, sans masque, sans tuba ni bouteille : le bleu est partout. C’est le bleu turquoise du lagon lorsque la mer est calme, le bleu lumineux du ciel par une éclatante journée d’été. Il est accompagné du jaune de la carambole, du rouge de l’anthurium, du vert de la canne à sucre. Au fur et à mesure que l’on pénètre dans le pavillon, transporté par l’esthétique tropicale, on oublie que l’on se trouve en plein milieu du désert. La visite s’effectue sous l’œil attentif d’un dodo grandeur nature qui se prélasse à l’ombre d’un flamboyant. Un peu plus loin, les portraits en noir et blanc des premiers immigrants rappellent la thématique du pavillon : les racines du futur. L’expression illustre le défi que l’Ile Maurice n’a pas d’autre choix que de relever : affirmer sa présence dans cet univers mondialisé, construire un futur en phase avec l’avancée du monde sans oublier son passé qui est tant sa spécificité que sa force. Tout cela n’est pas sans faire penser au célèbre tableau de Paul Gauguin : d’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Ce sont ces trois questions, ô combien fondamentales, qui sont mises en forme dans le pavillon : chaque ornement, chaque image, chaque vidéo a pour objectif de donner à voir la pluralité, l’unicité et l’ambition de l’Ile Maurice. En terminant ma visite du pavillon mauricien, une envie irrépressible me saisit : celle de plonger dans ce bleu et de revoir mon île après ces longs mois d’éloignement dus à la crise sanitaire. Bientôt, je l’espère !