Rise and Shine : fer egalite vinn enn realite, une campagne de sensibilisation pour donner la parole aux champions du combat contre les inégalités hommes-femmes et la discrimination sous toutes ses formes

Au fil des jours et des années, nous lisons des statistiques, entendons des témoignages, qui montrent que les droits des femmes sont d’autant moins acquis dans toute leur dimension qu’ils peuvent être ignorés et même bafoués. Il est question de limitation ou du non-accès à l’éducation, d’inégalités de salaires, de sous-représentation dans les postes de direction, en politique, dans certains secteurs d’activité économiques (notamment ceux en pleine croissance tels que le numérique), de harcèlements sexuels, de stéréotypes de genre et remarques sexistes, de violences conjugales ou familiales pouvant même entrainer la mort. À cet égard, le dernier rapport des Nations unies rappelle que plus de 50 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde par leur conjoint ou un membre de leur famille.

La journée internationale du 8 mars est donc un moment important, pour agir, réfléchir, se mobiliser ; pour mesurer les progrès accomplis (il y en a) et identifier concrètement les actions à mener (il en reste) ; pour ne pas relâcher l’effort.

Parce que le monde ne pourrait pas tourner sans les femmes et qu’elles doivent pouvoir exercer leurs droits fondamentaux et accéder à leur autonomisation.

La crise sanitaire mondiale COVID-19 a illustré ce contraste par ailleurs trop connu : la place des femmes en direct face aux risques et aux avant-postes (secteur de santé, commerces…) se révèle inversement proportionnelle à leur présence dans les échelons de décisions et d’anticipation.

Pour l’Union européenne et ses Etats-membres, l’égalité femmes-hommes est tout d’abord une priorité politique interne. Des progrès considérables ont ainsi pu être réalisés et ont permis au fil des années de changer la place et le rôle de la femme dans la société : avancées consacrées par la loi (droit de vote et éligibilité, code civil et gestion de la famille, héritage et succession…), en termes d’autonomisation (accès à tout type d’emploi, gestion de patrimoine et libre disponibilité d’avoirs et de compte bancaire…), de maîtrise de leur corps et de leur destin (contraception, régime de mariage et de divorce…). Pour autant, la situation est encore loin d’être idéale. Ainsi, les inégalités salariales persistent puisque l’écart de rémunération reste de 15,7% ; de même pour la sous-représentation en politique et aux postes à responsabilité où les femmes n’occupent que respectivement 21,4% et 16,6% des emplois.

Ces statistiques interrogent sur les freins à l’atteinte pleine et entière d’objectifs affichés, les biais conscients ou inconscients, les résistances qui empêchent une juste reconnaissance des capacités des femmes d’accéder à des postes à responsabilité.

Mais le plus choquant reste le niveau des violences faites aux femmes. Ainsi, en 2019, 33% des femmes dans l’UE ont subi des violences physiques et/ou sexuelles et 7 sont mortes chaque jour sous les coups de leurs compagnons, conjoints ou parents. Ces chiffres ont poussé l’UE et ses États membres à renforcer les moyens pour lutter contre ce fléau (tribunaux spécialisés, bracelets anti rapprochement, pacte contre la violence…) et à adopter une stratégie pluriannuelle avec un ensemble d’objectifs précis à atteindre d’ici 2025.

La condition des femmes dans le monde, leur rôle dans la lutte contre l’exclusion et la pauvreté ou comme facteur de paix et de stabilité, en font aussi un axe central de la politique extérieure de l’UE. Ainsi, au-delà de l’adoption de son nouveau plan d’action pour guider l’engagement européen en matière d’égalité hommes-femmes dans le monde pour la période 2021–2025, l’UE a en outre prévu que 85% des projets de son aide extérieure devraient contribuer à cet objectif d’égalité et d’autonomisation des femmes. La France promeut une diplomatie féministe, à travers le plaidoyer du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères pour l’égalité femmes-hommes dans les enceintes internationales en matière de réduction des inégalités et développement durable, paix et sécurité, défense et promotion des droits fondamentaux, enjeux climatiques et économiques ; la politique volontariste en faveur de l’égalité femmes-hommes, grande cause nationale, est aussi déclinée en interne sur divers plans.

À Maurice, des progrès indéniables ont été réalisés notamment dans l’éducation et l‘accès à l’emploi, grâce à l’action des autorités et la mobilisation de tous les acteurs concernés. Dans ce contexte, le 139, le numéro d’appel d’urgence gratuit, opéré par le ministère de l’égalité des genres et du bien-être de la famille, insiste sur la réactivité de tous, victimes, témoins, familles, entourage, forces de l’ordre, refuges pour agir efficacement face aux violences conjugales. Toutefois, comme en Europe, les inégalités structurelles femmes-hommes perdurent : écart de rémunération, sous-représentation dans les postes de direction dans les secteurs public et privé, ainsi qu’en politique. Par ailleurs, les femmes restent plus susceptibles que les hommes de subir la violence domestique.

Aussi l’engagement européen depuis plusieurs années est constant auprès du gouvernement de Maurice, des institutions et de la société civile pour combattre la violence et les inégalités femmes-hommes. Ce soutien s’exerce en particulier à travers le dialogue sectoriel « Genre » avec le gouvernement, l’appui aux institutions comme la Commission des droits humains ou l’Ombudsperson pour les enfants par des actions de sensibilisation et d’éducation et l’octroi de subventions aux organisations non gouvernementales (Centre d’Education et de Développement pour les Enfants Mauriciens, Gender Links et la Fondation Joseph Lagesse), afin de leur permettre d’apporter un soutien direct aux femmes et filles vulnérables ou victimes de violence.

Cette année, l’effort continuera d’être porté à travers la campagne de sensibilisation « Rise and Shine », dans la continuité de celle menée en 2019, avec cette devise « fer egalite vinn enn realite« . L’objectif est de continuer à avancer ensemble, dans une démarche de sensibilisation, de prise de conscience, susceptible de libérer la parole. Depuis plusieurs décennies, plus de 15 000 femmes et de filles à Maurice et à Rodrigues ont bénéficié d’un meilleur accès à la santé, à l’éducation, à  l’autonomisation économique et à la connaissance de leurs droits. Ce sont elles qui pourront témoigner de leur courage et détermination, et, sans doute, nous inspirer, d’une manière ou d’une autre.

« Rise and shine », c’est aussi donner la parole à ceux qui œuvrent au quotidien dans divers contextes (élus, institutions, organisations de la société civile, secteur privé…) pour lutter contre les discriminations, donner aux femmes et aux filles les moyens de réaliser leurs projets et trouver la place à laquelle elles ont droit au sein de la société.

Avancer ensemble pour agir, changer le regard et modifier les perceptions.

Mettre en commun nos énergies et tracer de nouveaux chemins. En cette Journée internationale des droits des femmes, la feuille de route, nous le savons, traverse tant et tant de pays. Rien ne justifierait pourtant que nous nous arrêtions sur le côté. Il nous faut continuer d’aller de l’avant, avec détermination et conviction.