Nishal Joyram

Un système éducatif damné, des institutions stériles, une précarité perpétuelle ; bref un chaos total. Voici l’héritage que vous laisserez Madame la ministre.

Cynique ! Me trouverez-vous ? Mais inspiré de votre chef-d’œuvre à la tête du ministère, c’est le tableau le plus joyeux que je puisse peindre… et cela, je le fais avec un cœur lourd et meurtri.

Durant cette semaine, les enfants se sont retrouvés dans un bouleversement inégalé. Ils ont dû braver le déluge pour se rendre aux examens et, pour ce mercredi, les examens ont dû être renvoyés. J’acquiesce pour faire une parenthèse et de vous féliciter, du moins pour cette décision de renvoyer les examens.

Mais cela n’éclipse en aucun cas vos bourdes. Les événements de cette semaine ne seront malheureusement pas des cas isolés, qu’on oublierait au prochain beau temps. Vous avez condamné les enfants mauriciens, les parents et le pays à une incertitude éternelle.

Le changement du calendrier scolaire était et reste un acte irréfléchi aux conséquences lourdes. Des conséquences qui pèsent malencontreusement sur les épaules de nos enfants. Hors le stress habituel des examens, vous leur infligez un stress additionnel qui pèse lourd sur leur santé mentale et qui pourrait occasionner des troubles psychiques ; impuissants, ils doivent se plier aux caprices de la nature pendant la période des examens.

Plusieurs instances vous ont écrit, vous ont étalé l’enchaînement qu’auraient vos décisions, vous implorant tantôt de faire preuve de bon sens et vous proposant tantôt des solutions que toute personne ayant un minimum de jugeote aurait considérées.

Je vous ai également écrit le 8 juin 2020, pour non seulement vous faire part de mes craintes, déplorer le manque de consultation, souligner l’approche fragmentaire et désordonnée du ministère, marteler que ce calendrier est inadapté pour le système mauricien, mais aussi pour vous proposer des solutions afin de ne pas chambouler le calendrier scolaire. Aujourd’hui, j’aurais souhaité ne pas avoir eu raison. Permettez-moi de vous proposer un extrait de ma réflexion de ma précédente correspondance :

Calendrier scolaire : inadapté et pourrait affecter la santé mentale des étudiants !

POURQUOI ce calendrier n’est-il pas adapté ?

Primo : les étudiants souhaitant poursuivre des études tertiaires à l’étranger perdront plus d’une année.

Prendre les examens en octobre/novembre et avoir les résultats fin janvier/début février donnent une marge de manœuvre raisonnable à l’étudiant afin de choisir son université et d’entamer les démarches adéquates pour la rentrée de septembre.

Or, avec les examens de mai/juin les résultats seront affichés en août/septembre et il serait donc impossible aux étudiants de briguer la rentrée universitaire de septembre de la même année.

 Secundo : un trop long deuxième trimestre (ou quadrimestre ? quinquemestre ? comme l’a élégamment fait ressortir un collègue). 

Il ne faut pas confondre entre la qualité et la quantité ! Un long trimestre (on l’appellera trimestre pour ne pas accroître la confusion), n’augmente pas nécessairement la productivité. La fatigue mentale s’installe et après sept semaines selon certains pédagogues et psychologues, d’où certains systèmes éducatifs proposent 2 semaines d’interruption après 7 semaines de travail.  

Le calendrier proposé avec 20 semaines de travail, pourrait nuire à la santé mentale des étudiants augmentant ainsi les risques de dépression. Je vous invite à lire les publications de Nicole Delvolvé de l’Université de Toulouse et d’Henri Boiraud de l’Université de Bordeaux à ce sujet.

Je tiens à préciser ici que cette prédiction s’est avérée juste. Les résultats du deuxième trimestre ont été catastrophiques. La fatigue s’est bien fait sentir et il y a eu un relâchement général.

Tertio : troisième trimestre pendant la période cyclonique

Pendant la période janvier à avril, il y a souvent de fortes pluies et nous sommes régulièrement visités par des cyclones. Le troisième trimestre est crucial. Trop de perturbations pendant cette période auront un impact négatif sur l’apprentissage.

 

Nous sommes aujourd’hui témoins de cela.  

 

Quarto : Fluidifier le trafic routier.

Novembre et décembre sont deux mois très intenses en activités économiques. Les commerces et l’industrie touristique tournent sur les chapeaux de roues ; ce qui implique un flot de trafic bien plus intense. Les vacances scolaires permettent de fluidifier ce trafic.

 Également les vacances scolaires de novembre/décembre permettent aux petits commerces d’employer les étudiants. Cela a aidé plusieurs familles à arrondir les fins de mois.

Quinto : la Culture, plus subtile tout aussi importante.

La culture mauricienne est telle que les grandes vacances d’été de novembre/décembre, sont les équivalences des grandes vacances d’été de juillet/août en Europe. Ancré depuis des siècles, cela serait aujourd’hui notre identité.

Madame la ministre, par égard pour la fonction que vous occupez, je ne consentirai pas à vous traiter d’incompétente, mais permettez-moi de constater Madame, que la compétence n’a pu se frayer un chemin afin de trouver grâce à vos yeux. Dans l’intérêt du système éducatif; Madame, je vous prie d’abdiquer, afin qu’on puisse au moins sauver les meubles après l’incendie.

Bien à vous,

NISHAL JOYRAM