MARIE JACQUES LAVAL PANGLOSE G.O.S.K
Ami et Elève du Grand E.

« Ces Thénardier ont été méchants. Il faut leur pardonner. Cosette, voici venu le moment de te dire le nom de ta mère. Elle s’appelait Fantine. Mets-toi à genoux toutes les fois que tu le prononceras. Elle a bien souffert. Elle t’a bien aimée. Elle a eu en malheur tout ce que tu as eu en bonheur. Ce sont les partages de Dieu… Aimez-vous bien toujours. Il n’ y a guère autre chose que cela dans le monde: s’aimer. »

[Jean Valjean mourant dans «  Les Misérables » collection folio vol 111 page 540.]

Car seul l’Éternel est libre puisque le choix ne s’impose pas à Lui, pas parce qu’Il ne peut le faire, mais parce qu’Il l’a créé. Et si dans sa dimension terrestre, l’homme pense pouvoir forger ou briser les chaînes, cela n’est qu’illusion. Mais tant que règne cette illusion l’en voilà prisonnier. Il est l’esclave de lui-même. Comme l’a si clairement énoncé Baudelaire dans l’Héautontimorouménos :

« Je suis la plaie et le couteau !

Je suis le soufflet et la joue !

Je suis les membres et la roue, 

Et la victime et le bourreau ! »

Vieil ennemi de l’Être, la soif de puissance l’entraîne à asservir ses entourages et semblables.

1833, prenant effet à Maurice en 1835, la loi des hommes abolit la servitude en droit. Ainsi, à Maurice l’Homme Noir put ne plus bûcher ni biner pour le Blanc, en esclave et: « Vini missié Jeremie vini.. »  il chanta sa joie en attendant John Jeremie, prisonnier en rade de Port Louis pendant plus d’un mois, face à la milice – rien ne change va – des potentats Mauriciens, alors Français. Les compatriotes d’alors pensaient qu’ils perdaient leurs biens les plus précieux: leurs Noirs. Les autres compatriotes d’alors pensaient qu’ils gagnaient leur manque le plus terrible: leur corps. Et paradoxe exceptionnel du temps, le Mauricien-Français obtint, de l’ Anglais, compensation monétaire pour la perte de ses Noirs, ses biens noirs, après avoir commis un crime contre l’humanité: l’ esclavage.

Et depuis Rome avant César on enseigne en droit « Ex turpi causa non oritur actio; nul ne plaide sa propre turpitude » maxime en cours jusques à maintenant. D’Epinay avocat des Mauriciens-Français dut plaider devant l’Anglais que les Créoles lui appartenaient, d’où la vieille expression: ‘Mon Noir’.

Ce que l’Anglais, le Mauricien-Français ne réalisaient pas c’est la profondeur de ce dire. Il démontrait l’abîme de leur âme, vérité ésotérique inexorable dans sa justesse.

Dans quels corps, face à quelles circonstances se trouvent aujourd’hui ceux qui, alors, chassaient, avec comme gibier, les Marrons?

Paix aux ancêtres angoissés, pétris de terreur, mourant sous les crocs canins dans les forêts et sous les balles, paix aussi à ceux plongeant, l’âme en tenaille, des rocs de la montagne du Morne au vertige du néant. Que leurs mânes atteignent la dimension qui libère, vale patres atque vale : bonne route pères et encore bonne route.

Et paix aussi à ceux qui les tuèrent, aveugles hier, dans leur temps de noir, maintenant aspirant ou arrivant à la liberté, celle d’aimer. Car la naissance du corps est un fleuve dont peu connaissent la source, disait Karna du Mahabharata.

De la liberté, Antoine de St Exupéry écrivait dans Citadelle, ed folio p 413 janvier 1990, : « Mais pour que tu sois libre de la liberté du chanteur qui improvise sur l’instrument à cordes, ne faut-il pas que je t’exerce d’abord les doigts et t’enseigne l’art du chanteur ? Ce qui est guerre, contrainte et endurance.

Et pour que tu sois libre de la liberté du poète, ne faut-il pas que tu aies exercé ton cerveau et forgé ton style, ce qui est guerre, contrainte et endurance ? »

Pour moi la liberté reste la récompense de celui qui arrive à MonSeigneur, dans la dévotion de son âme, de son Être à qui le choix ne s’impose plus, car il est. Nul n’est besoin alors de l’esclavage de la matière, « ce qui est guerre, contrainte et endurance ».

« Atteint la quiétude en MonSeigneur, celui qui L’adore constamment car tout vient de Lui qui réside en tout. [Bhagavad Gita 18.46]