ELODIE SANASEE, SELVANA MOOTIEN, SOUFIA BHAM, KUNAL NAÏK

L’équipe de Plaidoyer de PILS (advocacy@pils.mu)

L’élimination de la stigmatisation et de la discrimination demeure l’un des axes de travail majeurs du plaidoyer dans la lutte contre le VIH/sida. Pour PILS, cet axe constitue la base de l’approche communautaire, avec la voix et les expériences des communautés affectées à la pointe des politiques publiques et des changements dans le continuum de soins.

La discrimination est définie comme le traitement inégal d’une personne, sur la base de caractéristiques telles que l’ethnicité, le genre, le handicap, l’âge ou la religion. Les évènements discriminatoires ont un impact significatif sur la santé publique et constituent des barrières à l’accès aux soins. Dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida, la stigmatisation et la discrimination des personnes vivant avec le VIH et des personnes vulnérables à l’infection impactent fortement les résultats des programmes ciblant l’élimination du VIH. À Maurice, nous voyons les effets de ce phénomène au niveau du parcours de soins, avec une très faible rétention dans le soin – moins de 40 %  – alors que presque 70 % des personnes vivant avec le VIH sont dépistées et que le traitement est disponible gratuitement. (UNAIDS Monitoring Report 2020)

La discrimination prend diverses formes. Un ancien détenu, bien qu’ayant payé sa dette envers la société en purgeant sa peine de prison, se retrouve souvent sans emploi à sa sortie, à cause d’un certificat de caractère entaché. Une travailleuse du sexe sera souvent jugée pour le travail qu’elle fait, on la privera de sa dignité humaine et, parfois même, de son droit à la maternité. L’usager de drogue se verra affublé d’un caractère peu fiable à cause de son usage de drogue – « Droger sa! » –, que cela affecte ou non l’activité qu’il entreprend. Tandis qu’une personne vivant avec le VIH sera rarement vue comme une personne malade, mais plutôt comme une personne à exclure, à éviter, d’une part à cause de la méconnaissance du public sur le VIH et sa transmission et, d’autre part, par simple crainte. La distribution de la méthadone devant les postes de police ou dans des lieux publics autres que les centres de soins reste problématique car il n’y a aucun respect de la vie privée des personnes inscrites à ce programme. C’est aussi une barrière à l’embauche, les employeurs considérant que les personnes sous méthadone ne sont ni fiables, ni dignes de confiance.

À cause d’un passé, d’un travail, d’une pratique ou de leur statut sérologique, des personnes verront leur accès limité à des droits pourtant accessibles à tous. Souvent, le regard des gens devient si pesant que ces populations clés préfèrent s’abstenir d’avoir recours aux services publics tels que les hôpitaux pour se faire soigner.

Pour la journée zéro discrimination (1er mars) observée chaque année de par le monde, les organisations engagées dans la lutte contre le VIH à Maurice ont décidé de mettre en lumière les discriminations subies au quotidien par les populations clés. Une série d’activités a été organisée : des consultations communautaires, un atelier slam et un clip vidéo, dans le cadre de notre campagne « Mwa Zero Discriminasion ». Dès le début, nous avons insisté sur l’implication directe des populations affectées avec lesquelles nous travaillons. Pour nous, il était essentiel que les personnes confrontées quotidiennement à la stigmatisation et à la discrimination puissent dire leurs vécus.

Au cours de la série de consultations, nous avons collecté leurs histoires, qui ont servi de base à la création d’un slam avec l’aide d’artistes. La vidéo qui accompagne ce texte mis en musique a été diffusée en ligne pour sensibiliser le maximum de personnes. Comme nous l’avons fait dès le début de ce projet, il est primordial que les personnes concernées soient impliquées dans l’ensemble des processus de décisions qui les concernent, en matière de recherche, de prise en charge médicale et de politiques de santé pour une réponse efficace contre le VIH.

La discrimination prend diverses formes. Parfois, elle est centrée sur un individu. Parfois, elle est systémique : le système lui-même est construit de telle manière que les personnes vulnérables se trouvent en dehors de celui-ci. Au fil des ans, diverses formes de plaidoyer ont été utilisées pour tenter de lutter contre la discrimination : campagnes, médias sociaux, formations… Des lois ont été proposées et adoptées. Pourtant, aujourd’hui encore, les personnes pour lesquelles nous travaillons sont toujours confrontées à diverses formes de discrimination.

Les temps ont changé, mais pas la façon dont les gens perçoivent les plus vulnérables, hélas. Le travail effectué dans le domaine du plaidoyer n’est souvent pas reconnu car il faut du temps et des efforts pour essayer de changer un système en place depuis si longtemps. Changer un système prend du temps, souvent cela commence par une personne. Nous espérons que vous pouvez être cette personne. En commençant par remettre en question des idées, en faisant des recherches, en partageant ce que vous apprenez.