ALAIN JEANNOT

Chers paroissiens,

Permettez-moi, d’abord, de vous remercier pour votre invitation et votre accueil chaleureux.

Cette sympathique maison de prières, située à Pailles et érigée sur un terrain donné par Alexander Thompson et son épouse Marie Elizabeth Onno, m’a toujours interpellé. C’est le vicaire de l’Immaculée Conception, O’Farrell, qui a eu l’idée de sa construction, terminée en 1872. La même année, l’Évêque d’alors, Mgr Scarisbrick, érige l’Église en paroisse et la dédie à Saint Vincent de Paul. En 1873, il fait venir quatre prêtres lazaristes à qui il confie la Mission Catholique Chinoise. Cette dernière élira d’ailleurs son siège à la paroisse, qui, sous la responsabilité du père Emile Joseph Navarre, devient la résidence des pères lazaristes jusqu’en 1880. C’est une coïncidence heureuse que les premiers responsables de la paroisse soient les lazaristes ou membres de la Congrégation de la mission, créée par Vincent de Paul en 1625 ! Ces mêmes lazaristes sont intimement liés à l’implantation de l’Église à Maurice. Véritables bâtisseurs de la première heure, ils sont quatre à accompagner le premier contingent de colons français le 5 avril 1722. Leur présence missionnaire s’étendra jusqu’en 1808.

Puis, les premières années de la paroisse de Saint Vincent de Paul marquent un retour aux sources. Avec l’introduction d’un réseau de chemin de fer à Maurice, dont Pailles est l’une des gares, l’endroit connaît un développement. Malheureusement, le paludisme va vite devenir endémique et meurtrier, provoquant un exode des habitants de Pailles vers les localités plus tempérées des hauts plateaux. Aussi, le dernier prêtre résidant quitte la paroisse en 1902 et, entre 1914 et 1922, l’église est même fermée ! Les quelques pauvres, qui sont restés à Pailles, sont rattachés à la paroisse de l’immaculée.

Avec le contrôle, d’abord à partir des années 50, puis, l’élimination, de la malaria, officiellement en 1973, couplé à l’essor commercial et industriel de Pailles, la paroisse reprend un nouveau souffle. Faut-il rappeler qu’en un siècle, le paludisme a fait plus de 400 000 victimes à Maurice ! L’ancien presbytère en pierre de taille, construit en 1872, est transformé en salle d’œuvres avec l’apport du talentueux charpentier, Leonidas Babet. Un prêtre hollandais, du nom de Van Kesteren, assure une administration et une vocation d’un rare dynamisme à la paroisse dans les années 70. Il est proche de ses paroissiens et leur rend souvent visite.

Nous ne pouvons fêter la paroisse de Saint Vincent de Paul sans survoler la vie de ce grand homme, né en 1581, dans les Landes, en France. Ordonné prêtre en 1600, il est connu comme étant le père de la charité organisée non seulement au sein de l’Église, mais dans la société. Par exemple, son action soutenue et structurée envers les veuves et les orphelins nécessiteux, n’est-elle pas précurseure de « l’assistance publique » ?

En 1625, il fonde la congrégation de la mission connue, autrement, sous le nom de Lazaristes. En 1633, avec la religieuse Louise de Marillac, il débute la compagnie des Filles de Marie. J’ai eu l’immense chance de visiter et prier plusieurs fois à la Chapelle de la médaille miraculeuse quand il m’arrivait de faire escale à Paris durant ma carrière de navigant. En fait, c’est le quartier général des Filles de Marie où reposent Sainte Louise de Marillac et Sainte Catherine Laboure, à qui la vierge est apparue en 1830. La chapelle abrite aussi le cœur de St-Vincent de Paul.

J’ai aussi eu l’occasion de me rendre près des reliques de St-Vincent de Paul qui se trouvent au siège des lazaristes, rue de Sèvres, non loin de la chapelle de la médaille miraculeuse. Cependant, j’étais ignorant de l’héritage de St-Vincent à mon pays. Par exemple, la société de St-Vincent de Paul est à l’origine de la construction de plusieurs écoles primaires catholiques au 19e siècle à travers des levées de fonds.

Toutes choses arrivant en son temps, je vous suis reconnaissant pour cette invitation qui m’a permis de découvrir cette exceptionnelle paroisse d’une richesse historique et architecturale et de revenir sur la vie de son Saint patron. Celle-ci témoigne de la pérennité de la moisson lorsqu’une mission est menée avec passion et organisation.