PAUL REVEIL

“Je dis au Seigneur: “Mon refuge,

Mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûre.”

~ Psaume 90: 2

Avez-vous, au moins une fois dans votre vie, fait une grosse randonnée ou une quelconque expérience où vous n’avez plus contrôle sur rien ? Une expérience où vous ne savez pas ce que vous mangerez le soir ni où vous dormirez ? Une expérience où vous vous laissez complètement portés, comme un enfant qui se laisse porté dans les bras de sa mère ?

Avec deux de mes amis universitaires venant de Paris – Nenad et Daphné –, nous l’avons fait ! Voici notre folle aventure : marcher de Pléneuf-Val-André, à une trentaine de kilomètres de St-Brieuc, au nord de la Bretagne, jusqu’au Mont Saint-Michel ! Ce qui équivaut à 230 kilomètres de randonnée…

La veille de la marche, mon sac de rando était déjà prêt, mais j’avais un poids sur le cœur assez pesant ; en effet, j’avais peur. Comme j’étais l’organisateur, j’avais peur de ne pas être capable d’être totalement à l’écoute, peur de ne pas être assez attentionné, peur de ne pas être patient, compréhensif… Mais vite, je fermai les yeux et je me mis à prier à cette intention et remis toute ma confiance en Dieu. Ainsi, j’étais en paix et je savais que tout se passerait bien. Les premiers jours ont été difficiles à trouver un bon rythme qui aille à tout le monde ; Nenad marchait comme un athlète tandis que Daphné et moi restions derrière, prenant plusieurs pauses pour admirer le paysage avant de continuer. Il y eut des moments – notamment lorsque nous avions traversé à marée montante la Baie de Fresnay, qui s’étend sur plus de 2 kilomètres ! –, où Nenad, gentleman comme il est, a proposé à Daphné de porter son sac. Pendant ces moments particuliers, où Nenad était chargé comme un mulet, Daphné nous supportait par une douce présence et quelques paroles de réconfort, et moi, je les portais en prière dans le silence de mon amour. Ces petites marques d’humilité de faire signe quand nous n’en pouvons plus, ces petites marques de patience portées envers l’autre, ces petites marques d’encouragement entre nous, fortifiaient notre amitié.

D’autre part, nous avons toujours eu un endroit où nous reposer. Et dans la majorité des cas, ce sont des personnes qui ont accepté que nous, de parfaits inconnus, posions notre tente dans leur jardin pour la nuit, et souvent, ces personnes nous ont invités à dîner avec eux. Alors, durant ces moments précieux, nous partagions avec grande joie nos folles aventures, car nous nous étions vite rendu compte que chaque jour qui passait était unique, chaque jour était muni de belles rencontres, de grâces et d’épreuves surmontées à partager. On nous demandait souvent si ce n’était pas un pèlerinage que nous faisions. Dans la forme, c’était simplement une grosse randonnée faite entre trois amis, mais dans le fond, nos cœurs étaient liés, car nous partagions les mêmes épreuves, les mêmes souffrances mais aussi les mêmes joies des rencontres, et la même amitié qui s’approfondissait… Nous étions devenus des êtres passagers dans chaque village, mais des co-créateurs de relation, apprenant à vivre ensemble entre nous comme avec tous ceux que nous croisions sur notre chemin.

Au dernier jour de marche, alors que les derniers 20 kilomètres semblaient interminables, j’entendis une douce voix en mon cœur me dire: « Finis cette marche dans le silence. » Cette phrase m’apaisa. À cet instant précis, je replongeai dans tout ce que nous avions vécu et je réalisai que chaque création était un brin de vie; par exemple, l’eau était brin de vie pour quiconque ayant soif, le pain était brin de vie pour quiconque ayant faim, une maison était brin de vie pour quiconque étant à la rue… J’entrais ainsi dans l’émerveillement de toutes choses et tout était grâce. En outre, en nous faisant passer par divers chemins, cette marche nous faisait être plus proches de la nature ; nous étions devenus familiers des routes goudronnées, des rochers, du sable, de la mer, de la pluie et du beau temps, des animaux et de toute la création. Ainsi, la marche nous faisait prendre davantage conscience de la beauté de notre planète et de notre responsabilité à nous engager pour les générations à venir.

Au pied du Mont Saint-Michel – lieu dit entre ciel et terre –, je fis le signe de croix ; signe visible du grand triomphe de la vie sur la mort et du petit triomphe d’avoir réussi cette rando de 230 kilomètres !

Nous avons fait tout cela pour visiter la fameuse abbaye qui s’étendait sur plusieurs mètres de hauteur car elle a été construite sur un dôme. Et je vis un goéland survoler le pont passerelle pour se poser sur les hauts remparts de ce refuge terrestre qui donnait un avant-goût du ciel. Et j’entendis dans mon cœur : « Comme cet oiseau qui vole au-dessus des pierres, vole toi aussi au-dessus de l’avidité, de l’acédie, de l’orgueil, de la soif de posséder et pose-toi sur ton refuge où tu trouveras obéissance et fidélité. Ainsi, tu connaîtras la vérité, et la vérité te rendra libre. »