JOCELINE MINERVE

L’actualité nous a fourni tant et tant d’épineux dossiers à scandales touchant à l’argent public, ces dernières semaines. Sans compter ceux accumulés et dénoncés chaque année, voire des décennies durant par le Directeur de l’Audit. Sinon, débusqués par des enquêtes journalistiques … dossiers si étourdissants qui donnent le tournis au peuple. Laissons aux journalistes d’investigation la responsabilité de chercher les éléments de vérité pour éclairer davantage les lanternes de la population.

Contentons-nous, pour notre part, de nous intéresser à un seul dossier : celui qui concerne tous les contributeurs au Fonds National de pensions depuis son origine. Ces dizaines et centaines de milliers de compatriotes de plein droit. Quelle ne fut notre stupeur d’apprendre de la bouche de l’actuel ministre des Finances, lors de sa présentation du Budget dit national, l’annulation pure et simple du National Pensions Fund (NPF) pour le remplacer par la Contribution sociale généralisée (CSG). Tout doux ! De quoi parlait-il ce jour-là ? D’une mutation vers le haut ? Ou d’un projet funeste, calculé dans des officines obscures, voire dans les recoins sombres de ‘Lakwizinn ? Projet décidé unilatéralement, dans le dos des acteurs sociaux ! Acteurs sociaux qui ont, patiemment, depuis plus de 40 ans, construit un édifice financier dont la philosophie politique visait à assurer à chaque acteur social-citoyen la sécurité d’une retraite bien méritée au terme de sa vie active ! Edifice–Institution qui a permis d’alimenter les plus importantes compagnies d’Etat en constituant leur capital de départ tels ceux de la SICOM, de la State Bank of Mauritius et … j’en passe. Compagnies qui ont connu, par la suite, un changement de statut, sous pression des bailleurs de fonds internationaux au fil des décennies… pour devenir des compagnies publiques privatisées et moins encore ! Qu’en est-il à ce jour de ces placements ?

La convoitise…

Qui s’est soucié de nous informer de l’état de situation de ce Fonds sacré ? Qui a pris la peine de faire le bilan de cette Institution-pilier de l’économie du pays ? Quels sont les revenus mensuels en 2020 ? Déjà, en 1997, le ministère de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale – qui avait pour fonction d’agir alors comme Caisse des cotisations mensuelles des employés-épargnants travaillant hors de la fonction publique – encaissait plus de 500 de millions de roupies chaque fin de mois. À noter, également, qu’à l’époque, comme il y avait excès de liquidités au niveau des banques locales, le ministère des Finances, qui gérait le flux d’entrées mensuelles au NPF, décidait de les placer en Bons du Trésor ou en investissements sur le marché international. Manne qui suscitait la convoitise de beaucoup qui étaient à l’affût de provisions financières juteuses. N’ai-je pas, en tant que détentrice de ce portefeuille ministériel, été sollicitée par des dits-investisseurs potentiels, et, non des moindres, locaux et étrangers, qui ne cherchaient qu’à faire main basse sur une partie du pactole ? D’ailleurs, l’actuaire de l’époque Mme K. Boojeedhur-Obeegadoo et moi-même n’avons-nous pas été traitées de « The two bitches obstructing our strategic partnership with N…Bank » ? (Banque étrangère d’Afrique Australe). Projet sur lequel nous avons pu résister, fermement, jusqu’à notre démission forcée en juin 1997 du gouvernement. Je souligne aussi le soutien professionnel de Jean Mée Desveaux, doté d’une intelligence stratégique, alors Conseiller économique auprès de Paul Bérenger, à qui je rends un vibrant et chaleureux hommage et exprime ma sincère gratitude au nom des travailleurs-contributeurs de notre pays.

Démantèlement sans état d’âme

Hélas, 23 ans plus tard, qu’est devenu ce pilier de notre économie nationale? Aucun état des lieux ? Aucune mise à plat des tenants et aboutissants du NPF ? Que sont devenus tous ces placements au fil des ans ? Quel est, à ce jour, l’héritage historique foncier et en espèces sonnantes et trébuchantes de ce ‘joyau de l’État’. Colosse monétaire dont les travailleurs et employeurs ont construit le magot, calculable en argent provenant de la sueur de leur front ! Aucune information y relative ! Aucun bilan financier ! AUCUN SENS DU DEVOIR à rendre des comptes ! Pourtant, de l’eau a coulé sous les ponts. Les mécanismes d’épargne et autres structures annexes telles le National Solidarity Fund (NSF), l’Employees Welfare Fund (EWF), propriétaire, entre autres, du Centre de Vacances de Calodyne) et autres Levy… ont fait du chemin! Où en est-on à ce stade des affaires ? Quid des razzia, comme dans le cas des Rs 50 millions dilapidés sur le projet La Vigie et la somme astronomique de Rs 800 millions encore en procès devant la justice…?  Qui en a cure d’un tel désordre ?  Bien au contraire, saisissons-nous-en et prenons-en possession… Cela, avec un appétit vorace qui ferait pâlir Gargantua!  Une liberté insolente de disposer du bien d’autrui sans consultation  ni concertation des ayants droit !  Destruction sans daigner informer les premiers concernés, transformés aujourd’hui en ‘dindons de la farce’ ! Plus généreux que cela avec l’argent des autres : du jamais vu ! Démantèlement sans état d’âme ! Fonds dénaturé en CSG sans nulle autre forme de procès ! Un acte de décès froidement rédigé d’un trait de plume… De quel droit moral peut-on s’octroyer ainsi des fonds appartenant aux acteurs sociaux-citoyens sans que les élus, représentants du peuple, puissent obtenir, au nom de la transparence, un droit de regard ? Députés de l’Opposition, in abstentia, parce que expulsés, donne-t-il au gouvernement la licence opportuniste de voter de manière si expéditive, à l’étape d’examen en Comité, (Committee Stage qui durait au moins 2 semaines en mettant les hauts fonctionnaires sur des braises ardentes et les ministres de tutelle sur le qui-vive), sans que personne des travées du gouvernement ne daigne s’enquérir sur une décision si cruciale pour le devenir des retraités ???. ‘La raison du plus fort (?) est-elle toujours la meilleure’?
Mais, il n’est pas trop tard. Non !  ‘Jamais trop tard’ selon le proverbe, pour que les décideurs du jour, sans tarder davantage, fassent la lumière sur toutes ces questions demeurées sans réponses. Questions auxquelles le devoir d’État leur incombe de nous éclairer sous peine d’être à jamais condamnés par l’Histoire. Au nom de toutes les victimes de cette spoliation éhontée.