JOCELINE MINERVE

À quoi sommes-nous confrontés et acculés, après le dernier scrutin de 2012 ? Huit ans se sont écoulés depuis. Que voyons-nous? La base électorale qui, par le truchement des élections, choisit de se donner des représentants, dûment autorisés, pour exercer un mandat limité dans le temps et l’espace a été flouée. Le mandat des équipes sortantes a failli sur sa durée, période doublée depuis le dernier scrutin. La politique politicienne a pris en otage les droits fondamentaux des mandants, en repoussant l’échéance à deux reprises.

Décision 2020 annoncée en quatrième vitesse. Court délai de 3 jours pour mettre en place des équipes de candidats. Délai normal alloué à la Commission électorale pour finaliser la liste officielle après les désistements. Touchant de voir, malgré tout, le grand nombre de prétendants à l’alternance! Il ne leur restait, alors, que 3 semaines de campagne aux futurs Conseillers. Alors que l’enjeu est de taille : se choisir, parmi ses élus, dans la foulée, les membres des Conseils de District. Structure qui est censée doter le milieu rural de ses Premiers Magistrats! Comment interpréter cette séquence ? Une attitude de désinvolture politique ? De frivolité, de mépris ou de déconsidération de cette échéance constitutionnelle? Y a-t-il un agenda caché ? Hasardons-nous à établir un parallèle entre les Administrations locales et centrales. Plus qu’évident!

Après cinquante-deux ans d’Indépendance, à quoi sommes-nous exposés en termes de processus et procédures? Position ‘bouz-fix’! Aucune réforme de fond dans le concept, ni dans les objectifs et moyens de la politique décentralisée. Ni dans celui du mode de fixation de la date, celui du rôle, de la fonction de ces instances décisionnelles, et encore moins de son financement! Rien d’original dans le dernier Budget pour doter l’Administration locale, voire régionale, de moyens réels pour exercer les pleins pouvoirs de son mandat.  Pourquoi? Un fait divers parmi d’autres : un village du Nord a obtenu Rs 50, 000, du gouvernement central, pour un magazine mémoriel à l’occasion de ses 26 ans d’existence. Éditorial écrit par l’ex-Deputy PM. Était-elle au courant qu’un membre du Comité de rédaction avait écrit quatre articles sur l’historique du village en question mais aucun ne fut publié ? Sort=poubelle! Juste parce que mention était faite de certains d’une autre sensibilité politique? Et, ce dit-magazine ne fut pas remis à son auteure, ce, jusqu’à aujourd’hui! ‘Desizion inn pran depi lao. Bann-la kinn deside’! Jusqu’où cette censure, intrusion qui aboutit à l’exclusion sur un critère partisan. Pratique qui bafoue et instrumentalise le pouvoir local ! Pour mieux le tenir en laisse, et le réduire à un état de mineur politique?

QUE CONSTATONS-NOUS?

Regardons la physionomie de nos villages qui a beaucoup changé, trop rapidement. Et ce, pas du bon gré des habitants. Paradoxe saisissant entre les moyens d’action, une pitance allouée aux

dotations budgétaires locales qui ne permettent pas de servir convenablement. Par ailleurs, l’espace rural est devenu un énorme chantier : tant sur le plan de l’aménagement des territoires que des infrastructures. Avec 7 Smart Cities envisagées, l’installation de caméras pour la surveillance générale de masse permettant la reconnaissance faciale et de température, piscine olympique au coût faramineux, pont spatial reliant Richelieu à Pailles… Mais, tous ces gros investissements colossaux sont de l’initiative du gouvernement central, confiés à la NDU, ou du secteur privé. Les élus locaux ont-ils eu leur mot à dire ? Non! Les électeurs ruraux ont-ils été consultés? Non plus! Alors, de quel droit osera-t-on parler d’autonomie locale et régionale? Le gouvernement étatique nous imposant sa vision exclusive des choses et son empreinte fatale! Pourtant, Rodrigues nous a déjà montré le bon chemin d’une démocratie participative, réelle, à la base. Ici, le pouvoir politique n’en a cure!

La planification centrale a résulté en un espace géographique qui est brutalement réorganisé: les contours du Sud-Est sont redessinés sous prétexte de sécurité routière, au risque de détruire, en passant, la topographie et leurs sites archéologiques; bientôt Port-Louis sera totalement connecté à Pamplemousses. Cela à l’exemple de l’Etat-ville, singeant ce qu’est Singapour? L’espace social subit également le contrecoup de la montée des technologies informatiques et des réseaux sociaux qui impactent durablement le tissu social en y défaisant les liens familiaux. L’analyse institutionnelle est en crise! Mettons-nous dans la peau d’un électeur rural. Quels sont ses pensées, ses sentiments, son horizon dans cette conjoncture et dans ce contexte de démocratie au ras des pâquerettes? Existerait-il une quelconque volonté politique à faire évoluer, vers l’épanouissement, les forces sociales essentielles existantes déjà? Ce qui suppose une lutte incessante contre l’émergence de la bureaucratie. Favorisons-nous un rapport de conscience – de soi et des choses – à la réalité sociale locale? « Nous avons tous des valeurs ultimes, même si nous ne les reconnaissons pas avec suffisamment de lucidité », nous dit René Barbier. « Toute société s’institue en créant sa propre Histoire, toujours originale et créatrice, avec ses significations… ». Avons-nous conscience de ces fondements sociaux, dans l’imaginaire social?

Faire quoi de neuf ? Comment réhabiliter les instances locales décrédibilisées?

Une attitude foncière de respect est requise des autorités centrales envers les élus locaux. En vue de la mission spécifique leur incombant. La restitution des responsabilités qui ont été les leurs. Les pratiques politiciennes, clientélistes, sectaires, communalistes et castéistes doivent cesser. Sortons du folklore suranné! Mettre un terme aux ingérences dans la gestion de leurs dossiers propres…Nous sommes à la croisée des chemins. Après le pic de la COVID-19, qui avait resserré les relations de proximité, dans une solidarité sans faille, pourquoi venir mettre à mal cet art de vivre dans la simple convivialité et la vérité ?

Les autres défis de la mondialisation requièrent d’abord un diagnostic et des prescriptions du terrain. L’Agenda du Cop 29 concerne, au premier chef, les citoyens locaux. Permettez au peuple de reprendre son destin entre ses mains, à être les protagonistes de leur développement personnel et collectif. Nou vilaz : nou desizion! Pouvwar bizin dabor dan nou lame ! Il ne suffit pas de faire le Counting, le jour même du scrutin. Redonnons, en priorité, du SENS à ce niveau de gouvernance premier, où sont enracinées nos attaches biologiques, anthropologiques et culturelles! Verrons-nous, vraiment, un changement authentique qui ouvrira la voie à une réappropriation des décisions basiques concernant notre vie?

Faisons un bon discernement, dimanche prochain pour un choix électoral éclairé. Donnons-nous les moyens pour mettre l’imagination créatrice au pouvoir !  La balle est dans notre camp à chacun et à tous.

Osons ‘la fraternité et l’amitié sociale’ comme nous y invite un distingué visiteur du 9 septembre 2019 dans sa dernière Lettre! La politique se construit par l’organisation de la communauté locale! Seule condition pour le réenchantement de la politique locale!