TANIA CASAVOOLOO

La nécessaire résurrection des secteurs touristiques et agroalimentaires

Avec la crise de la Covid-19, nous constatons l’émergence d’une crise alimentaire gigantesque. La répartition alimentaire n’est pas correctement effectuée à travers le monde, par certains endroits, des kilos de nourriture sont jetés tandis que dans d’autres régions du monde la faim apparaît. Cette crise alimentaire se révèle être mondiale, mais aussi nationale.

Avec la Covid-19, les Mauriciens se sont rendu compte de leur insuffisance alimentaire, car nous nous reposons trop sur nos importations. Pourtant, en tant que pays insulaire, nos sols sont riches en minéraux, notre climat est clément et varié, nous possédons aussi une superficie importante qui pourrait être utilisée pour l’agriculture et nous avons une expertise acquise à travers la transmission générationnelle.

Parallèlement à la crise de la Covid-19, nous avons constaté à Maurice l’effondrement du secteur touristique. Suite à la fermeture des frontières et à la mise en place du confinement, les arrivées sur le territoire ont été arrêtées, les hôtels fermés, certains obligés de se reconvertir en centres de quarantaine, et certains seront rapidement déclarés insolvables.

Pourtant, tout État a l’obligation de nourrir sa population. En effet, en vertu du Pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels, chaque individu a droit à l’alimentation et un État à la souveraineté alimentaire. Un État a par ailleurs l’obligation de donner effet à cette obligation. Il se doit d’aider son peuple à accéder à une nourriture suffisante sans discrimination et de manière immédiate.

Par ailleurs, l’Organisation mondiale du tourisme précise dans son Code général pour un tourisme éthique que le tourisme « doit se faire en accord avec le développement durable », en particulier pour les pays insulaires, comme Maurice. Maurice a précisé, dans sa recommandation en 2005, lorsqu’elle présenta sa politique touristique, que le tourisme mis en place permettra la promotion de l’agriculture, du développement durable et de la souveraineté alimentaire.

Il apparaît alors que la sécurité et la souveraineté alimentaires peuvent être liées au tourisme, et tel est le cas de notre société actuelle, en ce que cela était un objectif de notre pays en 2005. Il s’agit d’aspects complémentaires pour parvenir au développement durable de notre île. Le développement touristique a-t-il donc véritablement permis le développement agricole et rural de l’île pour assurer sa sécurité et souveraineté alimentaires ?

La démystification des apports réels du tourisme

Pour répondre à cette question, nous effectuons alors une analyse du bilan coûts/avantages du secteur touristique à Maurice.

Lorsque nous analysons le nombre d’investissements qu’ils soient en nature ou monétaires, dans le secteur touristique, nous réalisons que les revenus sont loin d’être suffisants pour de nombreux hôtels/investisseurs.

Par ailleurs, nous constatons qu’au cours de ces quinze dernières années :

– Il y a une augmentation indéniable et extrême de la valeur foncière de nos terres, en particulier dans les régions du nord, nord-est et sud-ouest; celles-ci ayant connu de grands développements hôteliers.

– Il y a aussi une forte augmentation de nos importations pouvant aller jusqu’à 75% de notre consommation.

– Il y a une hausse pondérée des salaires des Mauriciens.

– Une augmentation modérée de l’arrivée touristique à Maurice.

Ce constat fait apparaître la concordance de l’augmentation des importations (en particulier alimentaires), du prix foncier et du développement du secteur touristique. Parallèlement à cette concordance, une hausse des salaires et du travail n’a pas eu lieu.

Il en résulte que l’extrême développement du secteur touristique n’a ni permis à Maurice de parvenir à une autonomie alimentaire, puisqu’elle a aujourd’hui davantage recours aux importations, ni permis aux Mauriciens d’avoir un plus grand pouvoir d’achat puisque le prix foncier a augmenté sans être accompagné d’une hausse proportionnelle du salaire mauricien.

Dès lors, il est nécessaire pour Maurice, aujourd’hui de réinventer son secteur touristique, l’île devrait s’orienter vers un tourisme plus vert, à l’instar de Cuba, incluant sa spécificité culturelle, son expertise agricole et sa population.

C’est pour cette raison qu’il est ainsi proposé une réutilisation des constructions hôtelières en terrains agricoles. Notre proposition :

1. Adoption d’une nouvelle loi à destination des hôtels afin qu’ils mettent en place une politique opérationnelle en matière environnementale et alimentaire. Cette loi requiert des hôtels la mise en place d’un plan prévoyant des mesures pour :

• Permettre la souveraineté alimentaire des Mauriciens en effectuant par exemple la distribution des excédents alimentaires aux familles les plus démunies, l’utilisation des terres des hôtels pour la création de potagers hôteliers biologiques, ce qui réduira les coûts des importations.

• Permettre la conservation de notre écosystème à travers notamment des programmes de “coral refarming” ou de préservation de mangroves, ou l’arrêt du gaspillage des ressources comme la mise à contribution de nombreuses piscines non utilisées. Cette loi nécessite la mise en place d’un plan opérationnel des hôtels pour pouvoir continuer à opérer et serait soumise à un contrôle de la MTPA.

2. La proposition par l’État de rachat ou d’utilisation d’une partie des terres des constructions hôtelières et hôtels afin d’être transformée en terrains agricoles. L’État rachète ou utilise une partie des terres des constructions en cours ou hôtels en procédure d’insolvabilité aux fins de développement agricole à destination des Mauriciens. Cela permettra à l’hôtel de conserver son activité et son attractivité tout en réduisant ses coûts et en permettant de diminuer nos importations et la création d’emplois pour les Mauriciens.