La motion de « no confidence » initiée par une majorité des Administrateurs à l’encontre du président du Mauritius Turf Club (MTC), Rajkamal Taposeea, devrait être prise sur le fond à la prochaine réunion des Administrateurs, prévue la semaine prochaine, mais ce qui retient l’actualité sur cette affaire, c’est que dans les coulisses, il se murmure que l’un des signataires pourrait — comme il est coutumier — changer de bord et redonner son soutien au président du MTC. Un soutien qui pourrait permettre au président, avec son casting vote, de rejeter le blâme contre lui. Dans les coulisses, cette énième crise au sein des Administrateurs ces dernières années est fortement décriée, au point où aujourd’hui, c’est le nom de Jeenarain Soobagrah qui est cité comme étant le dernier président à s’être vraiment donné à fond pour son club. Dans tous les cas, quelle que soit l’outcome dans cette affaire, ce mouvement stigmatise une fracture malsaine au sein d’une administration dévaluée et qui se retrouve incapable de se faire respecter et faire respecter ses principaux officiers, dont le Chief Executive Officer (CEO), Mike Rishworth.

Nous avions relevé dans notre dernière livraison, dans ce contexte, la charge orale et en direct à la télévision de Ramapatee Gujadhur — privé de son propre micro cette semaine pour parer à toute éventualité — contre le CEO du MTC. Pour rappel, ses arguments ont été soutenus par l’association des entraîneurs contre le Sud-Africain, devenu depuis quelque temps le « punching ball » préféré de tous les frustrés, avec raison ou pas, du Mauritius Turf Club et ailleurs. À tout cela, le président Taposeea n’a répondu que par un laconique « We take note of your letter and we will revert back to you once we have had a chance to discuss the content thereof at the next board meeting which is scheduled to be held shortly». Mais le patriarche de l’écurie Gujadhur n’était pas le seul à s’en être pris au CEO. Un courriel daté du 17 octobre, demeuré jusqu’ici dans le secret des dieux, a finalement fuité cette semaine. Le contenu est signé du fils, le Dr. Gopal Gujadhur, parachuté depuis quelque temps au Fixtures Committee. Celui qui avait été promu assistant-entraîneur à son retour au pays en étant exempté des examens obligatoires de l’époque — dont fut logiquement contrainte, par exemple, Nathalie Henry, fille du regretté entraîneur Serge Henry — s’était taillé une réputation de plus modéré et réservé que son bouillant frère, Mukund, qui a pris ses distances des courses et de l’écurie familiale ces derniers temps. Il a visiblement pris fortement ombrage de la lettre du CEO, qui ne demandait au final que d’avoir plus de chevaux dans les courses, puisqu’il en est

arrivé au point de démissionner. Dans son courriel cependant, ses attaques contre le CEO sont à la limite de la diffamation : « Thank you for your disgraceful mail. I knew you were bias and incompetent but not to that degree…». Auquel le CEO a répondu « The contents of your-mail have been noted. Your email will be sent to the Board of Administrators of the MTC to deal with as they deeem fit. » Depuis, aucune nouvelle du board des Administrateurs sur ce qui méritait aussi une enquête pour l’exemple. Tout au plus, dit-on, le board souhaiterait refiler les bébés au Licencing Committee, qui n’est pas compétent en la matière. Le mot d’ordre dans la hiérarchie du club semble dorénavant être « bourré mam » !

Et ce n’est pas la perspective de pertes massives financières du MTC cette année, évoquées lors d’une récente réunion marathon, qui va faire remonter la cote des Administrateurs auprès de leurs administrés puisque les chiffres cités de source interne seraient de l’ordre de Rs 45 millions. Certes, il ne faut pas minimiser le rôle de la pandémie de la Covid-19 comme inconnue majeure dans l’équation des difficultés du club et des courses en général. Cependant, dans ce contexte morose, indépendant de la volonté des acteurs hippiques mauriciens, ce qui est loin d’être réconfortant, ce sont les fractures de plus en plus visibles au sein de l’organisation des courses qui marquent les esprits. Comme le souligne dans une interview à Turf Magazine le propriétaire en vue de l’écurie Rousset Grégory Hart de Keating — qui avoue humblement son impuissance dans la conjoncture —, c’est qu’il faut plus d’efforts de toutes les parties concernées par les courses, incluant la GRA et le gouvernement, pour que l’hippisme s’assure un avenir serein et pérenne. Il a parfaitement raison, mais malheureusement, les agendas sont différents entre les acteurs hippiques — pour qui les courses et les chevaux sont les plus importants — et les acteurs gouvernementaux et leurs protégés dans le monde du betting, pour qui la maximisation à court terme des enjeux monétaires est le nerf de la guerre. Tout cela aurait dû s’emboîter pour que l’on soit dans une win/win situation. Malheureusement, le MTC a cédé pendant la Covid-19 aux chants de sirène de la GRA qui avait lui un agenda très précis, celui d’aider l’un de ses protégés à rattraper son retard de gains occasionné par la no race policy du gouvernement pendant le lockdown et après. Le programme hippique chargé qui est à la base de nombreux

problèmes de fatigue chez les chevaux et la piste, entre autres, est la résultante des besoins de flux monétaires, pas pour les biens de courses, mais pour le bien d’un acteur du jeu pour lequel le gouvernement et la GRA ont fait le ménage ces dernières années, comme le démontrent les amendements à la GRA Act et au Finance Bill. Il n’y a plus de bookmaker off-course depuis 2019, donc plus de concurrents officiels sur le fixed-odd betting hors hippodrome, ce qui ouvre la voie à tous les excès. Aux dires d’adeptes de ce mode de paris, les limites déjà généreuses des bookies — pour un fonds de Rs 500 — hors-hippodrome qui doivent varier être entre Rs 575 et Rs 750 sont souvent dépassées. Malheureusement, rien ne permet de contrôler officiellement ces complaintes puisque cet opérateur, aux dires du ministre des Finances, il y a quelques mois, n’est pas connecté « at all times » au Central Monitoring System (CEMS) comme le prévoient la loi et les conditions des licences soumises aux bookmakers, qui de surcroît remet ses « returns » aux autorités 48 heures après les journées de courses. Sans jamais être inquiété ! Aucune communication jusqu’ici n’a été rendue publique pour signifier s’il y a eu ou pas des changements sur ce dossier. Et, comme la GRA joue aux abonnés absents, malgré nos sollicitations, il faut penser que le statu-quo perdure. Donc, l’exception pour ce blue-eyed boy et financier du régime se poursuit sans qu’il ne lui soit intimé de changer de système. Cela est d’autant plus dommageable pour les finances publiques et hippiques puisqu’entre 2016 et 2019, malgré tout cela, cette compagnie a vu son chiffre d’affaires plus que doubler alors que celui du MTC et d’autres opérateurs ne cessent de baisser. Il ne faut pas oublier que la GRA a des devoirs envers la population et elle doit comme toutes les autres institutions du pays informer et ne pas attendre des questions parlementaires pour le faire. À ce stade, rien n’a officiellement transpiré sur la mise sur pied de ce comité d’appel, long overdue, et des membres qui en feraient partie, d’autant que, selon la loi, il aurait déjà dû être en mode fonctionnement. Il y a au moins deux cas en attente d’un appel et tout retard est préjudiciable à ses appelants. S’il est vrai qu’il y a encore des réglages à faire avec le MTC concernant le délibéré des enquêtes d’origine, il serait plus que temps que la GRA nous présente ceux qui contribueront peut-être à redorer le blason de cette institution où l’on devrait retrouver au moins deux anciens dirigeants du club, un ancien steward, un vétérinaire et trois autres figures connues de l’hippisme mauricien, dont des membres d’entraînements. Un panel de connaisseurs hippiques qui peuvent aussi bien aider à resserrer les liens entre le MTC et la GRA, mais, au contraire, accentuer les fractures entre les deux institutions ! Qui vivra verra !