« Beekharry wanted one thing and that was to destroy the MTC ». Cette déclaration choc de Paul Beeby, l’ex-Integrity and Compliance Manager de la Gambling Regulatory Authority (GRA) publiée dans Week-End du 30 mai dernier, prend tout son sens avec la publication des amendements proposés à la GRA Act inscrits au Finance Bill 2021. Ces changements confirment les réelles intentions du « vrai boss » de la GRA, qui a la bénédiction du Premier ministre. Si certains avaient un doute à ce sujet, la déclaration de Pravind Jugnauth, lui-même, au Parlement sur un ton qui frise la menace, il y a quelques semaines, à l’effet qu’il comptait bien mettre de l’ordre dans le monde hippique et qu’à ce stade il se gardait de dévoiler ce qui s’y passe, est probante. Nous espérons que lorsqu’il aura démêlé les pinceaux de sa peu glorieuse mise en cause dans une pétition électorale, valable ou pas, le Premier ministre nous éclairera sur tout ce qui justifie ce qui, qu’il le veuille ou pas, est une « nationalisation » des courses hippiques mauriciennes.   

La GRA du président Dabbidin, qui cumule d’autres fonctions importantes au sein de l’État mauricien — sans doute pour ses bons et loyaux services dans ce qui fut l’affaire MedPoint pour lequel il aime le rappeler qu’il a été blanchi — et du board member Dev Bheekarry, qui touche un bien maigre Rs 25 000 pour tant de débauche d’énergie afin de satisfaire les desiratas de celui qui est l’UBO des paris à Maurice et qui vise aujourd’hui à être l’UBO de l’hippisme mauricien dans tous ses contours, a jusqu’ici brillé par ses échecs patents. Le fondement même de sa raison d’être, c’est-à-dire le contrôle des paris, est un véritable cataclysme, puisque jamais comme maintenant les paris illégaux n’avaient autant proliféré à travers le pays.

Pire, l’organisme autorise, de par ses régulations depuis la naissance de la GRA, que des paris effectués par remote control ne soient pas contraints à produire des numérotations en série et ce ne sont pas les réassurances du ministre des Finances au Parlement, mardi, qui nous ont convaincus à ce sujet. Lui-même n’avait pas l’air convaincu lorsqu’il lisait la réponse rédigée à la Newton House. De même, cet organisme d’État, pour lequel ce même ministre des Finances avait pris l’engagement au Parlement en 2020 de relancer la mise en service d’un nouveau serveur à la MRA — the Standard Horse Racing Bookmaker Software  approuvé par le rapport Parry en 2015 ! — ne l’a toujours pas implémenté. Quoiqu’il était « needed to combat illegal betting practices and ensure a more appropriate and effective control on horserace betting », il était destiné à accommoder tous types de paris en direct, pour remplacer l’actuel qui, pour l’heure, n’enregistre pas les « remote operators » en live au Gambling Regulatory Authority Betting Control System (GRABCS). Le relevé des paris —tous ? — n’est uploaded que 48 heures après. Autant dire que personne ne peut assurer, ici aussi, que l’ensemble des enjeux est bien enregistré. Là aussi les réassurances du ministre Padayachy étaient loin de convaincre.

Enfin, toujours au chapitre des paris qui échappent au contrôle de la GRA, le Premier ministre avait promis au Parlement en 2018 que le cashless betting, projet cher à Mme Ringadoo, CEO à l’époque, allait être introduit dans le système des paris hippiques mauriciens pour mieux contrôler les flux des gros paris. Anne ma sœur Anne n’a jamais rien vu venir… Entre-temps, un opérateur des paris avait mené une campagne de dénigrement, à travers une association fictive, à laquelle le PM a vraisemblablement été sensible parce que ce projet n’a jusqu’ici jamais abouti ! Celle qui était derrière cette idée a même été virée de la GRA.

Ces trois zones grises, ou noires au choix, du contrôle sur les paris hippiques — absence de numération en série des remote bets, la non-connexion en live à la MRA des remote bets et la non-implémentation du cashless betting — sont de nature à faire le lit au money laundering. Il ne suffit pas de dire dans la loi son intention de combattre le money laundering, il faut surtout implémenter les mesures pour qu’il soit possible de le faire. Et dessus, le gouvernement et la GRA sont loin d’avoir maîtrisé la situation.

« For me this is only about doing the right thing and exposing a Board and a system which acts corruptly and as a result the people of Mauritius and their favorite sport is suffering and being destroyed. This is not about politics or one-party scoring points over another. This is about integrity, honesty and telling my story ». C’est en ces termes que pas moins que le responsable de l’Integrity et du Compliance de la GRA, qui a occupé ces mêmes fonctions au British Horse Racing Board pendant 10 ans, décrivait ce qu’il a vu et vécu à la GRA. Qui oserait mettre en doute sa parole si ce n’est Dev Bheekary qui, contrairement à ce qu’a dit le ministre des Finances, n’est pas un simple board member qui ne s’ingère pas dans les affaires courantes de la GRA. Sinon, c’est à quel titre qu’il parle toujours au nom de la GRA et non le CEO qui en est pourtant le dépositaire public de cet organisme ?

Le MTC, au plus bas niveau de son histoire, était justement considéré à l’époque comme « riven with division and malcontent and is a fractured organisation which borders on being « institutionally corrupt » et, de ce fait, le rapport Parry recommandait que « there is an urgent need to separate the regulatory and governance roles of the MTC from its day-to-day management and organisation of race-meetings. Cependant, la Commission Parry avait aussi trouvé que la GRA was « not fit for purpose and required fundamental changes in leadership, operational strategy… The GRA is an ineffective and an inefficient organisation, in spite of the fact that the Gambling Regulatory Authority Act 2007 provides excellent statutory backing for the Authority. » À la Newton House, rien n’a changé depuis, si ce n’est la propension de cet organisme à favoriser un opérateur de paris, financier allégué du parti au pouvoir, qui lui a valu trois jugements claquants pour son biais, ses abus de pouvoir et d’être le porte-parole du gouvernement.

Et c’est à cette GRA, incompétente et pratiquant du favoritisme, que le gouvernement veut confier la totale mainmise sur les courses hippiques mauriciennes pour reléguer le MTC à être son serviteur qui n’aura la charge que des basses besognes. La malhonnêteté intellectuelle veut que c’est sur l’autel du rapport Parry que le gouvernement veut justifier ses outrances. Il n’y a pas de place pour un amalgame douteux, mais surtout au mensonge d’État. Il est faux de dire que le rapport Parry préconise une Racing Division au sein de la GRA. « The Commission also considered whether the regulation and governance of horseracing in Mauritius could be better conducted by creating a new separate section within the Gambling Regulatory Authority but, for similar reasons of dysfunction and the mistrust in which that Authority is commonly regarded, it rejected such an idea » écrit Richad Parry dans son rapport.

Bien au contraire, ce que le rapport Parry propose, c’est la mise sur pied d’un organisme, régulateur et de bonne gouvernance des courses hippiques, totalement indépendant du gouvernement et totalement indépendant du MTC. D’où sa recommandation majeure d’un « new Mauritius Horseracing Authority » (MHA) « that should be a statutory body and assume independent responsibility for all regulatory and governance functions for horseracing on the island ». C’est une instance régulatrice indépendante que le GM aurait dû favoriser et non mettre l’hippisme mauricien aux mains de la GRA, dont l’incompétence est au summum de son palmarès et son agenda aussi transparent que l’eau claire. La tentative veine d’influencer les élections des Administrateurs pour barrer la route à Jean-Michel Giraud et permettre à Kamal Taposeea de poursuivre les négociations pour un passage en douceur des responsabilités à la GRA et à l’UBO des courses mauriciennes démontrait déjà clairement ses intentions. Cet échec a contraint la GRA d’adopter un plan B qui consiste à mettre Jean-Michel Giraud hors circuit malgré son élection démocratique à la tête du MTC. Dépositions bidons, enquêtes policières grossières, informations de la MRA, prétextes fallacieux, tout a été fait pour le priver de sa PML, l’accès au Champ de Mars le jour des courses et la présidence du MTCSL.

L’arrivée de ce Finance Bill, qui vise à être « the last nail in the coffin » pour le MTC, ne dupe personne à l’effet que ces amendements ont pour objectif de propulser au sommet des courses mauriciennes une unique personne pour services rendus et à rendre. Mais dans sa démarche partisane, la GRA pratique ce que jadis elle reprochait au MTC, être juge et partie, puisque la nouvelle Racing Division de la GRA « will Organise and Regulate racing and report to the GRA Board. » Et on parle d’indépendance et de non-ingérence d’un département appelé à désigner les stipes, les officiels des courses, faire les tests antidopage, recruter les jockeys, etc. Avec le board d’appel dans leur escarcelle, on a déjà une idée de ce que serait la suite, même si ceux qui siègent actuellement sur le panel affirment n’avoir jamais subi de pressions. Qu’en est-il alors du départ inopiné de ce comité d’appel de la GRA d’un des leaders de ce panel, Maxime Sauzier, qui avait désapprouvé publiquement le sort réservé par la GRA à Jean-Michel Giraud ? Le silence embarrassé des deux parties en dit long sur la prétendue non-ingérence de ce board qui est surtout connu pour fouiner partout…

En persistant dans sa voie d’étatisation des courses, le gouvernement mauricien s’expose à une réprobation beaucoup plus large qu’elle ne l’imagine, localement mais aussi sur les terres étrangères et des organisations internationales qui veillent sur la détérioration de la libre entreprise et de la démocratie à Maurice. Traiter un club de notoriété mondiale qui a su préserver un patrimoine national et une activité de loisirs pendant 209 ans avec autant d’irrespect et de dédain relève de l’inconscience ou de la folie furieuse. Quel coronavirus a donc piqué ce gouvernement et ce Premier ministre qui est en train de perdre tous ses repères et s’exposer dangereusement au retour de boomerang ?! Peut-être que pour se ressaisir, il devrait délaisser sa référence actuelle et s’inspirer du Mahatma Gandhi : « Il faut être fier d’avoir hérité de tout ce que le passé avait de meilleur et de plus noble. Il ne faut pas souiller son patrimoine en multipliant les erreurs du passé. »