Glaçant. C’est le mot qui, sans doute, sied le mieux à la succession des événements qui se sont produits ces derniers mois sur le plan de l’ordre et de la sécurité. S’ajoutent aux délits du quotidien, comme celui enregistré à la rue d’Artois à Port-Louis le vendredi de la semaine d’avant, les manifestations les plus violentes du grand banditisme.

Les Mauriciens commencent tout juste à voir un peu plus clair dans le cas Soopramanien Kistnen. Et il n’a probablement pas fini de révéler tous ses secrets. Face à ce déluge de révélations sur des méthodes peu orthodoxes utilisées pour asseoir une mainmise totale du MSM sur le N°8, une première « riposte » au début de la semaine, un clip scabreux censé flétrir la réputation de la veuve Simla Kistnen.

Faut être du MSM pour penser qu’une palabre sur les moeurs de Madame Kistnen et qu’une photo d’un tatouage sur le bas du dos — extrait du portable de son défunt mari probablement subtilisé par son ou ses meurtriers — qui est d’une grande banalité, que beaucoup de femmes et d’hommes portent d’ailleurs, sont susceptibles de faire oublier que le meurtre d’un agent politique qui a sans doute profité de ses accointances partisanes, qui en savait trop et qui en avait marre d’être utilisé, a été maquillé en suicide par la police ou qu’un ministre a déclaré une constituency clerk qui n’a jamais reçu le salaire qui est censé aller avec. Oh, que non.

Mais cela en dit long sur les méthodes du Sun Trust. Et ce sont ceux-là mêmes qui courent aux Casernes centrales dès qu’il s’agit de faire interdire la diffusion d’un enregistrement audio ou d’une photo de l’épouse du Premier ministre en compagnie du directeur de Mauritius Telecom. On dirait qu’il y a des femmes qui ont droit à un traitement spécial selon qu’elles sont bien connectées ou pas.

Où est passée Shirin Motala et son armée d’associations de pacotille ? Celles qui avaient réuni la presse à l’hôtel St Georges le 22 juillet de l’année dernière pour prendre la défense de Kobita Jugnauth en pleine polémique sur la fermeture des frontières ? Disparues les bonnes et vertueuses dames très sensibles au sort réservé aux femmes ? « Si la première dame visée, tou ban fam mauriciennes concerné », avait lancé, offusquée, la porte-parole de ce cartel d’associations inconnues du grand public. Rien que ça !

D’abord, il n’y a pas de « première dame » à Maurice. Et s’il fallait en avoir une, ce serait peut-être celle qui partage la vie du chef de l’État, le président de la République. Ensuite, rien dans ce qui avait été publié n’était une réflexion sur les moeurs personnelles et privées de l’épouse du Premier ministre.

Si cela avait été le cas, nous aurions été les premiers, ici même, à dénoncer des attaques qui n’ont pas lieu d’être. Quant à la ministre qui a pour responsabilité de défendre les femmes, il n’y a rien à attendre de quelqu’un qui est devenu comme n’importe quel apparatchik du Sun Trust. Fort en cirage de pompes du leader.

Son patron doit certainement l’inspirer. Voilà un pays qui est confronté à des événements les uns plus anxiogènes que les autres, du Wakashio à la mort de Manan Fakoo et aucune trace du ministre de l’Intérieur, le responsable de la police ! Pas un mot pour rassurer, pour apaiser et affirmer que les choses restent sous contrôle.

Non, il envoie le commissaire de police et son agent Heman Jangi au front, alors que la confiance dans les forces de l’ordre n’a jamais été aussi bas après les problèmes de l’ordre et de la sécurité recensés ces derniers temps. Et le traitement réservé aux proches des victimes venues frapper à leurs portes comme les veuves Kistnen et Kanakiah ou même le frère de l’agent du MSM du N°8.

Sur le meurtre de Soopramanien Kistnen et l’affaire du constituency clerk, qui sont graves à divers degrés, le Premier ministre a fait sa propre enquête et il a absous son ministre et colistier. Un déploiement démesuré de forces de l’ordre et la fermeture partielle d’une partie de la capitale pour la simple comparution d’un ministre, des gros bras qui défilent devant le tribunal, des coups de feu tirés sur l’un d’eux et sa mort dans des circonstances qui interpellent, rien à dire.

Il est question de mort d’hommes, de fusils dont se procurent facilement des malfrats, pas d’une petite bagarre d’après-boire. Les Mauriciens sont très inquiets. Dans quel pays un blessé par balles, donc saignant probablement abondamment, se présente à un poste de police et, au lieu d’alerter le SAMU pour qu’il puisse avoir les premiers soins et être évacué sur l’hôpital Jeetoo, la police le laisse partir, prendre le volant dans cet état jusqu’à Candos.

Et, à l’hôpital Victoria, il n’y a pas eu de radio ou autre vérification pointue pour détecter la balle qui avait aussi touché la nuque de Manan Fakoo, ce qui a précipité son décès. Ce n’est pas parce que c’était un petit voyou ou un gros bras qu’il méritait un tel traitement. Est-on encore dans un pays civilisé ? Où le protocole, ce mot si cher à nos gouvernants, est appliqué indistinctement ? Que penser de cette découverte fortuite et opportune de fusils d’une autre époque faite hier matin ? On pourrait rigoler s’il ne agissait pas d’armes à feu qui se baladent dans les champs, dans la nature ?

Comme il n’y a pas de réponses satisfaisantes à de telles interrogations légitimes, il ne faut pas s’étonner que des thèses complotistes fleurissent et que les plus imaginatifs voient un fil conducteur entre le meurtre de Soopramanien Kistnen, le décès de Pravind Kanakiah, le « suicide » de l’employée du PMO habitant la circonscription du Premier ministre, avec la poignée de la porte d’une armoire, celui tout aussi subit du secrétaire de la STC, Deven Vythelingum, la révélation de l’identité de son présumé meurtrier à la magistrate qui préside l’enquête judiciaire, la mort de Manan Fakoo et ses présumés tireurs venant de St Pierre, agglomération emblématique du N°8.

Certains sont même tentés, ces jours-ci, de remonter jusqu’à Bassin Blanc pour échafauder un scénario digne du meilleur polar de Netflix ? C’est dire qu’il y a une vraie psychose qui s’installe !